De la zone industrielle à la zone logistique
Mon rapport avec la commune de Montauban a varié à travers les âges. Tout a commencé gamin quand venant de Réalville par la RN20 nous allions en famille aux Albarèdes chez on oncle ou au rugby à Sapiac En entrant dans la ville le point marquant c’était l’usine Delmas sur la droite et Bouyer à gauche. Nous vivions au temps des zones industrielles.
Puis à partir de la rentrée 1968 ce fut l’entrée à l’Ecole Normale avec à Montauban la naissance de la Grande Surface, Korvette (contre le souhait municipal) devenu Auchan aujourd’hui, et donc le début de l’immense zone commerciale (avec ensuite le soutien municipal).
Cette mutation inévitable vers la Grande Distribution représente à mes yeux une mutation plus globale : le passage du capitalisme industriel au capitalisme féodal.
Ces dernières années en venant de Castelsarrasin j’utilise les éléments du contournement Ouest pour aller à Réalville et j’évite dans tous les cas la route de Paris mais voici peu j’ai dû aller au Crédit Agricole que j’ai utilisé autrefois et qui se trouve à Auchan depuis les années 70. Ce qui m’a obligé ensuite à passer devant le fantôme de l’usine Bouyer d’où l’écriture de cet article.
L’ex-usine Delmas a été transformée en zone commerciale mais pas Bouyer qui par ses produits, avait vocation internationale.
L’histoire de Paul Bouyer (1907-1999) créateur en 1933 de Harmonic Radio est exemplaire.
Du 41 rue Bessières, à un atelier rue Léon Cladel, puis une installation rue Santis, il est entré dans la zone industrielle nord avec la construction d’une entreprise de 14000 m2 en 1957. Ils étaient 450 ouvriers et ouvrières en 1989, lorsque le fondateur, Paul Bouyer a passé la main. Et de plan social en plan sociale l’usine phare a pu partir vers la zone sud avec 65 employés utilisant – oh ! paradoxe - les locaux d’une autre usine phare, Capelle.
Dans ce secteur sud va se développer une autre zone d’abord à vocation industrielle devenue surtout à vocation commerciale.
Pourquoi en tirer comme leçon le passage d’un capitalisme industriel à un capitalise féodal ?
Dans un premier temps le capitalisme fut national puis petit à petit il est devenu multinational. Ce passage poussa les USA à déplacer son industrie vers des pays aux bas salaires car, en même temps, ils se savaient capable de mettre la main sur l’essentiel que j’appelle improprement, les services. La marque NIKE est un symbole : pourvu que la marque conserve la distribution des chaussures, vive leur production ailleurs ! Et nous arrivons avec Amazone ne produisant rien, qui est forcément un géant économique. Hier un train de marchandise était bloqué en gare de Montauban suite à un problème à la barrière de Moissac et c’était un train Amazone (alors que je pensais qu’ils transportaient tout en camion).
En conséquence les autorités sont passées à la création de zones logistiques qui ne produisent rien mais emploient du monde.
Nous vivons à l’ère des plateformes. Elles sont donc la puissance par excellence sans rien produire de concret ! Pour le dire autrement, dans le monde de l’édition que je connais un peu, l’éditeur est bien peu de chose quand le distributeur contrôle tout ! Tout le fric pour les intermédiaires.
Mais que vient faire le féodalisme dans tout ça ?
Le nouveau système met à distance la production qui existe pourtant d’autant plus que tout est fait pour la consommation au point même qu’on veut nous faire croire que le consommateur peut influer sur la production ! Seuls les critères de la rentabilité capitaliste commandent !
Tout ce système met à mal les nations qui, pour le pire et le meilleur, furent l’instrument constitutif de la conscience populaire. Pour le pire car les autorités la détournèrent vers le chauvinisme. Pour le meilleur car en se constituant en force démocratique, elle imposa au capitalisme quelques aménagements. L’exemple typique se trouve toujours aux USA : si avec les années 80 la production industrielle fut envoyée au Mexique, en Chine ou ailleurs c’est parce que les droits acquis par la classe ouvrière étaient conséquents. Contrairement au mythe théorique marxiste, les prolétaires de tous pays ne pouvaient s’unir, alors que par contre les capitalistes de tous pays pouvaient le faire !
Et la marginalisation des nations induit le féodalisme d’aujourd’hui !
Dans ce contexte la France, pays politique majeur, sera le premier, dès 1984, à voir apparaître une nouvelle forme d’extrême-droite, à savoir un Front national qui au départ ne pouvait comprendre son succès ! Les pionniers de 1984 ont trouvé des échos partout en Europe puis aux Amériques. Face à la destruction des nations, toutes les extrêmes-droites sont nationalistes et en cela elles ressemblent aux précédentes ce qui est une illusion. A ceux qui en reviennent à la comparaison avec 1930 je propose plutôt la comparaison avec l'an 1100. A suivre. J-P Damaggio
P.S. Je n’ai pas trouvé mieux en matière de photos de l’entreprise Bouyer.
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