En 1981 Mitterrand était-il légitime ?
Aucun parti au monde (sauf le bipartisme US) ne peut dans un système électoral obtenir 50% en conséquence toute victoire repose sur deux axes : un score propre et une capacité à unir. La République française est née avec l’élection à deux tours pour que l’électeur puisse choisir au premier et éliminer au deuxième. Ce système (sauf l’épisode Quatrième république) a été écarté un temps par la droite en 1919 et un temps par la gauche en 1986.
En 1981 Mitterrand a pu franchir les deux étapes avec 25% des suffrages exprimés au premier tour (17% des inscrits). C’est moins que Macron dont certains disent qu’il est illégitime. Pour moi les deux sont légitimes.
En 2002 Jospin aurait pu rassembler mais il a raté la première marche tandis qu’au même moment, Le Pen a pu être au second tour, mais incapable au deuxième de rassembler qui que ce soit.
Si je prends le cas de l’Espagne, la dernière fois Sanchez a été battu par la droite mais cette dernière n’a pu rassembler et Sanchez a gardé le pouvoir. Sauf que la question du rassemblement repose uniquement, dans ce système, sur des tractations qui écartent l’électeur.
Cette question est un des éléments qui a permis à la classe politique française « d’oublier » l’électorat FN puis RN. Il était évident qu’en dehors du choix entre gauche et droite il ne pouvait gagner et ceux qui ne peuvent gagner ne comptent pas.
Sauf que le clivage droite/gauche perdant du sens, l’extrême-droite en tant qu’alternative à la droite a avancé ses pions pendant que la gauche restait incapable de construire une alternative à elle-même.
Macron venu d’un gouvernement de « gauche » a créé cette alternative à la gauche par la mise en place d’un extrême-centre. En ce sens il a une responsabilité particulière dans la montée du RN.
Quand le clivage droite/gauche a-t-il commencé à perdre du sens ?
Il n’a jamais été le même au sein de l’électorat et au sein de la classe politique.
La classe politique de la Troisième République a toujours navigué suivant les contextes avec des Radicaux s’appuyant parfois sur la droite et parfois sur la gauche si bien que la droite n’a jamais pu s’imposer fortement. De Gaulle s’est donné comme objectif d’obtenir pour la droite des lettres de noblesse ce qui ne pouvait se faire sans des clins d’œil à l’électorat de gauche.
En 1981 la victoire de Mitterrand s’est faite par des clins d’œil à l’électorat de Chirac. Pendant qu’une partie de l’électorat communiste refusait de le soutenir au second tour, une partie de l’électorat gaulliste refusait de soutenir Giscard.
Voilà pourquoi il me semble heureux de pouvoir donner à l’électorat la possibilité du second tour. Par refus de Macron 17% de l’électorat Mélenchon a préféré en 2022 voter Le Pen au second tour alors que le dit Mélenchon a répété : pas une voix à Le Pen !
Si pendant la Troisième république l’électorat de droite n’a pas eu une classe politique à sa hauteur, il se trouve que c’est ce qui arrive à l’électorat de gauche qui s’abstient de plus en plus.
Les législatives de 2024 ont démontré qu’au second tour l’électorat a pu manifester son rejet d’une éventuelle victoire du RN. Sauf que pour une présidentielle au second tour il y a seulement deux candidats alors que pour les législatives ils sont des centaines.
En ce sens Macron a une deuxième responsabilité dans la montée du RN : avec lui l’Assemblée est devenue ingouvernable. Donc 2027 se divise en deux : la présidentielle et les législatives. Bompard, le stratège électoral de LFI l’a bien compris en proposant avant la présidentielle un partage des circonscriptions. Sauf que personne ne connait à l’avance le résultat de la dite présidentielle et cette manœuvre me fait penser à celle de Jospin prêt à distribuer les postes après le second tour où il ne participa pas (d’où sa colère le soir du premier tour).
Au second tour de 2017 Marie Le Pen est passé de 21% à 34%. Gain de 13%
Au second tour de 2022 Marie Le Pen est passé de 23% à 41%. Gain de 18%.
Pour gagner en 2027 il lui faut au moins 30% et ensuite c’est suivant la capacité de son adversaire à rassembler. Et avec un tel score elle serait en position forte pour les législatives. Dans le cadre du rapport droite/gauche elle peut compter sur l’électorat de droite comme sur celui de Reconquête. Alors qu’un candidat de gauche, vu l’ambiance, peut compter sur quoi ? J-P Damaggio
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