Moi, Jouary et Clouscard
Pour préciser l’ampleur de ma passion pour Clouscard et ses conséquences je conserve un document du 4-10-1986 à partir du principe qui a guidé ma vie : l’action commande la réflexion. J’étais à ce moment là un communiste ayant signé une pétition pour demander un congrès extraordinaire ce qui est un crime de lèse-majesté. Donc je suis devenu un indésirable comme les milliers d’autres signataires. Et je me suis alors posé la question de mon réabonnement à l’hebdo communiste Révolution vu que je devenais un défenseur du mensuel M, Marxisme, Mouvement. J’ai écrit au journal et miracle j’ai eu une longue réponse du rédacteur en chef, le philosophe Jean-Paul Jouary (voir l'image). J’avais mentionné le refus de l’hebdo de rendre compte de l’existence de ce mensuel, et Jouary de répondre : « Que la naissance de la revue dont tu parles a été signalée dans Révo. » Il lui était difficile de dire son nom ! Mais l’essentiel tournait autour du cas Clouscard que je défendais et là Jouary m’informe de la vie du journal : «Le livre de Clouscard devait faire l’objet il y a dix mois d’un compte-rendu signé Jouary, que j’ai annulé parce qu’Emile Breton en avait commandé un à René Lacroix, qui, au bout de cinq mois, a rendu une «descente en flammes» que j’ai refusée ; le même collaborateur vient de me remettre un article que je suis contraint de réduire et qui sera prochainement publié.» Le compte-rendu du livre de Clouscard signé René Lacroix a bien été publié en novembre mais je ne me sui pas réabonné. Je mesure l'inutilité de ce document mais je le mets là au titre des archives et pour insister : à partir des années 1980 le capitalisme entre dans une nouvelle phase assez heureuse de son histoire. JPD
Damaggio Jean Paul
Ecole maternelle de Pomponne 82000 Montauban
Bonjour,
J’ai été agréablement surpris par ta réponse qui provoquera peut-être mon réabonnement à Révolution ... dans quelques semaines,
La surprise tient davantage au fait de la réponse qu'à son contenu car de ce point de vue, malgré tes précisions, mes déceptions restent intactes.
1 - Signaler n’est pas rendre compte au sujet du journal M.
2 - Si concernant le livre de Clouscard tu m'apportes des précisions que je ne pouvais pas connaître, le fait reste entier : de compte-rendu point, même si j'enregistre une promesse que j’ai déjà lu dans Révo en juin dernier. Si Clouscard a tout compris avec tes, appels à le lire ce n’est pas une chose qui me rassure quant à notre capacité à débattre de ses idées.
3 - Concernant le texte de Lefebvre publié au printemps 85 (époque où j’étais encore ardent défenseur de Révo et où avec un camarade nous réalisions 4 abonnements dans mon petit département) je m’étonne que tu puisses assimiler son livre aux articles du journal. Il déclare ”Cet écrit s’inspire...”. Que Révo puisse s'enorgueillir d’avoir contribué à la réalisation du Retour de la dialectique ne peut en aucun cas le dispenser non seulement d’analyser, mais de débattre de ce travail. Pour ne rien te cacher, ce petit livre me paraît être le manifeste communiste des temps modernes.
4 - Quand au texte de la rédaction unanime publié dans le numéro 321, tu ne fais que rappeler ce que je savais. Ta précision est inutile si ce n’est-pour me prouver que lire n’est pas un acte simple; Je demandais à savoir qui était la rédaction de Révo et je comprends dans mon ignorance qu’il s'agit peut-être des conseillers de la rédaction, ou peut-être des chefs de rubrique.
5 - Que le principe de ne pas signer les réponses aux lecteurs soit un des actes de naissance de l’hebdo je l'avais aussi remarqué. Que parfois cela devienne plus désagréable c’est ce que j’ai noté en particulier avec la réponse au lecteur qui demandait un compte-rendu du livre de Clouscard (vraiment je n’en sors pas !).
6 - Mon sens de la démagogie ne va pas jusqu’au point de demander la publication de toutes les lettres des lecteurs. Ce que je souhaite c’est que le courrier ne soit pas corseté. Tu me répondras que la lettre que j’évoque dans le point précédent prouve que les lettres critiques ont leur place ou que les autres journaux (plus encore que Révolution) n’admettent que les lettres élogieuses.
En bref, un hebdo communiste, c’est un hebdo vivant. La vie c’est le débat, un débat qui n’existe pas dans la presse hebdomadaire mais que nous avons la responsabilité d’inventer. La preuve que c’est passible peut se lire à travers le débat avec Foucambert qui était passé aussi dans le Nouvel Obs mais dans un cadre anti-débat. Une hirondelle n’ayant jamais fait le printemps, je reste persuadé que dans la dernière période Révo cherche plus la formule toute faite que des pratiques à inventer. Fraternelles salutations. 4-10-1986 Jean-Paul Damaggio