Bruniquel 1981
ANTHYME SAINT-PAUL Le Journal de la Jeunesse 1er juillet 1881
BRUNIQUEL
L'Aveyron, le principal affluent du Tarn, est une des rivières françaises est une des rivières les plus pittoresques, par ses immenses rochers à pic, ses châteaux en ruine et les travaux d'art des chemins de fer qui croisent ou longent sa vallée. Sur une partie de son cours, il pénètre tantôt dans le département du Tarn, tantôt dans celui de Lot-et-Garonne, entre d'énormes murailles naturelles çà et là percées de grottes dont quelques unes furent habitées par les premiers hommes. A son entrée définitive dans Tarn-et-Garonne, l'Aveyron vient se heurter contre un escarpement de cent mètres de hauteur coupé par une large brèche qui sert de débouché à la Vère. Sur un coté de cette brèche s'élève un groupe de constructions qui fut jadis le nid d'aigle d'un des plus puissants seigneurs du Quercy. C'est le château de Bruniquel.
La légende, qui place partout en France le nom de Brunehaut à côté de ceux de César et de Charlemagne, fait honneur à cette reine d'Austrasie des vieux chemins et des antiques castels de l'Aquitaine, de même qu'elle attribue au conquérant romain tous les camps retranchés et au grand empereur carlovingien les plus anciennes cathédrales. Telle fut la bizarrerie des partages sous les fils et les petits-fils de Clovis, que Brunehaut, tout en régnant sur le bassin du Rhin et de la Meuse, posséda un instant la plus grande partie du bassin de la Garonne et probablement les rochers de Bruniquel ; mais rien, pas même la forme du nom, différente à l’origine, n'indique qu'elle y ait bâti une forteresse. On dut attendre les Normands. Après avoir servi à repousser les pillards, le château de Bruniquel devint la citadelle de la ville qui grandissait à l’ombre de ses tours ; parfois aussi il fut pour la contrée voisine un instrument d’oppression.
Non loin de Bruniquel s’élevait un château fort tout aussi redoutable, celui de Penne, qui commandait également l'Aveyron et dont les ruines sont encore magnifiques. La jalousie et l’ambition tourmentèrent longtemps les vicomtes de Bruniquel à la vue de cette forteresse rivale; ils voulurent plusieurs fois s'en emparer, mais elle était de taille à repousser leurs assauts, et leurs impuissants efforts, au lieu d'éteindre leur désir, ne firent qu’en activer la flamme.
Ils voulurent même que leur devise exprimât, à la face même de leurs adversaires, combien cette conquête leur tenait à cœur, et ils gravèrent partout sur les murs de leur demeure ce souhait, mal voilé par un jeu de mot!! Rien sans Pelle (rien sans peiner). Un commun désastre mit fin à ces aspirations si peu contenues. Apres les guerres de religion, Penne et Bruniquel, qui étaient devenus des repaires d'aventuriers, virent abattre tours créneaux par ordre de Richelieu. Seul, Bruniquel releva ses bâtiments, mais quitta l'aspect d’une forteresse pour prendre celui d’une grosse habitation. ANTHYME SAINT-PAUL
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