Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vie de La Brochure
11 août 2026

Cladel face à La Croix du Tarn et Garonne

Cladel face à La Croix du Tarn et Garonne

Je viens de présenter Bourdelle face à Cladel. Le fameux buste fera l'objet de polémiques et celle du Courrier du Tarn et Garonnen'est pas surprenante. La hasard fait qu'en 1942 le même journal reviendra sur le cas Cladel. Je laisse le lecteur juge. JPD

29 juillet 1894 Lettre ouverte 

A Monsieur Humbert, Préfet de Tarn-et-Garonne.

Monsieur le Préfet,

Il y a longtemps que l'on a dit : les lois ne peuvent rien sans les mœurs. Plus que jamais cette pensée s'impose à tous ceux qui ont à cœur le bien social. En effet la société est minée par l'anarchie qui trouve un point d'appui dans la corruption des mœurs. Ces réflexions nous sont suggérées par le projet d'inaugurer dans un lieu public le buste d'un des plus dangereux socialistes, d'un écrivain qui a exalté la Commune et dont les écrits renferment des pages d'une immoralité dégoûtante. Nous voulons parler de Cladel. La majorité du conseil municipal de Montauban dont les membres, nous aimons à le croire, ne partagent pas les idées socialistes et immorales de Cladel, a voté l'érection de son buste dans le square de la Préfecture. Ces membres ont obéi à un mot d'ordre, sans se préoccuper du point de savoir si l'érection de ce buste dans un lieu public n'était pas un encouragement à l'esprit de révolte contre la société et à l'immoralité ; sans se préoccuper surtout des condamnations subies par Cladel pour adultère, le 21 avril 1868, pour coups et blessures, le 1er novembre 1868, pour outrage à la morale, le 15 avril 1876 (1). Cette dernière condamnation a privé Cladel de ses droits politiques. Et l'on voudrait étaler aux yeux des Montalbanais le buste d'un tel écrivain ! Cladel dans le square ne semblera-t-il pas dire : la pudeur n'est qu'un préjugé ; la moralité, qu'un mot. Donnez carrière à vos instincts pervers ; insurgez-vous contre les institutions sociales. Permettez-nous, Monsieur le Préfet, de protester contre un vote irréfléchi, au nom des trois mille abonnés de la Croix de Tarn-et-Garonne, de tous ceux qui ont quelque souci des intérêts moraux, et de vous supplier de ne pas approuver la décision prise par la majorité du Conseil municipal.

L'œuvre de M. Bourdelle est certainement une œuvre d'art, qui sera mieux placée au Musée que partout ailleurs. Elle y sera en bonne compagnie avec les chefs d'œuvre qui en font l'ornement. Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de nos sentiments les plus respectueux. La Rédaction.

(1) Note JPD : Cette condamnation concerne une nouvelle à la gloire d'une femme de Communard qui est obligée de se prostituer pour vivre. 

22 août 1942

Souvenirs sur Léon Cladel mort il y a 50 ans

Le 21 juillet 1832 mourait Léon Cladel. Il était né à Montauban en 1835. C'était un honnête homme, un écrivain courageux, un artiste convaincu.

Fils d'un bourrelier qui ne croyait, pas à la gloire littéraire, les débuts de sa carrière furent assez agités. Il dut, pour venir à Paris, s'enfuir de la maison paternelle. Ce premier voyage fut accompagné d'invraisemblables péripéties.

Cladel ayant écrit, pour prévenir de son arrivée, à un étudiant en médecine de ses amis, quittait Montauban et après vingt- quatre heures de chemin de fer en troisième classe, arrivait à Paris, à la gare d'Orléans où son ami, le carabin, l'«espérait» accompagné d'une quinzaine de camarade. C'était en 1857. Les étudiants qui attendaient notre provincial, portaient d'excentriques vêtures, des plumes de mousquetaires ornaient leurs chapeaux pointus à larges bords, à leur mentons fleurissaient des barbes romantiques pareilles à celle de Petrus Borel, le lycanthrope. Une ovation tumultueuse salua l'arrivée de Cladel tout ébloui par une telle réception.

Félicien Champsaur a raconté cette première soirée de Cladel à Paris : « ...On hisse sa malle sur un fiacre, étudiants et bohêmes s'y hissent eux-mêmes et, l'on part pour le quartier latin. On descend à l'hôtel Laissus, place de l'Odéon et alors commence la danse des écus du fils de Montauban dont le petit pécule s'élève à un millier de francs placés dans une escarcelle fixée autour des reins par une courroie. Sept heures du soir. On va d'abord au Prado. Cladel se bat avec des types de l'endroit. A part çà, il paie partout et toujours. Quatre heures du matin. Arrêt chez Baratte, près des Halles. On boit, on mange, on reboit. Il y a là des bohèmes, des étudiants aux figures hirsutes, coiffés de fez, de sombreros, de toques, de bérets, de chapeaux tyroliens... On cause, on rit. Tout à coup un homme presque chauve, mais barbu, se lève. On venait de le prier de chanter. Il était, ivre, mais à mesure qu'il allait, il redevenait, maître de lui. Il pleurait ce qu'il chantait :

Hier, en voyant une hirondelle

Qui nous ramenait le printemps,

Je me suis rappelé la belle

Qui m'aima quand elle eut le temps.

Lorsqu'il eut achevé, l'ivresse le reprit, et il tomba sur une chaise. C'était, Murger, le poète de Musette et de Mimi. En sortant, de chez Baratte, on va rue Dauphine, absorber du lait. Le jour se lève. On part pour Chatou. Enfin le soir, Cladel retourne à son hôtel avec son ami. Il lui reste une centaine de francs. Il s'agissait d'être économe maintenant. Ils achètent, rue Racine, une tirelire, y mettent les écus et rentrant, Claudel, harassé, se couche. Le lendemain, quand il s’éveille, il trouve la tirelire brisée, et une vingtaine de francs à côté. Son ami avait joué, toute la nuit, avait perdu et était venu chercher les dernières finances.

Il était urgent de se tirer d'affaire. Clade! se mit à l'œuvre; il entra comme troisième clerc chez un huissier, et il consacra ses loisirs à trousser des nouvelles, des contes qu'il fit passer dans les petits journaux de la rive gauche. C'est alors qu’il fit la connaissance de Baudelaire, qui exerça sur lui la plus heureuse influence. Cependant, la réputation était venue. Cladel commençait à être célèbre. Et son père, qui rougissait de sa dureté, s'en confessa un jour d'une façon bien touchante. II fut atteint d'une attaque d'hémiplégie et fit venir son fils près de lui. Il lui prit les mains, lui demanda pardon de l’avoir laissé à Paris si longtemps sans argent. Cladel était tant ému qu'il ne pouvait répondre. Le père était vieux et mourant. Il disait : « Excuse-moi. Je n'avais pas compris !» Deux semaines après, le mal ayant empiré, le père de Cladel était assis dans son fauteuil. Comme sa mère et lui voulaient le déshabiller, quelque chose tomba qui était entre son gros gilet de bure et sa chemise : c'était le dernier roman publié par Léon Cladel, le Bouscassié. Le vieux paysan était presque sans connaissance; il regardait vaguement par la fenêtre ouverte, la campagne et le ciel. Mais il entendit le livre tomber et il dit ; « Petit, replace ce livre, et, quand je serai mort, mets-le avec moi dans la caisse ». Le lendemain, il mourait, et dans le cercueil, Léon Cladel en pleurant plaçait le petit volume.

Léon Cladel n'avait, au point de vue de la toilette, aucune coquetterie. Il se pro- menait dans les champs, vêtu d'une antique houppelande, les cheveux embroussaillés et, la barbe inculte. Il lui advint un jour une amusante méprise. Comme il errait à son ordinaire, insouciant et dépenaillé, dans les environs de Sèvres, un gros bourgeois ventru, vint à passer près de lui. Dévisageant soudain Cladel, vêtu de sa fameuse houppelande, l'œil caverneux, ce brave homme pensa aussitôt: «Voilà un pauvre diable qui a l'air d'être à jeun, un pauvre honteux, quoi ! » Alors, magnanimement, il tira sa bourse, y prit quatre sous, les glissa dans la main de Cladel et fila délicatement. Jusque là rien de bien extraordinaire, mais le plus amusant, le voici : Cladel ahuri, ses quatre sous en main, se demanda d'abord ce que cela voulait dire. Mais bientôt ayant compris, il se mit à courir pour rattraper le Philistin qui avait, de l'avance, et pour lui expliquer son erreur. L'honnête bourgeois entend le galop derrière lui, il est pris tout à coup d'une crainte terrible. — Ah ! tonnerre, s'exclame-t-il, la route est déserte, pas un chat à l'horizon, ce sacripant a vu l'or de mon porte-monnaie et il veut me dévaliser. Filons ! » Et le voilà se mettant à fuir à toute allure, si bien que Cladel ne put le rattraper... Et c'est ainsi que l'honnête et doux Cladel fut pris un jour pour un voleur de grand chemin.

 Maurice BAPTISSARD.

En publiant l'article de notre distingué collaborateur occasionnel, M. Maurice Baptissard, nous avons voulu rendre hommage à Léon Cladel, écrivain montalbanais au style rutilant et échevelé; mais nous ne pouvons souscrire aux

Commentaires
Vie de La Brochure
Archives
Newsletter
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 1 091 308