Exclusif : Brigitte Barèges face à Robert Battut
Gamin tous les jours d’école je passais en vélo devant l’entreprise Battut qui était encore installée dans le village de Réalville. J’en ai conservé la magnifique odeur de bois de toute menuiserie. Pas étonnant si j’ai ensuite suivie avec attention l’histoire de l’entreprise et de la famille qu’il m’arriva de croiser souvent. Mais là n’est pas le but de ces quelques lignes qui visent seulement à rappeler que c’est à Albias, devant Robert Battut, maire, que le 7 mars 1998 se décide l’avenir politique de Brigitte Barèges dans la grande salle des fêtes de la commune. Nous étions à quelques jours de l’élection régionale qui normalement devait être la rampe de lancement du combat politique de la jeune Brigitte. Cette élection à la proportionnelle, encore sur liste départementale, ne pouvait que donner lieu à des affrontements internes à la droite comme à la gauche et au centre aussi. Telle est la règle de ce mode de scrutin. En 1992 ils étaient trois sur les rangs : Bonhomme, Cave, Pécou. Jean Bonhomme ne le savait peut-être pas mais c’était là ses adieux à la politique. En 1998 la gauche étant au pouvoir les ordres nationaux ont imposé une liste unique RPR-UDF dirigée par le député Jean-Pierre Cave, vice-président sortant à la Région. Il avait perdu les municipales à Montauban en 1995 mais il brillait de mille feux. Brigitte Barèges trouvait très indigeste cette opération et s’activa donc pour imposer une « vraie » liste de droite paritaire ( à l’époque les femmes faisaient décor sur les listes) alliée au parti de Philippe de Villiers car elle était déjà à la droite de la droite. Etait-elle elle-même membre du MPF ? Pierre Pousthomis dentiste de Caussade et alors président de ce parti et candidat pourrait donner la réponse. Bref, la liste était prête. L’union RPR-UDF décida d’absorber à la quatrième place celui qui était en tête de la liste dissidente, Robert Lagrèze, le maire de Montech et conseiller régional sortant, pour ainsi lui couper l’herbe sous les pieds. C’est la fête de cette union qui se célébrait à Albias le 7 mars 1998 et si Brigitte Barèges se retrouvait sur la touche (quelle frustation pour elle) , elle ne se priva pas pour autant d’une intervention tonitruante qui laissa la salle à la fois médusée et enthousiaste. Il fallait y être pour le croire. Sa charge contre le Seigneur local, M. Baylet, sortait de l’ordinaire ! «Percutante et charmante à la foi » disaient les militants en sortant de la salle où elle eut finalement la vedette.
Robert Battut a pu assister en bonne place à la naissance d’un événement.
Forte de cette expérience, en 2001 à Montauban elle va constituer une liste sans les poids lourds de la droite locale. Après Caussade, Albias était devenu l’épicentre de la droite locale, fonction que Montauban va récupérer en 2001. Il me semble utile de vérifier son état d’esprit à ce moment là.
La Dépêche d’alors l’a beaucoup courtisée donc le 13 mars elle reprend son propos : « Je n’ai pas d’appétit politique. Je pense qu’il ne faut pas faire plus de deux mandats pour ne pas s’enraciner. Si je suis élue maire de Montauban, ça sera à temps plein. »
Le 20 mars elle répète : « Je suis par essence contre le cumul des mandats et aussi contre le renouvellement des mandats. La politique restera un passage passionnant de ma vie. »
Et en 2002 elle devient députée… puis la suite fait qu’en 2026 elle se voit sénatrice, et par son intervention aux obsèques à Réalville elle a voulu donner des ailes à sa nouvelle ambition !
Comme le lecteur peut s’étonner de ma phrase : « La Dépêche d’alors l’a beaucoup courtisée. » voici ce qu’Alain Baute disait de Roland Garrigues le maire sortant PS après sa défaite de 2001 :
« Il s’avère que l’homme [Roland Garrigues] a cristallisé, parfois malgré lui, beaucoup de paramètres négatifs. En six ans, des mots mal pesés, des choix, des partenaires douloureux, une actualité parfois brûlante, des rumeurs assassines infondées, le poids d’un héritage, et un casting électoral discuté ont amené Roland Garrigues à la défaite. »
De la part d’un allié… oui c’est le même Alain Baute qui en 2026 s’active encore à Montauban.
Bref, Robert Battut abandonne son mandat de maire l’année où Mme Barèges s’en empare.
La Dépêche du jour peut conclure une brève par ces mots : « Une chose est sûre : quoi qu’elle fasse et dise, Mme Barèges ne pourra jamais revendiquer la constance dans les convictions d’un Robert Battut. »
Dès 1998 elle a été à la droite de la droite et elle y est restée. Que de Gaulle, et Chirac dans sa suite, se soient tenus loin de l’extrême-droite, c’est vrai, mais Charles de Gaulle (né en 1948), le petit-fils du général de Gaulle, a été député européen FN de 1999 à 2004.
La politique est une longue course d’obstacles. Jean-Paul Damaggio
P.S. Les infos que je donne proviennent de mes divers livres.
P.S. Sur la photo Robert Battut avec l'actuel maire d'Albias dont je ne sais trop s'il plus ou moins à droite de Brigitte Barèges.
/image%2F1367097%2F20260816%2Fob_f1be92_battut.jpg)