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Vie de La Brochure
2 août 2026

JO Maso en 1983

Jo Maso fut mon idole quand j'avais 15 ans et j'ai plaisir à le retrouver ici en 1983 sur l'Humanité. Depuis le rugby est bel et bien devenu professionnel. Même ça c'est devenu inévitable ! J'ai eu le plaisir de l'avoir deux fois au bout du fil qund je travaillais sur le cas de son ami Sitjar. JPD 

P.S. Il est déjà sur ce blog.

Jo Maso : le rugby peut (et doit) évoluer sans le professionnalisme

Après quinze ans passés dans le haut niveau du rugby français, Jo Maso n’a pas déserté les terrains. Sept ans après sa dernière sélection en équipe de France, il retrouve tous les vendredis les anciens rugbymen de sa génération (ou plus ancienne) et dispute des rencontres amicales contre les équipes de la région de Perpignan « pour maintenir le contact ».

Q : Que pensez-vous du rugby australien ?

R : Les Australiens n’ont pas donné la pleine mesure de leur talent. Pour le premier test, je pense qu’ils vont montrer qu’ils savent prendre le rugby par le bon bout. L’Australie est une nation sportive qui n’accorde pas trop d’importance au résultat, ils veulent prendre du plaisir, ils vont être offensifs.

Q : Comment appréciez-vous la rencontre de samedi ?

R : J’ai été déçu par rapport à ce que j’avais connu en 1972, et ce que j’avais vu il y a cinq ans. Les Australiens ont joué sans trop d’enthousiasme, et leur système de jeu offensif n’était pas réfléchi. C’était un rugby de kermesse. Ils ne sont pas équipés au niveau des avants et l’équipe de France va leur poser des problèmes. Je suis, à ce sujet, heureux du retour de Gallion.

Q : Comment expliquez-vous la violence de la première rencontre en France ?

R : Pour se battre il faut être deux. Les Français se sont vite énervés, il faut savoir respecter l’adversaire. Cela dit, la France a une équipe qui peut faire du beau jeu.

Q : Que pensez-vous du rugby professionnel ?

R : Il a peu de chance d’aboutir. Il faut beaucoup d'argent (3 milliards) et le rugby n'est pas un sport universel. Il n'intéresse pas le monde entier. Il n'est pas bien introduit aux USA et au Japon, par exemple. Cette idée du rugby professionnel va peut-être faire évoluer l’international Board. Depuis 1900, les lois n'ont pas changé. Mais je n’y crois pas.

Q : Que faudrait-il faire pour faire évoluer le rugby ?

R : Justement, cela va faire toucher du doigt qu’il peut y avoir une autre forme d’organisation. Le rugby est mal proportionné. Les clubs ont du mal à boucler leur budget. C’est difficile à gérer.

Q : Comment expliquez-vous le peu de succès du rugby en France ?

R : Le rugby est mal implanté dans le Nord. Même dans le Midi, dans le Sud-Ouest, il n’intéresse pas 100 % des gens. Les bons matches de championnat n'attirent pas les foules. Le public rugby est vieux. On voit très peu de monde sur les stades. II ne faudrait pas que ça reste uniquement un rugby-village. Qu'il n’y ait pas de rugby dans les grandes villes, c’est un signe. Ce n’est pas normal que les jeunes, les étudiants jouent moins au rugby qu’il y a vingt ans. Ii faut vivre en 1983. L’approche de la vie est différente, ils ont d'autres loisirs qu’on ne connaissait pas il y a quelques années.

Q : Que faut-il changer au niveau du championnat ?

R : Un resserrement de l’élite serait bénéfique, il faudrait des confrontations de même niveau, avec les trente- six meilleures équipes. Le championnat serait plus intéressant.

Q : Au niveau des règles ?

R : Si on veut faire évoluer le rugby, il faut changer les règles. Ii y a trop de raisons d’arrêter le jeu, il faut laisser jouer. C’est embêtant que sur 10.000 personnes il n’y en ait qu 'une qui se régale, celle qui a le sifflet.

Q : Au niveau des joueurs ?

R : il faudrait que les joueurs ne perdent pas d’argent en jouant. En règle générale, j’aimerais que les joueurs gagnent bien leur vie. Tenez, les Australiens pour leur tournée en France ont une prime de 80 F par jour. Beaucoup ont pris des congés sans solde. Mais l’argent ne fait pas tout. A la limite, je ne sais pas si ça va servir le rugby. J’ai joué quinze ans en nationale. J’ai eu une belle aventure sans argent.

Q : Qu’appréciez-vous le plus dans le rugby ?

R : C'est un sport fantastique. Cela permet de rentrer dans une collectivité pas touchée par l’argent. C’est pour cela que le professionnalisme me fait peur. Ceux qui ont la grosse tête sont rejetés par le milieu, il faut que cela reste un jeu. De plus, de Gachassin à Estève, tout le monde peut se reconnaître. L’important est que chacun prenne son plaisir.

Propos recueillis par JANE RENOUX

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