La colonisation : du blog à facebook
Je suis venu à l’occitanisme au moment où il fallait, pour l’Occitanie, « décoloniser la France ». Autant dire que j’ai pu vérifier très tôt que le mot colonisation pouvait être mis à toutes les sauces. Donc, depuis 1945 pouvons-nous dire que l’Europe est colonisée par les USA ? Comme toujours ma réponse est concrète car j’ai eu la chance d’avoir plusieurs liens concrets avec les Amériques.
C’est donc en 1997 que j’ai découvert dans une famille péruvienne qu’internet lui était d’usage courant sans pour autant avoir d’ordinateur à la maison vu son coup financier. En Amérique latine le cybercafé était alors fréquent partout tout comme les services téléphoniques collectifs.
J’ai ensuite pu accéder à internet mais à faible vitesse et créer un blog.
L’ami québécois Jacques Desmarais était déjà un habitué de son blog Train de nuit et venant en France en 2009 il fut surpris du faible usage de la wifi.
Puis est arrivé facebook et petit à petit il délaissa le blog pour facebook.
J’appelle colonisation cet exemple d’évolution qui en l’occurrence… est volontaire.
Facebook est à l’image de ce que Jacques Desmarais démontra de belle manière : le sens pratique aux USA à partir du philosophe Dewey.
Facebook est d’usage simple, pratique avec un succès garanti.
Ce faisant Facebook est une prison !
Toute la structure est calibrée. Vous pouvez inscrire presque ce que vous voulez mais dans un format fermé pour ne pas dire cadenacé
Le blog est aussi calibré mais il laisse au responsable une plus grande marge de manœuvre sauf que celui-ci peut découvrir un beau matin que le serveur à plié boutique et tout le travail est perdu ! C’est le cas d’un ami qui animait un beau blog TGV en Albret !
Nous sommes plusieurs à utiliser facebook pour renvoyer vers nos blogs mais le blog reste secondaire. Ce qui me sidère le plus c’est quand sur facebook on célèbre le titre d’un article d’un journal… qu’on ne peut pas lire ! Comme si le titre suffisait !
La colonisation de l’Europe passe par des tas d’autres phénomènes (dans le domaine agricole j’en ai étudié quelques-uns) mais celui que je mentionne me suffit d’autant qu’il produit les puissances financières les plus grandes d’aujourd’hui ! Dans la vieille colonisation il s’agissait de piller les matières premières des pays soumis. Dans la nouvelle nous sommes pillés directement.
Nous sommes contraints d’utiliser la voiture et donc de renforcer les recettes de l’industrie pétrolière. Pour tout ce qui concerne internet nous apportons la matière première et qui plus est nous payons pour faire ce « cadeau » !
J’utilise moi-même Facebook qui cependant n’est pas aussi fort qu’il le dit. Je me piège moi-même et je vérifie donc la baisse de fréquentation du blog en me demandant comment on va pouvoir se décoloniser ! J-P Damaggio
Je reprends ici un texte autobiographique de Jacques Desmarais publié sur son blog mais difficilement sur son facebook vu sa longueur :
Des excuses systémiques Ha!
J’ai beaucoup de souvenirs de la Crise d’octobre 70 qui fut déterminante pour la génération [il avait dix-huit ans] qui est la mienne, je pense tout au moins à ma tribu de laquelle plusieurs de ses sorciers sont toujours là, amis de feu, chacun un cadeau précieux de la vie, tribu forgée au fil des études secondaires et qui entrera au Cégep de plain-pieds en 1971. Avec les filles!
Le coup, l’effet d’octobre? C’est pour ainsi dire dans l’après-coup que ça se passe, caractérisé par un bouillonnement de tous les diables, aurait pu dire notre professeur José A. Prades, au cœur le plus tendre de notre jeunesse en ma tribu fougueuse. En effet, les jeunots cégépiens verront arriver en classe pour le cours d’introduction à la sociologie M. Prades, docteur en sociologie, spécialiste de Max Weber et d’Émile Durkheim avec sous le bras la revue Socialisme québécois, coiffée du titre « Québec 70 la réaction tranquille », nos 21-22, avril 1971.
À propos, avec le recul il est fascinant de lire la reconstruction de ce courant de la gauche québécoise, sévèrement critiquée Ici dans cet article de Globe qu’on trouve via Érudit : Angelot, M. & Gagné Tremblay, T., (2011). De Socialisme 64 à Socialisme québécois ou l’invention du marxisme au Québec. Globe.
Ce cours nous transforma pour la vie. Mais pour l’heure, je suis jusqu’en 1973 un jeune militant du PQ émergeant d’alors (fondé en 1968; les nouvelles parleront demain du PQ actuel, marginalisé, et de son nouveau chef). Je participe à deux congrès nationaux à titre de délégué élu de la circonscription de Shefford, aujourd’hui Granby et une partie, dont ma cambrousse, de l’actuel comté de Johnson.
De cette ancienne vie de garçon, j’en viens aux EXCUSES :je trouve dans mes archives une copie d’une « Résolution spéciale » du Conseil Exécutif du PQ soumise lors du troisième congrès national du parti en février 1971 (qui avait brassé pas mal avec, entre autres, l’élection de Pierre Bourgault à l’Exécutif, précédé d’un discours célèbre qui exaspéra René Lévesque. Le texte exige du gouvernement québécois que soient indemnisées « les victimes innocentes des arrestations et perquisitions abusives... ». En ses Attendu, le préambule très précis souligne avec force les entorses aux droits fondamentaux, la répression politique des forces progressistes au Québec par les gouvernements Trudeau-Bourassa, l’utilisation du pouvoir judiciaire à des fins partisanes.
L’après octobre 70 déboule. Nous lirons les manifestes publiés coup sur coup par les grandes centrales syndicales : L’État rouage de notre exploitation, Ne comptons que sur nos propres moyens L’école au service de la classe dirigeante de la CEQ.
Le prof de philo Laurent Valiquette nous fait lire le Manifeste du Parti communiste et des articles du Club de Rome. Émile Roberge, prof. et écrivain, présente dans son cours de poésie le film sur la Nuit de la poésie au Gesù en 70. Madeleine Monette, qui deviendra romancière et poète, nous introduit à De Saussure, nous fait lire La reproduction de Bourdieu, Langage et société d’Henri Lefebvre.
Paul-André Fortier qui abandonnera l’enseignement pour devenir danseur étoile, monte des spectacles avec les étudiants dans son cours de théâtre. Nous sommes dans un petit campus de 400 étudiants! Tellement chanceux d’avoir eu ces professeurs!
Au printemps 1973 éclatera la grève du front commun intersyndical, l’emprisonnement des Chefs syndicaux, le goût de tomber en amour et de sacrer son camp.
Entre temps, je suis de près le Procès des Cinq, je lis Point de mire dirigé par Bourgault, et religieusement Québec-Presse les dimanches; j’assiste à Sherbrooke au spectacle bénéfice pour les prisonniers politiques de Poèmes et Chants de la Résistance; je découvre avidement Pierre Vadeboncoeur : j’avale en une nuit son Indépendance(s). J’ajoute enfin cette autre lecture importante qui donna sens au Québec meurtri de ma jeunesse : La vigile du Québec de Fernand Dumont
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