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Vie de La Brochure
12 août 2026

Orphée aux Enfers d’Offenbach à Bruniquel

Orphée aux Enfers d’Offenbach à Bruniquel
Orphée aux Enfers d’Offenbach à Bruniquel

Après le spectacle de Bruniquel j’ai eu envie d’en savoir plus sur les conditions de la création de cette œuvre. Née en 1858 elle a subi plusieurs évolutions mais dans tous les cas, le succès est venu du public, car l'œuvre a longtemps été méprisée par les « élites intellectuelles », sans doute parce qu'elles se reconnaissaient dans les «caricatures dévastatrices » de cette satire qui visait plus l'usage hypocrite qui est fait du mythe que le mythe en lui-même. Des critiques de l'époque y voyaient une sorte de profanation d'un héritage essentiel. C’est cet esprit que je retrouve dans ce texte publié à la mort d’Offenbach par le chroniqueur du Masque qui ne jette pas des fleurs à cette œuvre et à Offenbach en général. Mais à propos d’Orphée aux Enfers le succès de la musique du cancan est née là ? JPD

Illustrations : à Bruniquel, le choix du camion pour que les dieux descendent aux enfers et trois acteurs en 1887.

Le Masque journal de Marseille le 10 octobre 1880

Il vient de mourir, à Paris, un homme qui a exercé une influence considérable, néfaste pourrait-on dire, sur le théâtre, contemporain. Cet homme est le créateur de l’opérette, j’ai nommé Jacques Offenbach. Loin de moi la pensée de retracer ici la carrière, si bien remplie du célèbre compositeur. D’autres écriront, si ce n’est déjà fait, cette biographie. Quant à moi, j’entends rester dans mon rôle de chroniqueur et me borner à tirer la résultante des faits relevant de l’actualité. Or est-il une existence qui, plus, que celle du maestro Offenbach, puisse offrir matière à controverse ? Quand on examine ce qu’était le théâtre avant la création de l’opérette et ce qu’il est devenu depuis, on demeure atterré de la part léonine qu’Offenbach s’est taillée au détriment des autres genres ; de la transformation qui s’en est suivie dans le répertoire et du changement qui s’est opéré, dans les goûts du public. On se demande si c’est un progrès, et, quand on considère le discrédit dans lequel est tombée la comédie, quand on met surtout en parallèle cette étude piquante, sérieuse, réfléchie des mœurs et des caractères, avec les calembredaines insipides du nouveau genre, qui consiste à rire de tout, à tout mettre en dérision, on est forcé de répondre non. Offenbach était admirablement organisé pour réussir dans notre pays où le rire et la parodie sont pour ainsi dire innés, dans notre pays où l’on préfèrera toujours une caricature à un sujet sérieux, dans notre pays pour lequel semble avoir été inventé l‘adage : « La moitié du monde se rit de l’autre moitié. » Offenbach possédait la gaieté, la verve et l’esprit. Il excellait à s’assimiler les motifs les moins folâtres, à les travestir et à en tirer des traits d’un comique achevé. Rappelez-vous la parodie du trio de Guillaume Tell au  3ème acte de la Belle Hélène. Sa musique, nerveuse, saccadée, a des sautillements de grive ivre, des trépignements de bacchante ; elle vous donne des démangeaisons dans les jambes, un besoin de déhanchement et on se laisse entrainer par ce rythme diabolique. Vous vous souvenez du trémoussement qui, à la première d‘ Orphée aux Enfers, s’empara du public quand l’orchestre attaqua le quadrille resté célèbre. Ce jour là le cancan, était inventé. Ce jour là aussi, l’opérette était fondée.

 

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