Election au Québec
Le quotidien Le Devoir n'est plus accessible gratuitement alors je me suis reporté sur le journal conservateur La Presse qui apporte une information qui me semble précieuse sur le financement des partis. A suivre. J-P Damaggio
Votre vote vaut plus que vous le pensez
Au moment même où commence la campagne de 2026, les votes exprimés quatre ans plus tôt continuent d’avoir un impact concret, que les formations politiques aient ou non des députés élus à l’Assemblée nationale, écrit notre chroniqueur.
Alain Rayes Publié le 27 août
Ancien maire et ex-député fédéral, collaboration spéciale
La campagne électorale québécoise s’amorce. Pendant les prochaines semaines, on parlera de sondages, de promesses, de chefs, de circonscriptions chaudement disputées et, inévitablement, de vote stratégique.
Quelqu’un qui me suit sur les réseaux sociaux m’a écrit récemment : «Mon vote ira toujours à un parti qui peut prendre le pouvoir. Je ne vois aucun intérêt à voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner. »
Cette réflexion est certainement partagée par plusieurs Québécois. Notre mode de scrutin est loin d’être parfait. Dans certaines circonscriptions, on peut même avoir l’impression de connaître le gagnant avant le premier jour de campagne. Alors pourquoi se déplacer pour voter pour un candidat qui terminera deuxième, troisième, quatrième ou cinquième?
Parce qu’un vote ne sert pas uniquement à élire un député.
Un vote, c’est de l’argent
C’est probablement l’un des aspects les moins connus de notre système politique : au Québec, notre vote a aussi une valeur financière.
Chaque année, l’État verse une allocation aux partis politiques, proportionnelle aux votes obtenus lors des dernières élections générales. En 2025 seulement, plus de 12,2 millions de dollars ont ainsi été distribués.
Avec environ 41 % des voix en 2022, la CAQ a reçu un peu plus de 5 millions de dollars l’an dernier. Québec solidaire, avec 15,4 % des votes, a reçu près de 1,9 million ; le Parti québécois, avec 14,6 %, près de 1,8 million ; et le Parti libéral, avec 14,4 %, lui aussi près de 1,8 million.
Chaque vote sert à calculer des allocations annuelles qui sont versées aux partis éligibles, jusqu’à la prochaine élection.
Mais l’exemple le plus révélateur est probablement celui du Parti conservateur du Québec.
Le PCQ n’a fait élire aucun député en 2022. Pourtant, ses 12,9 % des voix lui ont valu près de 1,6 million de dollars en 2025.
Et rappelons-le : il s’agit d’une allocation annuelle. Ces votes donnent donc aux partis, année après année, des moyens pour maintenir une organisation, développer leurs idées, recruter des candidats et préparer l’élection suivante.
Une nouvelle enveloppe au déclenchement des élections
En préparant récemment une chronique sur le sujet, j’ai moi-même découvert un mécanisme que je ne connaissais pas, malgré mes 16 années en politique. [c'est ce que j'ai mis en image]
Au déclenchement d’élections générales, une allocation publique supplémentaire est versée aux partis. L’enveloppe correspond à 1 $ pour chacun des 6,3 millions d’électeurs inscrits sur la liste électorale, puis elle est répartie, encore une fois, selon les résultats obtenus.
Autrement dit, au moment même où commence la campagne de 2026, les votes exprimés quatre ans plus tôt continuent d’avoir un impact concret, que les formations politiques aient ou non des députés élus à l’Assemblée nationale.
Et ce n’est pas tout.
Il existe un autre mécanisme qui donne une importance supplémentaire à notre vote : le remboursement des dépenses électorales.
Un parti qui obtient au moins 1 % des votes valides à l’échelle du Québec obtient le remboursement de 50 % de ses dépenses électorales admissibles.
Pour un candidat, le principe est semblable : s’il obtient au moins 15 % des votes dans sa circonscription, 50 % de ses dépenses électorales admissibles sont remboursées.
Un candidat peut donc perdre son élection, mais chaque vote peut l’aider à franchir ce seuil de 15 %.
Il faut bien commencer quelque part
Je ne plaide pas ici contre le vote stratégique. Il est parfaitement légitime. Mais voter pour ses convictions l’est tout autant.
Notre histoire politique nous le rappelle. L’Action démocratique du Québec a longtemps été un tiers parti avant de devenir l’opposition officielle en 2007. Québec solidaire a commencé modestement avant de réussir à faire élire plusieurs députés. La CAQ est passée du statut de nouvelle formation politique à celui de gouvernement.
Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, au moment de voter en 2022 dans la circonscription de Chauveau, à Québec. Son parti n’avait fait élire alors aucun député.
Et aujourd’hui, le PCQ constitue probablement le meilleur exemple de ce phénomène. Malgré l’absence de députés issus des élections de 2022, son résultat lui a permis de maintenir une organisation pendant quatre ans. Il tentera maintenant de transformer ces appuis en sièges.
À l’autre bout du spectre, Québec solidaire traverse une période difficile. Mais pour les électeurs qui croient toujours aux idées du parti de gauche, voter est une façon de contribuer à lui donner les moyens de poursuivre son travail et, un jour peut-être, de rebondir.
Bien plus que choisir un gagnant
La campagne qui s’amorce nous donnera mille occasions de débattre. Certains voteront pour choisir le prochain gouvernement, d’autres pour renforcer l’opposition ou voteront de façon plus stratégique. Certains appuieront un parti parce qu’une idée ou une proposition de son programme les interpelle particulièrement. D’autres donneront leur vote à une candidate ou à un candidat qui les inspire, peu importe ses chances de l’emporter. Et plusieurs voteront tout simplement selon leurs convictions. Toutes ces motivations sont légitimes.
Mais lorsqu’arrivera le jour du scrutin, souvenons-nous qu’un vote peut servir à bien plus qu’à déterminer le nom du gagnant.
Il peut faire élire. Il peut envoyer un message. Il peut faire grandir une idée. Et il peut donner à ceux qui la portent les moyens de poursuivre l’aventure.
Parce qu’en politique, les idées ont besoin d’appuis. Et, qu’on le veuille ou non, elles ont aussi besoin d’argent pour prendre leur envol.
Alors, au début de cette campagne, avant de nous demander seulement pour qui nous voterons, demandons-nous aussi pour quoi nous voterons.
Et surtout, allons voter.
Bonne campagne électorale à tous !
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