Henry Lapauze et le musée Ingres
Le mardi 25 novembre à 15 h 30, à l'Ancien Collège de Montauban, dans le cadre des conférences de l'UTAM, je vais évoquer Henry Lapauze et sa défense d'Ingres. Je donne ici deux documents au sujet du Musée Ingres. Le premier suite sans doute à une visite en 1907 et le deuxième de 1914. Entre les deux dates, le musée a beaucoup changé puisque la mairie qui l'occupait en partie, encore en 1906, a été déplacée suite aux lois de 1905-1907, dans son lieu actuel, qui était alors l'évêché. Bien sûr, on y lit toute l'admiration qu'Henry Lapauze vouait à Ingres. Jean-Paul Damaggio
(dessin de la mère d'Ingres par Ingres publié dans Le roman d'amour de Monsieur Ingres par Henry Lapauze.)
Henry Lapauze fait l'inventaire des musées de province et il le publie en 1908. Voici son portrait de celui de Montauban.
Conservateur : M. Achille Bouis photographe. Gardien : 1. Date de fondation : 1841
Immeuble : Hôtel de ville (premier étage)
Situation actuelle : Musée très bien tenu au point de vue matériel. La collection des dessins d'Ingres est trop tenue à l'étroit. Comme elle contient à peu de chose près tout l'intérêt du musée, il est incompréhensible qu'on ne sorte pas des cartons les milliers de dessins qui s'y trouvent, pour les exposer aux lieux et place d'une série de toiles d'une extrême médiocrité qui encombrent la grande galerie. La ville qui s'intéresse à son musée a décidé de l'agrandir par l'adjonction du local de la bibliothèque [construction d'une nouvelle bibliothèque]. Il était permis de penser qu'à cette occasion, tous les dessins d'Ingres seraient exposés. Il paraît, au contraire, qu'on va encore exposer là des toiles "locales" dont les trois quarts sont indignes des musées les plus modestes.
Le musée n'est pas chauffée. Humidité des salles Ingres. Crainte d'incendies à cause du voisinage des bureaux de la mairie et surtout de la grande salle des réunions publiques qui est au-dessus du musée. Deux commencements d'incendies en 1906.
Budget : Traitement du conservateur : 600 francs ; acquisitions : 1200 francs, entretien : 300 francs.
Œuvres envoyées par l'Etat : les peintures envoyées par l'Etat sont importantes et nombreuses.
Artistes de la région représentés dans le musée : Ingres, Armand Cambon, de Gironde, Henri Marre, Emile Bourdelle, Louis Cabannes, Louis Oury, Félix Bouisset etc..
Inventaire : oui mais incomplet (1)
Catalogue : non.
(1) A signaler que les dessins d'Ingres inventoriés par MM Combes et Momméja n'a pas encore reçu d'estampille. Il y a quarante ans qu'ils sont au musée. Voir : Les dessins de Ingres du musée de Montauban par Henry Lapauze, 600 reproductions in folio.
Sur le Musée Ingres le 17 janvier 1914 dans La Renaissance :
VEILLONS SUR NOS CHEFS-D'OEUVRES
Depuis quelques semaines, les journaux de la région montalbanaise se font l'écho des justes doléances du public auprès de la municipalité de Montauban. Il s'agit du musée Ingres. La ville de Montauban, qui a l'honneur d'être la dépositaire de l'atelier du maître, peut se flatter de posséder aujourd'hui l'un des plus merveilleux musées de France. Il est malheureusement trop vrai que le musée Ingres court deux risques, également dangereux : risque d'incendie, car les salles du rez-de-chaussée sont toujours concédées à des sociétés privées, soit pour des assemblées générales, soit pour des conférences, soit même, comme cela s'est produit au cours des dernières grandes manœuvres pour des festins de Balthazar, les salles ayant alors été réquisitionnées par le ministère de la Guerre, ce qui est, en vérité, fantastique. Pour ce qui est des risques de vol, la situation n'est pas moins grave. Le musée Ingres est surveillé par un gardien concierge dont la bonne volonté est évidente, mais qui ne peut pourtant pas être à la cave et au grenier, ouvrir la porte, accompagner les visiteurs de la base au faîte et vérifier en même temps les allées et venues des uns et des autres. Il y a bien un second gardien qui, lui aussi, fait ce qu'il peut, mais ici encore il faut se rappeler que le musée Ingres proprement dit est composé de deux étages et que, en outre, il convient de surveiller les salles du musée Mortarieu et celles du musée archéologique. Il importerait donc que la ville de Montauban, soucieuse comme elle l'est, de la bonne gestion de son musée, créât deux nouvelles fonctions de gardien et qu'elle prît en même temps des dispositions pour que nul ne pût pénétrer dans le musée, sans passer sous les yeux du concierge, lequel vérifierait avec soin entrées et sorties. Et enfin, il est nécessaire que la ville de Montauban renonce à tout jamais a prêter l'une quelconque des salles du musée pour des réunions qui font courir le plus grand danger aux riches collections artistiques léguées par Ingres. Henry Lapauze
