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Vie de La Brochure
13 mars 2015

Détour par le Québec

Charles Gagnon

La politique au Québec et en France ne sont pas comparables et pourtant…

Dans un article d'Ekopolitica de Jonathan Durand Folco (et dans son travail en général) nous vérifions que nous sommes tous rendus aux mêmes situations.

http://ekopolitica.blogspot.fr/2015/03/la-social-democratie-est-morte-vive-la.html

Sa proposition de populisme participatif ferait en France bondir nos experts en politique. Pourtant ce qu'avance l'auteur (et à partir du livre de Charles Gagnon) mérite l'attention. Comment créer un "nous" ? Et quel "nous" ? C'est le choix de Podemos en Espagne "nous" contre la "caste". C'est le choix de Mélenchon qui fut traité de "populiste" avec cependant un "nous" un peu différent car en France le FN a fini par créer un "nous" pas très participatif. Mélenchon jure ses grands dieux que le sien justement est "participatif" sauf que par médias interposés il devient l'homme qui donne le ton et ce n'est pas seulement la faute des journalistes. Je l'ai déjà dit, Mélenchon aime jouer le rôle de Georges Marchais sauf que le résultat a été catastrophique. Quand à la critique de la logique de la différence, que j'appelle "la fabrication du pain avec des miettes" elle me touche aussi.

Mais revenons au texte et lisons ce passage. J-P Damaggio

"Éléments d’un populisme participatif

 Pour mener à une éventuelle victoire électorale, la gauche doit d’abord mener une « guerre de position » en forgeant un discours contre-hégémonique. La stratégie populiste est sans doute une voie à explorer dans le contexte québécois, notamment parce que les identités politiques relatives à la question sociale (gauche/droite) et la question nationale (souverainistes/fédéralistes) ne représentent plus des référents symboliques largement partagés. Il faut remarquer ici que le populisme ne se définit pas d’abord par son contenu idéologique (conservateur, socialiste, fasciste, nationaliste, etc.) ou sa base sociale (paysans, petits entrepreneurs, couches populaires, etc.), car il s’agit avant tout d’une logique politique basée sur la construction d’identités collectives. Il s’agit de créer un « nous » populaire par opposition à un « eux » représentant une élite. Cela permet de tracer un antagonisme social dont les termes sont relativement peu définis, Ernesto Laclau parlant à ce titre de « signifiants vides » pour décrire les points de condensation symbolique où les identités viennent se greffer.

 Cette stratégie est cruciale pour la gauche, car celle-ci opère depuis plusieurs années dans une logique de la différence, en essayant d’agglutiner des demandes démocratiques particulières par une addition d’identités minoritaires (femmes, lesbiennes, autochtones, assistés sociaux, opprimés, groupes subalternes) dans une perspective de reconnaissance des droits et/ou de prise en charge par l’État. Il est certes absolument nécessaire de prendre sérieusement en compte l’intersectionnalité des formes de discrimination et de domination dans les rapports sociaux, mais cela ne permet pas pour autant de former une identité populaire, c’est-à-dire un discours rassembleur auquel n’importe qui peut s’identifier spontanément. À l’inverse, la logique populiste consiste à créer des chaînes de significations entre différentes demandes hétérogènes qui ne peuvent plus être intégrées par le système, formant ainsi un bloc symbolique contre l’ordre établi. La droite a réussi à instrumentaliser la logique populiste en favorisant une identité populaire dépolitisée, rivée sur la sphère privée et les valeurs individuelles, permettant ainsi aux élites économiques de détourner les institutions publiques à leur avantage avec le consentement des masses atomisées. Pour contrer ce discours hégémonique, la gauche doit donc s’adresser aux « gens ordinaires », non pas pour demander leur appui à un parti qui pourra bien les représenter, mais pour briser la logique de la représentation et engendrer un processus de subjectivation émancipateur."

 

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