Saurel vu par le Midi Libre
Saurel a été élu maire de Montpellier contre Le Midi Libre. A présent que dit le quotidien. Le journaliste est allé écouter les propos de comptoir de bar. Montpellier contre Toulouse ? Le peuple contre les élites ? Des illusions contre des illusions ? "Le maire à plein temps" nous l'avons entendu en Tarn-et-Garonne aussi (Roland Garrigues devenu ensuite député ou Brigitte Barèges devenue ensuite députée).
La politique impose son calendrier ? Les téléphones doivent chauffer; A suivre. JPD
Je pars dans l'intérêt de Montpellier...” Mouais, c'est ça !" Ce mardi matin, assis au comptoir du bar des halles Jacques-Cœur à Antigone, Claude commente le Midi Libre posé devant lui, dans lequel Philippe Saurel confirme sa candidature aux régionales. Et il est pour le moins dubitatif. "Il n'avait pas promis avec un grand “P” qu'il serait un maire à plein-temps ?", questionne, avec malice, cet habitué du lieu, qui se situe à un jet de stéthoscope de l'ancien cabinet dentaire du premier magistrat. Le patron des lieux, Michel, est moins vindicatif. "Qu'il se présente ou pas, il aurait quand même été critiqué", nuance-t-il en déposant son café à Louis.
Pour ce dernier, "il fallait absolument quelqu'un pour représenter Montpellier, face à tous les autres candidats qui sont issus de Midi-Pyrénées". Et ce n'est pas Belhadj, à ses côtés, qui va le contredire. Celui qui était sur sa liste de soutien aux municipales le "suivra toujours". Pour preuve, il lui donne même la tactique à suivre pour les prochains mois. "Une fois qu'il sera élu président de Région, il faudra qu'il laisse son fauteuil de maire à quelqu'un d'autre, comme Max Lévita par exemple, à qui il devait donner la Métropole", détaille le quinquagénaire, en déposant 2€ sur la table, que récupère avec un sourire Amandine, la serveuse du bar. Elle, se dit "hermétique" à ce genre d'annonce. "Du moment que la ville est bien gérée, après, il fait ce qu'il veut."
Mais aura-t-il le temps d'être un édile actif pour sa cité et un candidat conquérant ? "Il en est capable, car c'est un homme exceptionnel, plein de ressources physiques et morales", atteste France, la patronne des Super vedettes. C'est dans ce bar des Beaux-Arts que le candidat Saurel a lancé sa campagne pour les municipales 2014. Et c'est encore là qu'il vient le samedi matin déguster un petit noir. "Je suis fan de sa candidature", renchérit-elle, avant de se dire néanmoins "déroutée par la politique nationale et locale". "Ils en veulent toujours plus ! Ça me navre", répond avec franchise Jacques, en éteignant son cigarillo à la terrasse de l'établissement. "On l'a élu pour qu'il change notre quotidien, pas celui des Toulousains !", lui fait écho son voisin.
À deux kilomètres de là, boulevard Gambetta, le patron du Dôme reste discret, veillant à son "indépendance". Tout juste consent-il à lâcher qu'il s'agit d'une "suite logique" à sa carrière politique. "Il est en train de faire en deux ans ce que Georges Frêche a mis trente ans à construire", calcule Didier, le serveur, qui se targue d'avoir soutenu Saurel "même quand il était à 4 % dans les sondages", mais qui a un avis nettement plus panaché. "Il voulait faire de la politique autrement mais, finalement, je vois qu'il est comme les autres, comme tous ceux des partis politiques." Mais chut. Il ne faut pas trop le dire. Car il paraît que Saurel souhaite faire campagne contre eux.
Il fut un temps où Christian Dumont (Les Républicains) espérait voir Philippe Saurel ravir la ville au PS et escomptait même fusionner avec l’actuel maire. Ce temps-là est révolu. Le conseiller municipal d’opposition n’a pas de mots assez durs pour reprocher au maire de Montpellier de se lancer aux Régionales. D’abord parce qu’il désire accompagner la candidature de Dominique Reynié mais surtout, dit-il, car Saurel bafoue son engagement d’être "maire à plein temps. On pensait vraiment qu’il ferait de la politique autrement. Là, ça ne passe pas. Son raisonnement relève de l’escroquerie intellectuelle et de l’abus de confiance auprès des électeurs", assure l’avocat.
Qui va plus loin : "En faisant cela, Saurel se “mandrouise”." Référence à l’ancien maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui, poussée par Martine Aubry, s’était présentée face à Frêche en ne réalisant que 7 % des suffrages : "Je ne suis pas certain qu’il parvienne à faire une liste dans les treize départements", assure Christian Dumont. Qui évoque enfin "une gauche atomisée. Les Toulousains nous prennent pour des rigolos. En faisant comme cela, en disant qu’il faut le faire pour Montpellier, la ville ne récupérera que les miettes que Toulouse voudra bien laisser sur la table. Car la candidature de Saurel relève du parcours personnel."