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Vie de La Brochure
8 juillet 2015

Journal de Maurice Garçon

maurice garçon

« Un témoignage capital » « L'événement éditorial de cette fin de saison » (François Angelier, Le Monde)   « La catastrophe, au jour le jour, vue par un chic type » « Le résultat est extraordinaire » (Dominique Simonnot, Le Canard enchaîné)   « L'œil et la conscience d'un homme d’exception » (Philippe Lançon, Libération)   « Il atteint à une forme de grandeur » (François Sureau, Le Figaro)

« Un précipité de comédie humaine au temps du cataclysme  » (Philippe Barthelet, Valeurs Actuelles)

Maurice Garçon (1889-1967) fut l'un des plus grands avocats de son temps.   De 1912 à sa mort, il a consigné presque chaque soir les événements, petits et grands, dnt il était le témoin ou l’acteur.   Ce premier volume de son journal inédit couvre, parfois heure par heure, la guerre, la défaite, l’Occupation et la Libération. À cinquante ans, l’avocat est alors au sommet de son art. Dans ces chroniques, il révèle aussi des qualités d’observation et un talent d’écriture enviables. Il y a du Albert Londres chez Maurice Garçon. Curieux de tout, il sillonne Paris et la province, furète, recoupe, rédige, avec le mérite constant, et rare, de s’interdire toute réécriture : c’est un premier jet qu’on lit sur le vif.   Maréchaliste de la première heure, il fait volte-face à l’armistice et, après le vote des pleins pouvoirs à Pétain, ne cessera plus de fustiger « le Vieux ». Fureur patriote, chagrin sans pitié, colère, espoir, désespoir. Honte de la collaboration. Virulence contre les nouvelles lois de Vichy. Son journal déborde. Portraits, anecdotes, détails méconnus foisonnent.   Croisées au Palais de justice, les figures du barreau, souvent têtes d’affiche de la politique, deviennent familières. Maurice Garçon connaît tout le monde, est de tous les grands procès, des dossiers criminels aux affaires politiques.   Ses plaidoiries érudites ont fait de lui, dès avant guerre, un avocat littéraire, voire mondain, futur académicien. Toute une galerie de personnalités en vue défile dans ses pages, écrivains, peintres, comédiens, éditeurs.   Nous voici conviés à une ahurissante traversée des années noires, histoire immédiate haletante.

Pascal Fouché est historien et éditeur. Pascale Froment est journaliste et écrivain.

Titre Journal (1939-1945)
Édition    Première édition
Auteur Maurice Garçon, de l'Académie française
Editeurs du volume Pascal Fouché, Pascale Froment
Marque d'éditeur Les Belles Lettres
Co-éditeur Fayard
BISAC Classifications thématiques LCO000000 LITERARY COLLECTIONS
BIC Classifications thématiques D Literature & literary studies
Public visé 01 Grand public
CLIL (Version 2013 ) 3639 Art épistolaire, Correspondances, Discours
Date de première publication du titre 15 mai 2015
ONIX Adult Audience Rating      01 Tout public adulte  Avec Index Support Livre broché
Nb de pages 704 p. Index .  ISBN-10 2-251-44536-6 ISBN-13 978-2-251-44536-6 GTIN13 (EAN13) 9782251445366
Voici un extrait :

14 mai 1942

On vient de nommer Darquier de Pellepoix en remplacement de Xavier Vallat pour mener les persécutions contre les juifs. Le voilà haut-commissaire aux questions juives[1].

Vallat était un brave homme du genre sous-off. Il avait fait une belle guerre qui l’avait laissé borgne. Il n'aimait pas les juifs mais il était bien élevé et je crois qu'il eût voulu enlever à l'élément sémite les leviers de commande, mais qu'il eût reculé devant la spoliation, le vol et la saleté[2].

Avec Darquier de Pellepoix, c'est autre chose. C'est la canaille, la sale canaille. Il me doit la vie. Il y a des jours où l'on regrette son humanité.

Il y a une quinzaine d'années, revenant par la route de Boulogne-sur-Mer, j'ai vu devant moi une voiture conduite par un fou se renverser dans un tournant. Je me suis précipité et, aidé d'un passant, j'en ai dégagé un homme jeune qui saignait abondamment. Il avait l'artère du poignet coupée. Je lui ai fait un garrot avec ses bretelles et l'ai conduit à l'hôpital d'Amiens demi-exsangue. Il était temps.

A quelque temps de là, il vint me rendre visite à Paris pour me remercier. C'était Darquier de Pellepoix. Un grand gars, large d'épaules, la tête régulière mais de brute, les traits un peu épais. Un air insolent et fat surtout, accentué par un monocle outrecuidant. Il marche le front haut et la gueule fermée. Souverainement antipathique, au surplus.

II était alors sans situation, avait essayé du commerce sans succès. Je crois qu’il était vaguement représentant en quelque chose.

Quelques années plus tard, il vint me revoir pour me demander de rédiger les statuts d'une association. Il lui était arrivé une curieuse aventure.

Le 6 février, il était allé, en curieux, voir les manifestations de la place de la Concorde. Il avait reçu une balle égarée et avait été gravement blessé. J'ai bonne mémoire : je suis sûr qu'il m'a dit s'être trouvé là non en manifestant mais en curieux. De longs mois, il traîna à l'hôpital. Un os de la jambe avait éclaté. Lorsqu'il vint me voir, il était sans le sou, sans situation. Il me dit :

— Il faut que cette blessure me serve à quelque chose... Je vais fonder l'association des blessés du 6 février...[3]

Du même coup, il avait trouvé une opinion politique. Antiparlementaire, antimaçon, antijuif, il se ralliait aux manifestants qui avaient échoué dans l'assaut donné à la Chambre. Et comme tous les néophytes, il outra. Il fit des conférences, se multiplia. On le vit plastronner dans toutes les manifestations et il devint conseiller municipal. Son succès venait du caractère excessif de ses opinions neuves. Où les autres disaient « pille », il braillait « tue ». Il fit figure de chef de groupe.

On a dit qu'il était corrompu. Je ne sais rien de cela. Point n'est besoin au surplus de cette dernière qualité pour être méprisable.

Au conseil municipal, il fit figure de voyou. Interpellant grossièrement, interrompant, insultant. Il devint un personnage.

Pour ses campagnes antisémites, il créa un journal, La France enchaînée, je crois, rattaché au journal allemand d'Erfurt Le Service mondiale. Il recevait les fonds du colonel Fleischhauer qui dirigeait cette dernière feuille.

Il fut poursuivi pour diffamation, fut condamné à des peines de prison et était sur le point d'être incarcéré quand vint la guerre.

Il fut fait prisonnier. Au camp où on le conduisit, il arriva en espadrilles. On dit qu'il s'était chaussé ainsi pour filer plus vite. Au bout de quinze jours, il faisait une conférence contre les juifs qui le fit huer. Au bout de deux mois, il était libéré de l'Oflag II D, filait en tapinois et venait à Paris faire des conférences sur les bons traitements accordés aux prisonniers en Allemagne. Il alla à Vichy, obtint une citation à retardement, reçut la croix de guerre.

Le voilà commissaire aux affaires juives. Les juifs peuvent trembler.


[1] Créé en mars 1941 par l'amiral Darlan, à la demande des autorités allemandes, le Commissariat Général aux questions juives (CGQJ) était dirigé par l'avocat et député Xavier Vallat, révoqué en mars 1942. Revenu au pouvoir, Laval a nommé Louis Darquier (dit de Pellepoix), candidat des Allemands.

[2] Nationaliste chrétien, antisémite convaincu, législateur fanatique, Vallat sera condamné en 1947 par la Haute Cour de justice à dix ans d'emprisonnement et à l'indignité nationale.

[3] L'Association des blessés et victimes du 6 février.

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