Camille Delthil et Antonin Perbosc
Nous avons déjà souvent présenté Delthil.
D'abord avec la réédition de poèmes : ICI / Sur l'enfance commune Cladel-Delthil : ICI / Sur les liens Cladel-Delthil-1851 : ICI / Sur Delthil et le rôle des femmes : ICI
Aujourd'hui j'offre ce poème en français de Perbosc quand il a quarante ans au moment où son ami Delthil est enfin élu sénateur, mandat dont il ne va pas profiter car pas plus tôt arrivé à Paris… il meurt ! Ce texte nous révèle à la fois qui est Delthil et qui est Perbosc. Jean-Paul Damaggio
Les jours de Messidor sont des jours de victoire.
Citoyens, demandez à notre grande Histoire
S’il est rare de voir que le soleil d’été
Mette aux âmes l’éclair d’où sort la liberté !
Or, hier, Messidor vit, une fois encore,
Un de ses bons combats où le peuple élabore
Lentement l’Avenir.
Pourquoi triomphe-t-il
Enfin, ce combattant dont l’attitude évoque,
Autant que son prénom, le héros de l’Epoque
Où l’on savait vouloir, ce Camille Delthil ?
Celui-ci hardiment suivit les routes droites
Avec tant de constance, avec tant de fierté,
Avec tant de mépris pour l’Ambigüité,
Avec tant de dégoût pour les clauses adroites,
Que mon esprit s’étonne, ô suffrage bâtard
Qu’on appelle restreint ! que tu sois même tard,
Juste, pour ce lutteur, qui ne fut pas oblique.
Ton triomphe, Delthil, cela vaut qu’on l’explique.
Ton geste ne fut pas le geste perpétré
Dans l’ombre de l’astuce et que la main dessine
Au propice moment, louchement espéré ;
Mais celui qui, sincère et hautain, s’enracine
Dans la foi, dans l’honneur et dans la volonté,
Comme un chêne puissant, depuis cent ans planté,
S’enfonce dans le sol pour monter vers les astres.
Lorsque tant, qu’on crut fiers, sombrent dans les désastres,
Qu’à tant de lâchetés on devient indulgent,
Réconforter les cœurs, certes, devient urgent :
Ton exemple flétrit les fourbes défaillances,
Exalte la beauté des austères vaillances
Et nous apporte enfin ce viril réconfort
Qu’il nous faut pour demain, pour l’incessant effort !
Antonin Perbosc
4 Messidor an 110