Jean-Michel Baylet ministre
Il a perdu son poste de sénateur, son poste de président du Conseil général (et de belle manière, pas à quelques voix près) et il devient ministre. Pour célébrer cet événement je vous offre le chapitre que j'ai consacré à sa première nomination comme secrétaire d'Etat en 1984. Et l'article du Monde pour célébrer son retour au gouvernement. J-P Damaggio
1984 : J-M Baylet secrétaire d’Etat
En juillet 1984, quand Pierre Mauroy est remplacé par Laurent Fabius, et que les communistes quittent le gouvernement, François Mitterrand fait appel au député J-M Baylet comme secrétaire d’État auprès du ministre des Relations extérieures. La politique ayant horreur du vide procède donc par le principe des vases communi-ants. L’alliance à gauche flanche alors il faut tourner les regards vers l’alliance au centre. Cet événement se produit suite aux élections européennes où le PCF s’effondre et où par contre le FN fait une apparition historique.
Si on compare avec les résultats de la précédente élection européenne de 1979, en Tarn-et-Garonne, la liste PS perd 3% (de 27 à 24) mais le grand perdant est le PCF : de 18,6 à 9,3% soit en terme de voix de 15033 à 7734. Peut-on imaginer pire dans une élection à la proportionnelle sur liste nationale ? Mais pour le PCF c’est presque une victoire !
On a peut-être oublié une opération plus discrète, celle dite de «centre gauche» conduite par Olivier Stirn et à laquelle le MRG a apporté son soutien ce qui explique sans doute que, de 3,3% de moyenne nationale, la liste fasse 6,2% en Tarn et Garonne.
Olivier Stirn mérite qu’on s’y arrête un peu. Quittant en 1984, le Parti radical pour créer l'Union centriste et radicale (UCR), il lance donc sa liste de l’Entente radicale écologiste pour les États-Unis d'Europe (ERE), unissant l'UCR, le MRG et des écologistes, dont Brice Lalonde.
Aux élections législatives de 1986, l'UCR, rebaptisée après 1985 Union centriste et républicaine, participe à des listes d'alliance avec le PS puis fusionne avec ce dernier.
Stirn reste député de 1986 et 1988 mais quitte son mandat parlementaire lorsqu'il devient Ministre du Tourisme sous le premier gouvernement Michel Rocard (1988-1990). Ayant recruté des auditeurs payés, afin de faire nombre, dans un colloque sur l'avenir de la gauche (les recrutés avaient tous quitté la salle à 18 h, heure de fin de leur contrat), il est obligé de démissionner sous la pression de la majorité socialiste, au bénéfice de JMB qui le remplace ! Suivant le principe bien connu : le bonheur des uns fait le malheur des autres (surtout s’ils sont vos proches !).
Quant au cas de Brice Lalonde nous le retrouverons. Disons seulement que l’opération, ouverture au centre prendra des formes inédites.
Pour le moment, en 1984, il s’agit d’une promotion phénoménale du jeune député JMB qui va changer totalement et pour longtemps la vie politique du Tarn-et-Garonne. Par tradition, les radicaux tenaient l’essentiel de leur pouvoir par la base (d’où la diversité des cas de figure) mais Baylet, modernité oblige, va totalement inverser le rapport. Ce n’est plus la base qui conditionne le sommet mais le sommet qui décide de la base !
Là aussi, JMB ne fait pas preuve d’originalité mais saisi, peut-être sous les conseils de Mitterrand, la nature de la Vème République qui procède par le sommet et va tuer à petit feu… la politique, d’où par la suite, pour masquer le phénomène, l’usage inflationniste du mot citoyen.
Entre les amitiés nationales de JMB et la puissance de La Dépêche, JMB fabrique en Tarn-et-Garonne un moule radical dans lequel tout un chacun est, soit invité à y entrer, soit obligé d’y entrer. Cette mutation ministé-rielle sera courte et difficile pour le nouveau maître des lieux (en 1986 la gauche perd) et les ennuis de JMB vont durer encore pendant trois ans ! Pour deviner la suite, voici comment la nouvelle de la promotion ministérielle a été évoquée dans le mensuel du Parti socialiste en date d’octobre 1984 sans signature :
«Le tonton du village
Dans un premier temps, comme Tarn-et-Garonnais, je me suis senti fier d’avoir un ministre comme pays. D’autant que cela faisait longtemps que l’on y travaillait du côté de VALENCE. Je me suis dit : tê on verra moins le « pitchoun » dans la DEPECHE.
On peut être vieux et avoir des illusions. On ne voit plus que lui dans le journal, depuis qu’il est au QUAI d’ORSAY. C’est vrai que maintenant c’est maman qui est PDG. Mais moi, qui donne mes sous au Gouvernement, je pensais qu’un Ministre des Relations Extérieures [en fait secrétaire d’Etat] c’était toujours en voyage à l’étranger et que ça allait coûter cher. Et bê, pas du tout, le nôtre de Ministre, il voyage que dans le Département. Il doit avoir le mal du pays. On aurait dû plutôt le mettre à l’Intérieur, comme ça, au moins, même ici, on pourrait croire qu’il travaille. »
Trop longtemps JMB a été sous-estimé dans les rangs du PS ! A l’heure des comptes, il saura s’en souvenir !
Article du Monde
Enfin ! Vingt-trois ans qu’il attendait, piaffant d’impatience, de retrouver un poste au gouvernement. Il avait quitté son dernier maroquin ministériel – au tourisme – en 1993. Il retrouve celui de l’aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, lui qui a également exercé les fonctions de secrétaire d’Etat aux collectivités locales, dans le gouvernement de Michel Rocard de 1988 à 1990, et de secrétaire d’Etat auprès du ministre des relations extérieures, de 1984 à 1986, dans le gouvernement de Laurent Fabius.
C’est dire si Jean-Michel Baylet, 69 ans, patron des radicaux de gauche et de La Dépêche du Midi, a derrière lui une longue carrière politique, qui l’a mené de la mairie de Valence-d’Agen (Tarn-et-Garonne), qu’il a dirigée pendant vingt-quatre ans de 1977 à 2001, à la présidence du conseil général de Tarn-et-Garonne, pendant trente ans de 1985 à 2015, en passant par l’Assemblée nationale, où il a siégé pendant six ans et le Sénat, pendant vingt et un ans.
Jean-Michel Baylet, l’héritier de la dynastie Baylet qu’à ses débuts on surnommait« le fistonné » ou « le veau sous la mère », s’était taillé au fil des ans un véritable empire sur lequel il régnait sans partage, ce qui faisait de lui un incontournable interlocuteur du Parti socialiste. En octobre 2011, il se présente à la primaire citoyenne pour la candidature à l’élection présidentielle organisée par le PS : il obtient un modeste 0,64 % des voix mais cette tribune suffit à le poser comme l’allié avec qui il faudra compter.
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Malheureusement, après l’élection de François Hollande, une vieille mise en examen dans une affaire de favoritisme remontant à 2006 – pour laquelle il sera finalement relaxé – est toujours en instruction. La consigne présidentielle interdisant à tout mis en examen d’entrer ou de rester au gouvernement s’applique. Et elle s’appliquera de nouveau lorsque Manuel Valls constituera son gouvernement, au printemps 2014, pour une autre mise en examen dans une affaire de frais de bouche, dont il sortira aussi blanchi.
Un poids politique écorné
Faute de pouvoir y entrer lui-même, il négocie la présence de trois membres du PRG au gouvernement. Mais ne peut s’en satisfaire : à François Hollande, dont il a l’oreille directe, il fait savoir à de nombreuses reprises qu’il se verrait bien à la tête d’un ministère régalien, marquant sa préférence pour celui de la défense.
Depuis l’automne 2014, cependant, le poids politique de Jean-Michel Baylet a été sérieusement écorné. Fin septembre 2014, tout d’abord, il perd son siège de sénateur. Une véritable humiliation dont il accuse les socialistes d’être responsables, menaçant alors d’un départ des ministres radicaux du gouvernement. Il ne mettra finalement pas la menace à exécution.
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Le coup est encore plus rude lorsque, en avril 2015, une alliance improbable entre des « indépendants de gauche » et la droite le prive de la présidence du conseil départemental de Tarn-et-Garonne, mettant ainsi fin à soixante-dix ans de règne quasi ininterrompu de la famille Baylet sur le département.
Même affaibli, le président du PRG n’en reste pas moins un allié nécessaire, surtout quand les bases de la majorité gouvernementale se sont considérablement rétrécies. Et qu’il convient donc de ménager. Cela n’a pas échappé à François Hollande, qui n’a pas voulu faire l’affront à Jean-Michel Baylet d’une nouvelle rebuffade.