Umberto Eco, De superman au surhomme,
A lire cette introduction chacun peut en mesurer l'actualité. JPD
Umberto Eco, De superman au surhomme,
(1978, traduction 1993)
Premières lignes de l'Introduction par Umberto Eco
"Les essais de ce volume, écrits en diverses occasions, sont dominés par une seule idée fixe, qui d'ailleurs n'est pas de moi mais de Gramsci.
Cette idée fixe, qui justifie le titre, est la suivante : « Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que beaucoup de la prétendue " surhumanité " nietzschéenne a comme origine et modèle doctrinal non pas Zarathoustra mais le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas. » (Antonio Gramsci, Letteratura e vita nationale, III, « Letteratura popolare ».)
Prise à la lettre, l'affirmation de Gramsci pourrait ne paraître que paradoxale. Il ne faut cependant pas oublier qu'à l'époque où il écrivait ces mots, il se trouvait en butte aux petits surhommes fascistes, et entendait leur rappeler d'une manière polémique qu'ils ne s'inspiraient pas, ainsi qu'ils le croyaient, d'une source philosophique illustre mais de leurs lectures de petits-bourgeois provinciaux. N'oublions pas en outre que Benito Mussolini avait écrit un roman-feuilleton (Claudia Particella, l'amante del cardinale, 1910), qui n'était rien qu'une resucée du roman populaire du XIXe, un brin de Gothic Novel, un brin je ne dirai pas de Dumas mais de Zévaco, un brin de tradition anticléricale italienne, et dont l'antécédent (démocratique certes, mais littérairement pitoyable) avait été Clelia o il governo del monaco de Giuseppe Garibaldi — Héros des Deux Mondes mais d'aucune littérature."
