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Vie de La Brochure
22 mars 2016

L’Espresso sans Umberto Eco

sur l'espresso

Le hasard faisant bien les choses j’ai pu acheter le numéro de l’Espresso juste après la mort de celui qui pendant des années occupa la dernière page de l’hebdomadaire italien : Umberto Eco. La page symbolique était partagée ces derniers temps, mais à présent, depuis le 17 mars, un successeur a été désigné Bernardo Valli. Il a d’abord décidé de se présenter car il n’a pas la notoriété du grand Umberto.

Au-delà de cet fait j’ai donc pu feuilleter le journal pour y prendre un peu la température de la situation italienne que je délaisse depuis l’arrivée au pouvoir de Matteo Renzi. Quel plaisir que de retrouver Altan à la première page,  un dessinateur toujours aussi ironique. Sans oublier la petite BD de l’autre artiste, Sergio Staino. En quatre dessins la façon de caractériser la politique de Renzi nous renvoie à celle de Hollande.

Premier dessin : un homme fait observer que Renzi a adopté la tactique de Craxi, deux fers au feu.

Deuxième dessin : Un coup de barre vers Alfano contre Verdini, ou l’inverse.

Troisième dessin : L’autre homme à la casquette note alors : n’est-ce pas hypocrite ?

Et quatrième dessin, la chute : Avec Craxi au moins un des deux fers était de gauche.

En effet Craxi menaçait la Démocratie chrétienne d’une alliance avec les communistes et les communistes d’une alliance avec la DC, la seule que finalement il a retenu, avant d’aller se planquer chez son ami Ben Ali pour éviter la justice. Renzi c'est comme s'il  jouait Bayrou contre Juppé.

 A tourner les pages il est doux d’oublier un peu les affaires françaises mais la France ne pouvait pas être totalement absente. Marion Maréchal-Le Pen est en Italie à la rencontre des divers dirigeants de la Ligue du Nord et le journal a décidé de l’interroger à cette occasion. Pas de surprise si en conclusion elle termine par une citation de Frédéric Mistral (1). Entre La Ligue et le FN il y avait une différence de taille : La Ligue est par ses chromosomes, antinationale, et le FN totalement national, mais des évolutions peuvent fournir un point de jonction. Marion, en citant Mistral peut chanter les gloires de sa chère Provence et la Ligue, face à l’effondrement des partis de droite (pas de la droite qui gouverne) se retrouve avec une vocation nationale.

 La France est aussi présente avec une brève sur le TGV low cost qui va aller de Paris à Bruxelles. Un petit article ironique car pourquoi avoir un objet aussi génial que le Thalys pour en dégrader les qualités ? Le prix du billet bien sûr ! La France est aussi là avec Vincent Bolloré ! Pour une affaire de télécom dans un jeu à trois bandes : Argentine, Italie, France ! Puis la France se devine sous la signature d’Agnès Poirier, un article traduit du français au sujet du dernier film de Ken Loach annoncé chez nous mais pas encore commenté. Le vieux Ken Loach ne quitte pas le sillon social qu’il s’est tracé. J’aurais sans doute l’occasion d’y revenir.

 Mais bon l’Italie où en est-elle ? La couverture mentionne les nouvelles bandes qui se font la guerre pour contrôler Naples. Une guerre des bandes qui fait penser au cas de Madrid ! Une guerre des bandes qui témoigne d’un changement de référence dans les valeurs de la société. Si la Mafia savait tuer, la nouvelle sait massacrer.

 Mais bon, à lire le sommaire je préfère retrouver d’abord l’ironie mordante de Michele Serra égal à lui-même puis la chronique de Roberto Saviano qui  me surprend.

 Quant à la question libyenne vue de Rome, elle ne peut pas être la même que celle vue de Paris ! Une carte suffit pour comprendre : celle du gazoduc de Greenstream entre Mellitah et Gela en Sicile. Sans compter les deux journalistes assassinés, deux autres ayant été libérés.

 Et enfin un article au sujet d’un livre qui vient de paraître sur le pape, un livre d’un auteur qui au départ était méfiant vis-à-vis de Francesco mais qui a été convaincu pour les actes réalisés (ce n'est pas le cas de Paul Ariès).

 Parfois pour se dépayser – et il le faut – pas besoin de partir loin. Mais lire un numéro de l’Espresso sur le net n’a rien à voir avec la lecture de la version papier. Sur le net le numéro est en tranche ; la version papier donne à feuilleter une globalité. Et c’est vrai pour tout journal de n’importe où. Sur le net on va juste à l’article que l’on clique ; avec la version papier on passe en revue toutes les pages, il y a plus de moments imprévisibles. J-P Damaggio

1 ) "Les arbres aux racines les plus profondes sont ceux qui poussent le plus." explique-t-elle pour justifier le fait qu'elle est clairement conservatrice.

P.S. Le dessin c'est une pub pour un livre nouveau où Umberto Eco raconte le célèbre roman : i promessi sposi.

 

 

 

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