De Mazade et Jasmin
Charles de Mazade est né en 1820 à Castelsarrasin et s’il est mort en 1893 à Paris il a tenu à se faire enterrer dans le village de son enfance, Flamarens dans le Gers. A 26 ans il entre, par la critique littéraire, à la Revue des Deux Mondes qui restera jusqu’à la fin son tremplin. Comme pour afficher son originalité méridionale, il commence par un article sur le poète occitan Jasmin au moment de la sortie des Deux jumeaux.
Le 2 décembre 1851 le Coup d’Etat aura des répercussions jusque dans l’illustre Revue, son pilier politique préférant faire ses valises. Charles de Mazade sera désigné pour le remplacer, non qu’il ait été un défenseur du prince-président, mais plutôt pour son refus de tout engagement politique. La Revue se devait ni d’heurter le dictateur, ni de se placer dans le camp de ses adversaires. Pour ce faire, l’essentiel de la Revue parlera pendant dix ans de questions étrangères.
C’est ainsi qu’en 1853 Charles de Mazade se distingua par un article sur la littérature socialiste… en Amérique latine. En janvier 1854 il revient sur Langue française, langue gasconne, de Jasmin
Malheureusement pour moi, je ne découvre ce texte qu’à présent. Par sa qualité, sa précision, son envergure il me confirme plus que jamais l’importance de ceux qui voulurent, à l’époque, user de la langue d’oc comme vecteur d’insoumission. En conséquence, pendant que Jasmin est honoré par l’Académie française, Auguste Rozier est poursuivi par la police française jusqu’à ce qu’il soit capturé et déporté en Algérie. Auguste Rozier a eu, dans l’Aveyron, les mêmes soucis que Jasmin, pour unir culture populaire et langue populaire, pour que, de l’article du journal, on puisse passer à sa lecture, mais il travaillait à des fins différentes. Ils se rejoignaient dans l’amour d’une langue et du peuple pour se diviser quant à son usage. Et Rozier, comme Mary-Lafon surent en dire quelques mots au génial Jasmin. Je n’écris pas « génial » en trempant ma plume dans une quelconque ironie : l’article de Charles de Mazade est très minutieux pour comprendre ce rendez-vous avec le génie. Je suppose que l’article aura incité quelques autorités à faire preuve d’un peu d’intelligence face au « patois », article contenant le dessin qui finalement représente presque partout… Jasmin. Un dessin de la revue des Deux Mondes dont malheureusement je ne connais pas l’auteur. Si Charles de Mazade révèle Jasmin en retour Jasmin révèle Charles de Mazade qui fera l’objet d’un livre d’ici le mois de décembre. J-P Damaggio
