Encore Magyd Cherfi
Comme tout un chacun Magyd Cherfi est un parcours. Voici très longtemps avec ses amis il est venu à Verfeuil sur Seye apporter sa musique. Puis ils ont tombé la chemise et ce fut le succès, un succès très Motivé. Si Motivé-e-s qu'en 2001 ils étaient de la campagne électorale des municipales à Toulouse où le succès fut considérable mais au final la droite a gagné. J'étais à leur côté jusqu'en 2004. Six ans plus Magyd a décidé de voler, dès le premier tour, au secours de la liste de gauche… qui a gagné. Car de toute façon Magyd est impliqué dans sa ville, Toulouse. Une expérience de conseiller municipal qui comme pour Salah Amokrane au mandat précédent fut sans suite. Et Magyd a continué pour arriver aujourd'hui avec un roman qui n'est pas seulement un roman. Je donne la parole poétique qui est la sienne reprise de son site. "J'écris libre" car il le sait, la liberté n'est jamais donné, elle est un parcours. Et si, deuxième document, c'est Le Figaro qui saute sur l'inscription de son livre à la première liste des Goncourt, pour parler de lui, il est libre et il parle. J'en entends, content, qui vont dire, "il est passé à droite" comme pour s'en débarrasser. Magyd je l'adore et point à la ligne. J-P Damaggio
Site officiel de Magyd Cherfi
J’ouvre une nouvelle page.
Mon horizon s’écarte comme les plis d’un accordéon, me laisse désormais le loisir d’aller et venir au centre de moi même, cette cible qu’il me plaît de viser. Je l’ai dans le viseur comme la sonde va vers sa poche de pétrole et je me plais à aspirer cette encre qui m’effraie moins que le feu. J’ouvre une nouvelle page et je suis heureux de pas en être prisonnier car je peux à plaisir la quitter pour des amours anciennes, la troupe qui m’a révélé, car j’aspire aussi à la communauté.
Voilà, je suis campé sur deux jambes : une qui marche au nom de tous et l’autre pour moi même. Je me suis trouvé un équilibre pour écrire l’intime et l’utile. J’ai désormais deux sillons, deux lignes parallèles pour garder le cap. Je vais et je viens et j’écris libre d’être contesté ou aimé, j’ai gagné en liberté ce que j’ai perdu en conviction. C’est ainsi le doute m’arpente mais me fait « moi » .
Le temps peut être, l’arthrose ou le désamour des envolées lyriques sont passées là sur la ligne de mes majuscules. J’écris désormais petit, j’écris pour occuper le moins d’espace possible pour ne pas être pris dans l’étau du trop plein ou de la moitié vide. Je suis plein du plaisir de partager l’inconstance, la faille, l’incorrect. Comme dirait l’autre au bar … – c’est pour moi .
Voilà, j’écris et vous donne rendez vous à bientôt au nom des mots et du délire qu’ils promettent. Au nom du frisson qui lui se fiche du temps qui passe. Je vous donne rendez vous à mes prochains écrits et à plein de musiques, j’ouvre mon site comme on offre la sucrerie de quatre heures je dirai mieux je vous offre à partager mes plats de « résistances ».
Alors, bon appétit ! Magyd
Article du Figaro
PORTRAIT - Le chanteur et parolier du groupe Zebda auteur de Ma part de Gaulois (éd. Actes Sud) ne s'attendait pas à figurer dans la première sélection du plus prestigieux des prix littéraires français.
«Je suis sur le cul. C'est magnifique. C'est un petit plaisir rare». Voilà en quelques mots comment Magyd Cherfi a réagi auprès de nos confrères de France 3 lorsqu'il a appris mardi 6 septembre dans l'après-midi que son nouveau roman Ma part de Gaulois était retenu dans la première sélection de 16 romans en lice pour le prix Goncourt.
Né à Toulouse en 1962, de parents kabyles, Magyd Cherfi publie un récit qui raconte l'année de ses 18 ans. Il était en terminale et fut, écrit-il, «le premier Arabe de la cité à décrocher le bac». Il ne s'est jamais remis du déchirement intérieur que cela a provoqué en lui. Comment réussir sa vie et devenir français en acquérant la culture française, sans renier les siens, sa famille, ses amis, qui, eux, restaient dans les quartiers, à l'écart de ce pays qu'ils enviaient et détestaient ?
Le titre du livre, Ma part de Gaulois, reprend les derniers mots du récit qui décrit en réalité bien davantage la part «beur» de l'auteur : le monde de sa jeunesse, sa cité d'immigrés. Les Izards, à Toulouse. L'amour viscéral que Magyd lui voue explique la honte qui transpire de certaines pages, lorsqu'il décrit les violences faites aux filles, et plus généralement l'absence de délicatesse, voire la brutalité des relations. À l'école, on aimait être français, écrit-il, «parce que les Français disent au conjoint “mon amour”, “mon chéri”. Chez nous, la femme disait “ho” à son mari et lui-même éructait des “hé” pour lui répondre.»
Le bouc émissaire des bandes de garçons
Son père au demeurant était un homme paisible, gentil, heureux de vivre ; sa mère, un personnage plus complexe, «qui n'aimait pas la gaieté», et l'avait choisi parmi sa fratrie pour être celui qui ferait des études, misant tout sur lui. L'élection crée des obligations, et de la culpabilité lorsqu'on ne se sent pas à la hauteur des attentes. Il pensait devoir être le sauveur de sa famille et de son quartier. Voilà le climat complexe dans lequel le jeune Magyd a baigné et qu'il restitue avec sincérité à travers ce récit.
Enfant déjà, il aimait les livres, disait pardon et s'il vous plaît, construisait des phrases avec sujet, verbe et complément, ce qui faisait de lui le bouc émissaire des bandes de garçons qui vivaient comme une soumission le fait de respecter la langue de Molière. «Mes potes voulaient en découdre, je voulais faire allégeance au verbe français.» À force de rendre service en étant le scribe de la cité, il se fit respecter, devint même un chef de file en créant une association de soutien scolaire. Mais cet apostolat laïque ne le comblait pas. Il rêvait de devenir le Victor Hugo des banlieues.
Écrire et militer contre le racisme
Il le fera, à sa manière, en écrivant les chansons du groupe Zebda et quelques livres, en militant aussi politiquement contre le racisme. À la fin des années 1990, lors de la sortie de l'album Motivés!, sous-titré Chants de lutte, qui reprenait des chants révolutionnaires du monde entier, Magyd Cherfi expliquait qu'il avait exclu La Marseillaise parce qu'elle représentait «la France, un pays, qui d'une certaine façon, ne veut pas de nous». Mais lui-même, voulait-il de la France ?
L'attentat du 13 novembre dernier l'a fait sortir de l'ambivalence. C'est ce qu'il exprima dans une tribune bouleversante parue dans Libération : «Il y a des jours comme ça où on aime la France, où on a envie de chanter La Marseillaise (…). C'était un carnage et c'est mon jour de baptême, je deviens solennellement français, c'est dit. Je promets devant le fronton des mairies d'aimer la France pour le pire et le meilleur, de la protéger, de la chérir (…). Il y a des jours où même noir ou même musulman, on veut bien que nos ancêtres soient gaulois.»
«Ma part de Gaulois», de Magyd Cherfi, Actes Sud, 260 p., 19,80 €.
