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Vie de La Brochure
16 septembre 2016

Bonnafé et le PCF

A revenir sur Patrick Tort, je repense à Bonnafé. Je ne sais pourquoi mais très souvent Patrickt Tort a souhaité écrire avec un complice et avec Bonnafé ils publièrent un livre majeur.  Par les hasards des archives de l'Humanité je retrouve cette contribution à un congrès du PCF du toujours membre de ce parti. Il y célèbre ce qui fut une de ses fiertés dans son action avec le PCF, la rédaction d'un petit livre "Vivres Libres" dont Juquin raconte dans ses mémoires comment il a été mis au pilon. Sa contribution très critique n'é été publié qu'à cause de sa notoriété à un moment où Robert Hue souhaitait enouer avec sa vision de l'union de la gauche. J-P Damaggio

 

VENDREDI, 6 DÉCEMBRE, 1996, L'HUMANITÉ

LUCIEN BONNAFE.

Cellule de La Ville-du-Bois. Section du Val-d'Orge. Fédération de l'Essonne.

Pour une meilleure histoire du PCF

UNE bonne connaissance de l'histoire est un bon instrument de réflexion. Et inversement : une bonne réflexion permet de mieux connaître l'histoire. Dans une période où une très bonne connaissance des aventures et mésaventures du mouvement communiste est assez généralement ressentie comme grande exigence de lucidité, il est bon de se pencher sur l'histoire des phases les plus mal connues, qui sont, bien sûr, celles dont on parle le moins ou le plus mal, et dont la connaissance serait donc la plus utile.

Dans les méconnaissances les plus préoccupantes, encombrées d'approximations plus ou moins tendancieuses qui occupent le panorama, dans un ensemble confus de désinformations, je vois deux thèmes sur lesquels les analyses sont habituellement esquivées. Il y a ce dont on parle plutôt à tort et à travers, la «période du programme commun». Et ce dont on se garde beaucoup de parler : la campagne de «Vivre libres!» pour «un projet soumis à la discussion du peuple français». Ces deux questions sont évidemment très liées, mais elles méritent deux voies de regard complémentaires.

Etant entendu que je n'hésite pas à anticiper sur les conclusions dont je suis pénétré sur ces questions. Je pense qu'on me comprendra mieux si je précise que je parle comme un camarade irrité par l'usage mécaniquement simpliste du vocabulaire «centralisme démocratique», moi qui n'entends guère parler de cette entité sans y voir comment parler pour ne rien dire, en se dérobant devant l'évocation claire d'une réalité qu'il est plus scientifique de nommer sur-centralisme sous-démocratique (que je m'amuse à écrire: SCSD).

La nouvelle clarté nécessaire sur convergences, alliances, regroupements, etc. mériterait qu'on sorte du pataugis ordinaire sur «le programme commun». La vérité, qu'il n'y a plus de raison de tenir masquée, c'est que les «organisations de base» se sont trouvées en présence d'un «mot d'ordre» tombé d'en haut: «Pas d'ententes sur des objectifs partiels sans que l'accord global soit obtenu. Pas d'ententes à la base sans que l'accord de sommet soit conclu.»

Le fait est que la retombée ahurissante de cette exaltation du SCSD eut un effet dévastateur sur les «disciplines de partis», et qu'on vit beaucoup les réflexes d'«en faire à sa tête» répondre «à la base» aux exagérations du «sommet».

Plus méconnu encore est le fait que, quand le mécanisme du SCSD tomba autrement, avec la répudiation de la «politique du programme commun», il s'ensuivit un comble de directivisme, genre «chasse aux sorcières», y compris avec le cliché de dénoncer comme «nostalgiques du programme commun», tous résistants aux abus de direction de conscience. Le fait est que la plus grande vague d'effondrement d'effectifs militants s'ensuivit.

Et que, depuis, les forces constructives d'un renouveau par démocratisation sont sévèrement liquidées. D'où, devant les incitations à ce renouveau, beaucoup de sympathies, mais peu de militance pratique. Il n'y a plus grand monde, quant aux amateurs d'indépendance d'esprit et de liberté de parole. Pour les militants des années soixante-dix, les déceptions sur l'enlisement systématique des traces de la «campagne des libertés», avec l'évanouissement de la brochure «Vivre libres!», avaient beaucoup aiguisé les sensibilités aux abus du centralisme.

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