André Caylus, le complice d'une vie
Quand j'ai pris ma retraite j'ai écrit un hommage à 40 enseignants qui firent de moi un être vivant, un par année de vie scolaire en commençant par mon entrée à l'Ecole normale. Parmi eux, à l'année 1981, il y a André Caylus, un "grand" quand j'étais chez les petits à l'EN. Je l'ai croisé par hasard dans une école avec ses enfants, sa compagne et ce fut un complice. Depuis la création des Editions La Brochure je rêvais de passer chez lui pour reprendre ces photos, pour construire un album qui se serait appelé l'humanisme car André, il était l'humanisme paisible. On se croisait dans les manifs que ces dernières années j'ai déserté. A quand remonte notre ultime échange de poignée de mains ? Bon, il n'y aura plus de poignées de mains et je suis effondré. J-P Damaggio
Je reprends ici ce que j'écrivais voici dix ans. Un texte qui commençait toujours par un mot d'enfant et où un Louis imaginaire (moi quand j'étais jeune) dialogue avec un Louis réel, celui de 2006.
« - Quelles activités vous aimeriez faire ? demande le maître.
- Le jeu, l’école, et l’échec. Moi, j’aime bien l’échec ». (sans référence au jeu d’échec) (enfant 9 ans, Bruniquel)
1981
« Louis, tu étais remplaçant et un jour tu reçois un coup de fil d’une personne de l’Inspection Académique : « Pourquoi n’avez-vous pas demandé l’école de Charros au Mouvement ? ». Louis ne connaissait pas Charros et après vérification géographique il accepta de modifier ses demandes et se retrouva dans l’école d’André Caylus un de ces hasards source de bonheur ! »
Louis croisera si souvent la générosité d’André et de sa femme qu’ils auraient pu trouver place, après 1978, à toutes les années de ce livre ! Ils se ratèrent souvent et par exemple en 1986. Louis savait que sa réunion du PCF serait historique car suite au bilan des élections législatives qui venaient de se tenir, il avait signé un appel contestataire. Il arriva un peu à l’avance et eut la surprise de voir arriver après lui, André Caylus (surprise puisqu’ils se trouvaient ensemble pour la première fois dans une réunion du « parti »). La discussion porta sur une affiche humoristique qui avait fait son apparition en ville : « Rénovez moi ». André se tourna alors vers Louis : « C’est toi qui l’a affichée ». Il avait visé juste, il le connaissait bien.
Loin de la politique, il aimerait écrire 50 anecdotes sur leur école, là où ils furent collègues. En reprenant les vieilles photos en quête du visage de Jean Vignoboul, Louis retrouve le visage d’André lors d’un voyage scolaire à Montauban, une photo qui a l’avantage de nous montrer un autre phénomène de la vie de Louis : Monsieur Bertuel, le prof de gym de l’Ecole normale qu’il découvrira ensuite comme défenseur de la forêt de la Grésigne. Par la suite, André se lança aussi dans la photo et il en fit une du père de Louis sur le marché, une photo que dans sa négligence Louis tarda à remettre à son père. Chez André le chercheur de champignons, Louis a aimé son côté profondément humain et son sens du raisonnement. Ils étaient du «camp» du prof de maths de l’Ecole normale, Monsieur Sendral. Ce dernier suscita bien des critiques à cause de principes pédagogiques peu appréciés. Dans un stage, Louis se souvient d’une de ses «farces». A des enseignants qui lui reprochaient de chercher la petite bête, il demanda alors de dessiner un triangle où les côtés mesureraient respectivement : 3cm, 2cm , 5 cm. Et sauf un ou deux présents, les vingt enseignants présents présentèrent de beaux triangles alors que mathématiquement la figure est impossible ! Il y aurait un livre à écrire sur les rapports entre les maths et les instits. Pour le moment Louis pense à une anecdote étrange. Malgré Monsieur Menton et Monsieur Lachaud, Louis n’a jamais eu leur rigueur si bien qu’un matin, il oublia d’éteindre les phares de sa voiture. Au moment de partir, à 11 h 30, le démarrage est devenu impossible. Et qui se trouvait à portée avec l’appareillage nécessaire ? André Caylus devenu directeur d’une école montalbanaise.
« Louis, je retiens cette idée qui court dans les pages de ce livre, sur une étude confrontant les maths et les instits. »


