J-P Anglade vu par Momméja
Voici que je retrouve Jules Momméja qui en 1888 avait les honneurs des colonnes du Courrier du Tarn-et-Garonne. Il parle ici d'Anglade dont malheureusement je n'ai pas trouvé de reproductions. Il y a des dessins sur ce lien ICI. J-P Damaggio
Le Courrier du Tarn et Garonne janvier 1888
Exposition des tableaux et dessins de M. Anglade.
— Paris est la ville de l'Art par excellence ! Hors de ses ateliers, pas de salut artistique ! Tel est le boniment aussi monotone que désintéressé de la presse parisienne. Plusieurs s'y laissent prendre ; et pourtant, — sans parler de l'étranger, — que de peintres excellents la province ne compte-t-elle pas ? M. Guyllon, à Véseley ; feu Lalane, à Bordeaux ; Maks Lehnardt, à Montpellier... Anglade, a Montauban !
Comme bien d'autres, ce dernier a été depuis longtemps sacré artiste par les Salons parisiens ; mais, si cette consécration officielle est indispensable pour la foule, auprès de laquelle elle est comme le passeport du peintre, elle n'est que la simple confirmation du jugement prononcé depuis longtemps par les connaisseurs, d'après des considérants sérieux. Je n'en veux d'autre preuve que les tableaux, pastels et fusains actuellement exposés dans les magasins de MM. Gausseran-Picassou frères.
Allez voir cette collection, vous auxquels les choses d'art tiennent à cœur ; le marteau du commissaire-priseur l'aura bientôt dispersée, et vous pourrez regretter plus tard de n'y être pas allé faire votre choix. Le temps et l’espace me manquent pour signaler toutes les perles qui s'y trouvent, et comment passer sous silence cette charmante Ophélia, d'une si radieuse et si fraîche couleur en ses cheveux d’or couronnés de bleuets, de coquelicots et de romarin ; charmante fleur du Nord elle-même dans sa grâce pudique et discrète, et qui semblerait appartenir à l'école anglaise sans l’harmonieux éclat de sa couleur. Heureux qui pourra placer cette belle œuvre ans son salon, car elle est bien franche, bien originale, même après les toiles de MM. Hundt et Millais !
Arrêtez-vous encore devant les effets de brouillard que M. Anglade a su si bien rendre au pastel; admirez la Jeune Pompeïenne arrosant les fleurs groupées dans l'impluvium de sa maison (pardon, c'est la cour centrale que je veux dire), et les marines et les paysages!...
Le temps me presse; et voilà que je suis forcé de glisser sur le Ruisseau s'écoulant en capricieuse cascatelle, sous le calme abri d'un grand bois, et qui m'a rappelé certain panneau décoratif de Mazerolles ; sur le bel Effet de neige à Sapiac ; sur les Vues de Montauban ; sur la belle Etude de Paysan, à la coiffure si caractéristique… J'en passe, et des meilleurs.
Mais qui pourrait tout dire !
Formons le vœu, en terminant, que les œuvres de M. Anglade soient appréciées à Montauban comme elles méritent de l’être, vœu qui se réalisera, nous en sommes certain, car si le talent du peintre honore la ville, celle-ci doit à elle-même de prouver qu’elle est digne de le posséder. Jules Momméja