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Vie de La Brochure
10 janvier 2017

Le Patriote, Oustrières, Castan et… Ingres

Desmarais Ingres

A lire le témoignage d’Anne Castan sur le livre de la Maison de la Culture de Larrazet[1], Oustrières et Castan étaient de grands amis :

« Vers 1950, l’activité militante politique l’occupe particulièrement à travers une amitié indéfectible avec le journaliste Maurice Oustrières. »

Maurice Oustrières était alors, à Montauban, le pilier majeur du journal communiste Le Patriote. J’ai voulu reprendre la collection du journal partiellement disponible à Montauban mais je n’y ai pas trouvé la signature de Félix Castan. J’ai pu y lire des noms connus comme Gérard Tartanac pour les paysans, Roger Vié  pour les artisans, Pierre Juge et Jean Vignoboul pour le PCF, Gabriel Guiche pour Castelsarrasin, Jean Lacaze pour Caussade, Juliette Lacroix pour les femmes etc. mais rien de Castan. Or cette amitié entre les deux hommes était forcément une amitié d’écrivains.

J’ai alors supposé que l’article ci-dessous, non signé, était peut-être de Castan :

Amis du Musée Ingres

Les Amis du Musée Ingres se son réunis en assemblée générale, dimanche dernier, 18 janvier, à la mairie de Montauban. La réunion a été présidée par le docteur Capéran, président de la société. De nombreux membres avaient tenu à assister aux débats amicaux et avaient pris place autour de longues tables de séance. M. Daniel Ternois, conservateur, était présent.

Après la lecture d’usage des comptes-rendus financier et moral, les Amis du Musée Ingres ont procédé au renouvellement du tiers des membres du Conseil d’administration sortants. Mme Codou-Bernard, MM. L. Andrieu, G. Capéran, L. Féral, M. Guerret, Lalague, Estave, Richin, B. Dumas, A. Favierez, Meysonnet ont été réélus.

Les nouveaux « Amis » du musée ont été ensuite accueillis par l'assemblée. Au cours de l'année 1952, la société a eu le regret de deux de ses membres, MM. Eugène Heim et Charles Cassagnavère ; elle a eu aussi le plaisir d’adresser, par la voix de son président, des félicitations à M. Perry pour sa récente exposition de peinture, et à M. Louis Vidal pour la distinction honorifique dont il vient d'être l'objet.

Les manifestations artistiques et littéraires auxquelles le public montalbanais réserve toujours le meilleur accueil, seront multipliée. Rappelons que les buts des Amis du Musée Ingres sont triples : favoriser le rayonnement du musée d’art et d’archéologie de Montauban, développer la culture artistique et encourager les artistes.

Les adhésions sont recueillies au Musée Ingres tous les jours, les dimanches et lundi exceptés, de 10 h à midi et de 14 h à 17 heures. La société des Amis du Musée Ingres est ouverte à tous, artistes, intellectuels et amateurs d’art.

 Ceci étant Maurice Oustrières signera des articles lui-même au sujet du fameux musée dont un qui fait l’état des lieux en ce début d’année 1953. J'ai déjà publié celui-ci :

 

http://la-brochure.over-blog.com/article-marcel-lenoir-au-musee-ingres-dans-le-patriote-119364646.html

 

Réparations au Musée Ingres

Nos lecteurs savent que le Musée Ingres, richesse de notre ville, est gravement menacé d’humidité.

On dit même que la somme de 50 millions sera nécessaire pour le remettre en état.

Jeudi après-midi nous nous sommes rendu dans l’immense bâtisse de briques roses qui surplombe le Tarn. La grande salle du bâtiment central, au fond de la cour, est transformée en un vaste chantier où les échafaudages tiennent lieu de colonnes et où le plancher disparaît sous une épaisse couche de sciure.

La pièce attenante, où se trouvaient récemment quelques bustes de Bourdelle, est rongée par l’humidité. Le plâtre est tombé de certaines parties du mur.

On sait qu’une exposition Ingres est en courts aux USA. Aussi, le Musée est-il vide. Seulement subsistent, ça et là, quelques states qui se dressent comme des fantômes au coin obscur des escaliers.

Et voici la salle du Prince-Noir, qui sert de musée lapidaire.

Deux longues couleuvrines encadrent un hideux instrument de torture qui fit (si nous osons dire) « fureur » dans notre ville, il y a 600 ans.

Au mur, les poids publics, qui se trouvaient jadis Place nationale, transforment cette salle en salle de justice, ce qui cadre assez bien, ma foi, avec la planche à supplices dont nous venons de parler.

Plus bas que la salle du Prince-Noir, on pénètre à ‘intérieur de la première pile du Pont-Vieux achevé de bâtir en 1316.

Au pied des marches, le sol s’effrite littéralement sous l’action inexorable de l’eau qui suinte sans arrêt au plafond.

Le souterrain qui descend sur la gauche, et qui mène aux cachots, est envahi par l’eau qui recouvre entièrement la terre battue.

En remontant, nous sommes frappés par la présence de salpêtre en quantités importantes sur les briques de salles.

Nous jetons au passage un coup d’œil à la grosse cloche qui sema, dit-on, la panique à Montauban, en s’effondrant au douzième coup de midi et en entrainant dans sa chute la tour qui l’abritait, place du coq.

Passé de Montauban, vestiges de notre historie, un gouvernement de guerre et d’analphabétisme vous condamnera-t-il à mort, faute de quelques millions qu’il refusera d’ôter à son budget militaire, sous prétexte d’ailleurs, de «défense de la culture».

Et vous, Montalbanais, qui aimez votre ville, apporterez-vous vos voix aux élections prochaines, aux « supporters » locaux de ce même gouvernement, qui laisse d’autre part, à la mendicité, le soin de restaurer le château de Versailles.

Electeurs, c’est vous qui avez la parole ! C’est donc vous qui aurez le dernier mot ! Maurice Oustrières.

 



[1] Félix Castan ou l’équilibre parfait de l’identité

Commentaires
O
Bonjour Jacques,<br /> <br /> <br /> <br /> Merci pour ton long message. Je me prénomme Bernard, né en 1948 et fils, donc, de Maurice Oustrières... qui n'exerçait pas de fonction syndicale particulière dans les années 50. Viré de la Sécurité sociale après une cabale politique (les anciens collabos se vengeaient des résistants) juste après la Libération, il a assuré sa propre défense, sous le pseudonyme de Gérard Barsac (l'un de ses noms de guerre sous l'occupation), dans les colonnes du Patriote. Eu égard à la qualité de ses textes, la direction du journal décida ensuite de l'embaucher. Il devint donc journaliste à Montauban et le resta jusqu'à la disparition du journal. Il refusa les propositions de Sud-Ouest dont le rédacteur en chef vint le relancer à domicile : "Je ne puis pas accepter de travailler pour un journal qui emploie d'anciens collaborateurs."<br /> <br /> Après un bref passage par L'Humanité à Paris, il entra au Patriote de Nice (1956) puis au Petit Varois (Toulon - 1964) et, enfin, à La Marseillaise quand celle-ci absorba celui-là.<br /> <br /> S'agissant du PCF, je n'y appartiens plus depuis très longtemps mais je regrette sa quasi-disparition qui a créé un vide immense et qui contribue à désespérer - sans qu'elle en ait même conscience - la classe ouvrière en général. Et je regrette aussi la fin de l'URSS qui a déséquilibré le monde. Mais n'en sommes-nous pas tous là ?<br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> BO
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J
Rebonjour "fils de". Tu signe BO, j'imagine donc que ton prénom commence par B .....
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J
Bonjour Maurice.<br /> <br /> Bien sur qu'on doit se tutoyer. Nous sommes de plus à un âge canonique (75 pour moi). Le PCF, nous a formé à une conception ouvriériste assez stricte. Le tutoiement est de rigueur et loin de me déplaire!<br /> <br /> L’ouvriérisme va très loin. Dans les années 50, le célèbre - à l'époque - livre de "Le mot mineur camarade!" d'André Stil l'écrivain vedette du PCF de l'époque (loin devant Aragon !!!) m'avait tellement impressionné, que j'ai décidé de "monter" dans le Nord à l'occasion de m'inscrire dans une classe de préparation aux grandes écoles. J'avais le choix entre Lyon, Bordeaux et Lille. Je n'ai pas intégré une École, mais je suis resté dans le Nord et j'ai fais des études de médecine, à l'issue desquelles je me suis installé dans le bassin minier où je suis resté. Et j'ai effectivement rencontré et fréquenté beaucoup de mineurs surtout durant les grèves de 68, puis depuis. Mais en gros, ce fut pour assister à la mort du bassin minier, puis immédiatement après à la disparition de la métallurgie. <br /> <br /> Un camarade avait aussi joué un grand rôle dans la motivation de mon départ: Emile Léris de Caussade. Il avait travaillé dans la métallurgie de Valenciennes je pense et m'avait beaucoup parlé de la classe ouvrière du Nord. J'ai eu la chance d'avoir été très proche de la famille Estager. Jacques Estager fut un grand résistant. Il dirigea la résistance dans le Bassin Minier. Puis le principal animateur du quotidien clandestin du Parti "L'enchainé" qui devient à la Libération: "Liberté". Jacques est aussi l'auteur d'une magnifique histoire de la résistance populaire dans le Nord-Pas-de-Calais: "Ami entends-tu". <br /> <br /> J'ai travaillé un moment à Liberté, durant les vacances universitaires. <br /> <br /> Pour parler de ton père, je l'ai vécu comme le principal responsable de la CGT 82. C'était durant les années 50: je suis parti dans le Nord en septembre 60. Quand j'étais au lycée, je résidais chez ma grand mère et j'allais faire les courses à l'épicerie de l'épouse de Pierre Juge qui avait récupéré son porte de débuté en 56. Je voyais Pierre assez régulièrement et d'ailleurs je passais assez souvent la "permanence" au<br /> <br /> fin fond de la rue de la République. Elle était tenu par Breton !!!! J'ai fait beaucoup de virées de propagande avec lui. <br /> <br /> Avec Michel Veyres qui habitait à Caussade puis est venu à Montauban nous avions remis en route la JC (qui avait existé sous le nom d'union des jeunesses de France, quelque chose comme ça, il n'y avait pas le mot communiste) Bien sur, nous avons repris le nom der Jeunesses Communistes. Mon frère a continué en arrivant au Lycée avec ????? <br /> <br /> Je me souviens bien de Vignoboul. J'ai parcouru dans sa Frégate les roputes du 82 pour le NON au "référendum-plébicite de 58.<br /> <br /> Et bien sur de Félix Castan et Marcelle Dulaut. Sa petite fille habite Lille. Je dois aller la voir depuis pas mal de temps car j'ai retrouvé à la disparition de mes parents des mosaïques de Marcelle que je vais lui remettre.<br /> <br /> Je voyais Vié assez souvent aussi, sans véritable atomes crochus. J'ai dû croiser <br /> <br /> Gérard Tartagnac et je ne connaissais pas Gabile Guiche.<br /> <br /> <br /> <br /> Souvenirs, souvenirs ...... Je pense qu'il est important de savoir écrire sur l'histoire du PC, mais si j'ose dire au ras des militants. <br /> <br /> <br /> <br /> PS. Je ne milita plus au PCF. Par ici, il s'agit d'un appendice peu glorieux du PS ....<br /> <br /> Par contre, j'avais contribué à mettre en place au moment de la catastrophe de Liévin de 1974 un Tribunal Populaire puis un mémorial qui est resté. Nous allons le compléter par quelque chose de plus important. La maire socialiste de Liévin n'ose pas s'y opposer. Je te fais suivre le projet.<br /> <br /> <br /> <br /> Fraternellement.<br /> <br /> <br /> <br /> Jacques Lacaze
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O
Bonjour Jacques Lacaze,<br /> <br /> <br /> <br /> En tant que "fils de", je pense que nous pouvons nous tutoyer. Je crois posséder une photo de ton père en visite chez les Oustrières, à Montauban, dans les années 50. Nous habitions alors un appartement aménagé dans l'ancienne chambre des métiers, boulevard Garrisson (démolie depuis longtemps pour céder la place à un immeuble). Parmi les habitués : Félix Castan, Marcelle Dulaut, Roger Vié, Jeannette Laguille, Jean Vignoboul, Allamigeon dont j'ai oublié le prénom et qui nous quittait toujours en lançant un tonitruant "Bonsoir ! Bonsoir ! " Il passait pour riche car il possédait un vélo à dérailleur, luxe inouï en ce temps-là. Merci à Jean-Paul de réveiller ces chauds souvenirs. Par ailleurs, à ma connaissance, mon papa n'a jamais été secrétaire de la CGT ou alors cela remonte à l'époque où, dans l'immédiat après-guerre, il travaillait à la Sécurité sociale.<br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> BO
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L
C'est avec beaucoup d'émotion que je lis ces noms, Le Patriote (du sud oust ! puisqu'il y a toujours celui de Marseille) Pierre Juge qui me servait de temps en temps quand j'allais à l'épicerie de son épouse, Maurice Oustrières qui était secrétaire de la CGT, Roger Vié, avec qui j'ai fait une vit-rée en voiture en septembre 58 pour écrire de grands NON un peu partout et sur les panneaux électoraux gaullistes en particulier. Pierre Juge nous avait proposé à Michel Veyre et moi de dérouler un grand NON sur la façade du musée Bourdelle vers le Tarn donc donnant sur le pont vieux. Marcelle Dulaut avait réalisé le NON sur une grande feuille cartonnée, tout en disant que ce n'était pas son boulot .... Au moment ou on s’apprêtait à accrocher le NON un gardien est arrivé et ne nous à pas quitté .... Jean Vignoboul, que j'ai accompagné dans des réunions publiques où il apportait la bonne parole du NON au référendum-plébicite! Jean Lacaze évidement qui était mon père et correspondant pour Caussade du Patriote.
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