Le Patriote, Oustrières, Castan et… Ingres
A lire le témoignage d’Anne Castan sur le livre de la Maison de la Culture de Larrazet[1], Oustrières et Castan étaient de grands amis :
« Vers 1950, l’activité militante politique l’occupe particulièrement à travers une amitié indéfectible avec le journaliste Maurice Oustrières. »
Maurice Oustrières était alors, à Montauban, le pilier majeur du journal communiste Le Patriote. J’ai voulu reprendre la collection du journal partiellement disponible à Montauban mais je n’y ai pas trouvé la signature de Félix Castan. J’ai pu y lire des noms connus comme Gérard Tartanac pour les paysans, Roger Vié pour les artisans, Pierre Juge et Jean Vignoboul pour le PCF, Gabriel Guiche pour Castelsarrasin, Jean Lacaze pour Caussade, Juliette Lacroix pour les femmes etc. mais rien de Castan. Or cette amitié entre les deux hommes était forcément une amitié d’écrivains.
J’ai alors supposé que l’article ci-dessous, non signé, était peut-être de Castan :
Amis du Musée Ingres
Les Amis du Musée Ingres se son réunis en assemblée générale, dimanche dernier, 18 janvier, à la mairie de Montauban. La réunion a été présidée par le docteur Capéran, président de la société. De nombreux membres avaient tenu à assister aux débats amicaux et avaient pris place autour de longues tables de séance. M. Daniel Ternois, conservateur, était présent.
Après la lecture d’usage des comptes-rendus financier et moral, les Amis du Musée Ingres ont procédé au renouvellement du tiers des membres du Conseil d’administration sortants. Mme Codou-Bernard, MM. L. Andrieu, G. Capéran, L. Féral, M. Guerret, Lalague, Estave, Richin, B. Dumas, A. Favierez, Meysonnet ont été réélus.
Les nouveaux « Amis » du musée ont été ensuite accueillis par l'assemblée. Au cours de l'année 1952, la société a eu le regret de deux de ses membres, MM. Eugène Heim et Charles Cassagnavère ; elle a eu aussi le plaisir d’adresser, par la voix de son président, des félicitations à M. Perry pour sa récente exposition de peinture, et à M. Louis Vidal pour la distinction honorifique dont il vient d'être l'objet.
Les manifestations artistiques et littéraires auxquelles le public montalbanais réserve toujours le meilleur accueil, seront multipliée. Rappelons que les buts des Amis du Musée Ingres sont triples : favoriser le rayonnement du musée d’art et d’archéologie de Montauban, développer la culture artistique et encourager les artistes.
Les adhésions sont recueillies au Musée Ingres tous les jours, les dimanches et lundi exceptés, de 10 h à midi et de 14 h à 17 heures. La société des Amis du Musée Ingres est ouverte à tous, artistes, intellectuels et amateurs d’art.
Ceci étant Maurice Oustrières signera des articles lui-même au sujet du fameux musée dont un qui fait l’état des lieux en ce début d’année 1953. J'ai déjà publié celui-ci :
Réparations au Musée Ingres
Nos lecteurs savent que le Musée Ingres, richesse de notre ville, est gravement menacé d’humidité.
On dit même que la somme de 50 millions sera nécessaire pour le remettre en état.
Jeudi après-midi nous nous sommes rendu dans l’immense bâtisse de briques roses qui surplombe le Tarn. La grande salle du bâtiment central, au fond de la cour, est transformée en un vaste chantier où les échafaudages tiennent lieu de colonnes et où le plancher disparaît sous une épaisse couche de sciure.
La pièce attenante, où se trouvaient récemment quelques bustes de Bourdelle, est rongée par l’humidité. Le plâtre est tombé de certaines parties du mur.
On sait qu’une exposition Ingres est en courts aux USA. Aussi, le Musée est-il vide. Seulement subsistent, ça et là, quelques states qui se dressent comme des fantômes au coin obscur des escaliers.
Et voici la salle du Prince-Noir, qui sert de musée lapidaire.
Deux longues couleuvrines encadrent un hideux instrument de torture qui fit (si nous osons dire) « fureur » dans notre ville, il y a 600 ans.
Au mur, les poids publics, qui se trouvaient jadis Place nationale, transforment cette salle en salle de justice, ce qui cadre assez bien, ma foi, avec la planche à supplices dont nous venons de parler.
Plus bas que la salle du Prince-Noir, on pénètre à ‘intérieur de la première pile du Pont-Vieux achevé de bâtir en 1316.
Au pied des marches, le sol s’effrite littéralement sous l’action inexorable de l’eau qui suinte sans arrêt au plafond.
Le souterrain qui descend sur la gauche, et qui mène aux cachots, est envahi par l’eau qui recouvre entièrement la terre battue.
En remontant, nous sommes frappés par la présence de salpêtre en quantités importantes sur les briques de salles.
Nous jetons au passage un coup d’œil à la grosse cloche qui sema, dit-on, la panique à Montauban, en s’effondrant au douzième coup de midi et en entrainant dans sa chute la tour qui l’abritait, place du coq.
Passé de Montauban, vestiges de notre historie, un gouvernement de guerre et d’analphabétisme vous condamnera-t-il à mort, faute de quelques millions qu’il refusera d’ôter à son budget militaire, sous prétexte d’ailleurs, de «défense de la culture».
Et vous, Montalbanais, qui aimez votre ville, apporterez-vous vos voix aux élections prochaines, aux « supporters » locaux de ce même gouvernement, qui laisse d’autre part, à la mendicité, le soin de restaurer le château de Versailles.
Electeurs, c’est vous qui avez la parole ! C’est donc vous qui aurez le dernier mot ! Maurice Oustrières.
