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Vie de La Brochure
12 janvier 2017

Lubat, Larrazet, 1986

larrazet

En 1986, une rencontre historique a permis, à Larrazet, la confrontation d'une grande partie des chanteurs et musiciens occitans. Nous étions à une charnière : les premiers élans des années 1970 arrivaient au creux de la vague, et pourtant la vague pouvait avoir un second souffle. Le cas de Claude Sicre qui après cette rencontre a créé Les Fabuloos trobadors témoigne de l'importance du moment. J'ai été durablement marqué par les débats que j'avais enregistré. Ici je reprend un entretien avec Bernard Lubat sur la revue Infoc. J-P Damaggio

ENTREVUE AVEC BERNARD LUBAT

 

Et si nous parlions de LARRAZET ? Pour la plupart des gens qui y ont participé, cela a été intéressant. Quel bilan en as tu personnellement tiré?

 

Cela a été pour moi un travail d'écoute. Ecouter les gens parler, écouter les gens jouer, écouter aussi l'ensemble du public. Ecouter et entendre la température d'une époque. Voir où l'on est, 37°2 ou 39°8. Voir si l'on est malade ou en bonne santé. De ce point de vue là, j'en ai retiré personnellement beaucoup d'envies de créer et surtout de pratiquer.

 

Ces deux journées ont été des temps forts pour la musique. A mon avis, c'est à recommencer, non parce que la copie était mauvaise ; au contraire, c'est à recommencer pour la bonne santé de la musique.

 

 De cette confrontation, n'y aurait-il point de grandes conclusions à tirer ni de perspectives à entrevoir ?

 

Peut être n'est-il pas non plus inintéressant de se mettre en situation comme nous l'avons fait sans forcément vouloir en tirer des perspectives pré-établies. Il était pour moi à l'écoute de ce qui se passe et de ce qui se produit.

 

LARRAZET ne portera évidemment pas de solutions immédiates aux problèmes actuels de la musique. Par contre, la rencontre aura certainement des conséquences dans l'avenir. Et même sûrement dans l'avenir proche. Ce genre de confrontations est non seulement utile, mais urgente. La confrontation donne le rythme ; plus il y en aura, plus nous aurons du rythme.

 

 Est-ce que LARRAZET a eu une influence sur la programmation du Festival D’Uzeste dont tu es le Directeur artistique ?

 

Oui, bien sûr, dans une certaine mesure, puisque de toutes façons, dans la pratique, il ne peut y avoir UZESTE d'un côté et LARRAZET de l'autre. Il y a symbiose entre les deux démarches.

 

 Autant que l'on puisse en juger, il s'agissait à LARRAZET d'une rencontre entre la musique traditionnelle et la musique moderne ?

 

Oui, bien sûr, si tu veux, mais est ce que la musique traditionnelle ne pourrait-elle pas être moderne ? Il faut dorénavant, je crois, réviser nos étiquettes. Il faut voir à qui elles servent, ces étiquettes, parce, à mon avis, elles ne sont pas là par pur hasard. Je suis, en ce qui me concerne, pour le valse des étiquettes ou la polka des étiquettes pour ceux qui préfèreraient.

 

 Alors, personnalises-tu la synthèse de la musique traditionnelle avec la musique moderne ?

 

Disons que je me nourris de toutes les contradictions, c'est dire l'intérêt d'un événement comme celui de LARRAZET. Malgré les difficultés de tout ordre que nous pouvons avoir, même socio-économiques, nous continuons notre travail. Ce sont d'ailleurs ces difficultés qui font que souvent les gens se replient derrière des étiquettes. Les difficultés, contrairement à ce que pourraient croire certains, ne sont jamais d'ordre esthétique, mais toujours techniques.

 

 Mais les difficultés techniques ne sont-elles pas inversement proportionnelles à l'audience de l'artiste dans le public ?

 

Oui, mais l'audience dépend aujourd'hui de beaucoup de choses et pas seulement du talent de l'artiste, loin s'en faut ! Si l'on ne gagne pas les moyens de s'inventer des rythmiques comme à LARRAZET, on restera dans l'obscurité nous imaginant être seul. Ce qu'il faut éviter à l’époque actuelle, c'est un cynisme-mode, un fatalisme médiéval. Voilà pourquoi il faut se garder de dévier..."

 

Entrevue réalisée par la revue INFOC ( N° 55 )

 

INFOC est la revue de l'actualité culturelle occitane. Elle parait chaque mois. Pour s'abonner, joindre un chèque à l'adresse d'INFOC 30 avenue Saint Exupéry 31 400 TOULOUSE.

 

Montant de l'abonnement : 30 F par an.

 

 

 

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