Mélenchon, la surprise ?
Depuis quelques jours les commentateurs, sur la base des sondages, ne cessent d’évoquer la montée spectaculaire de Mélenchon. En me tenant loin des sondages, je souhaite faire quelques observations.
1 ) Après la victoire de Hamon aux Primaires et les négociations entamées avec le candidat écolo, une dynamique pouvait-elle se mettre en place autour du PS ? Personne ne tenait d’avance la réponse pas plus que personne ne pouvait dire si, au même moment, le soutien de Bayrou à Macron était bon pour Macron. Sauf que, sur la position centriste, l’alliance Bayrou-Macron apparaissait logique, tandis que l’alliance Jadot-Hamon l’était beaucoup moins.
2 ) L’accord Jadot-Hamon est apparu comme une combine : je te donne des postes aux législatives et tu retires ta candidature. Avant l’accord, on ne savait pas Hamon opposé à Notre-Dame des Landes, ou Jadot adepte du revenu d’existence. Cet aspect allait-il être éliminé par la dynamique de rassemblement qui devait naître derrière Hamon ?
3 ) Hamon a-t-il pensé un instant que Mélenchon allait se ranger sous son drapeau ? Non, mais il pensait que suivant les habitudes classiques, le vote utile allait se rassembler sur son nom, et marginaliser Mélenchon. Sauf que le PS allié aux Verts apparaissant peu crédible, l’objectif espéré ne s’est pas produit.
4 ) Au-delà de Mélenchon, la France insoumise est apparue plus cohérente et plus solide que l’opération Hamon-Jadot. Les techniques mises en place ont permis à Mélenchon de toucher une nouvelle génération politique pour qui les accords de couloir n’ont aucun intérêt. D’autant que l’engagement écolo de Mélenchon ne date pas de février 2017. Dire Non à Notre-Dame des Landes est une évidence pour lui, en conséquence, sur la même portion électorale, Hamon est apparu le plus fragile.
5 ) Hamon a gagné la Primaire sur un slogan : le travail va manquer demain, il faut s’y préparer en lançant un revenu d’existence. Il est apparu comme novateur, audacieux, conformément à sa jeunesse. Montebourg a donc été grillé. Mais l’électorat de la Primaire n’est absolument pas représentatif de l’électorat en général. Il est moins populaire et plus sensible à une telle opération de charme. Oui, une belle idée, mais une fausse belle idée ! Qui peut croire que pour les salariés, ce revenu d’existence s’ajoutera à leur salaire sauf à être naïf quant au comportement du patronat ! Le chômage n’est pas le résultat d’un manque de travail (du travail il y en a partout, dans les hôpitaux, dans les écoles, chez les artisans, dans le bâtiment etc. ) mais c'est un moyen pour peser sur toutes les revendications sociales ! « Vous refusez de travailler 39 h pour une salaire de 35 h ? On ne vous retient pas, d’autres attendent à la porte… » Les économistes de Hamon ne furent pas les derniers à lui demander de revoir sa copie. L’évolution technologique est ancienne : elle a vidé les campagnes, elle a vidé les banques ; certes elle va continuer à toucher de nouveaux secteurs économiques, mais toute la vie sociale ne tient pas à cet aspect économique. Qui pouvait imaginer en 1960 que le tourisme serait la première industrie du monde en 2010 ?
6 ) Dans une configuration Fillon/ Le Pen, Mélenchon aurait perdu du terrain mais par chance pour lui, c’est le face à face Macron/Le Pen qui s’annonce donc ça lui laisse un espace politique. Fillon passant devant Macron dans les sondages, alors une petite partie de l’électorat Mélenchon, à contre cœur, ira soutenir Macron ! Comme en 2012 quand certains ont volé au secours de Hollande dans les derniers jours, par crainte de Le Pen !
Dans tous les cas, l’essentiel sera le rendez-vous des législatives mais son résultat sera fortement influencé, de diverses manières, par le résultat de la présidentielle ! J-P Damaggio


