Bernard Donnadieu ou la République de Fabrets
Colette Magny " les Tuileries " chanson , texte de Victor Hugo
Fabrets, lieu-dit de la commune de Penne, sur la rive gauche de l’Aveyron, département du Tarn.
Fabrets, Bernard Donnadieu et Christiane Savary y ont installé leur vie.
D’abord dans une petite maison puis, après rénovation dans une maison à l’immense baie vitrée.
Ainsi, une maison ouverte sur le monde réel, sur l’expérience des hommes, sur la nature.
Et petit à petit, Fabrets est devenu une République ou conversation et indignation faisaient la vie.
Autour du cercueil de Bernard cette République a pu prendre les milles visages de toute république.
En français, en espagnol, en arabe, en anglais.
Claude Sicre présent aurait sans doute aimé, l’occitan aussi.
Fils de facteur, formé à l’Ecole normale, devenu maître de conférence, Bernard avait le chic pour marquer les esprits. Aussi sa République avait des bras allant très loin.
Pourquoi Fabrets ? Son frère a émis une hypothèse : pour retrouver à travers la vallée de l’Aveyron leur enfance heureuse passée à Feneyrols.
Philosophie, musique, chansons, poésie, tous les arts étaient là. Et le sien aussi à travers une chronique qu’il avait écrite après qu’en 2009 l’Eglise de Vaour ait perdu son nez rouge au moment du Festival du rire. Un texte qui en quelques lignes contenait tout Bernard. L’humour, l’indignation et la preuve du sens dans l’insignifiant ! Mais oui, la perte de ce nez rouge n’était qu’un fait sans importance, sans sens particulier et pourtant suivant la formule consacrée c’est dans les détails que se cache le diable. Cette perte du nez rouge, témoignage de l’avancée de tous les intégrismes, ne pouvaient que heurter l’homme de la grande tolérance, mais pas la tolérance molle, celle capable de riposter par l’indignation. Et plus encore par l’action.
Du prof d’université à l’enfant d’ailleurs, tous les témoignages répétaient la même chose : un être inouï pour qui la loi et le droit devaient primer sur la force et le privilège.
Arrive le temps d’une chanson, celle d’une amoureuse de la dite vallée de l’Aveyron, celle qui aurait pu être directement membre de la République de Fabrets, Colette Magny avec sa Tuilerie. Je ne connaissais pas cette chanson.
L’aliment majeur de toute cette histoire s’appelle l’Ecole normale et les quelques souvenirs du frère m’ont rappelé que le récit de la vie amusée des Normaliens mériterait un livre, un beau livre. Juste pour casser le mythe du sérieux entourant l’édifice formateur des hussards noirs de la République. Cette République était celle du rire puisque la vie y était si simple. Tous les tracas du quotidien effacés pour cause d’un concours réussi.
Tout a été dit de l’ICEM aux luttes pour défendre une ferme, et pourtant un mot a manqué : syndicaliste. Le syndicalisme n’est plus de saison.
Arrive le temps d’une chanson. Brassens bien sûr, au pied de son arbre car toute république a besoin de l’arbre à palabres.
Sa culture, sa grande culture le ramenait toujours à la question de départ, l’école émancipée : apprendre oui mais comment, pourquoi, avec qui, et aucune technologie ne répondra à de telles questions permanentes et universelles. Transmettre oui, partager aussi mais créer surtout. Créer un bon repas avec les légumes du jardin, un bon mot, une belle aventure, une action judicieuse.
En ce 18 avril toute sa belle république était au rendez-vous. J’ai retrouvé quatre amis, l’un qui travaille dans une association sur la maladie d’Alzheimer, l’autre que j’avais eu au téléphone le matin même sans qu’on parle de Donnadieu, l’autre un instit installé à Penne qui a chanté dans la chorale finale et enfin Sicre devenu un habitué de la vallée de l’Aveyron, deux fois grand père.
Un grand nombre de gens – et les absents étaient nombreux – qui ne se savaient pas unis par cette carte d’identité virtuelle de la République de Fabrets. Une République totalement insoupçonnée pour la grande majorité métropolisée de nos autorités, de plus en plus autoritaires. Mais comme aimait le dire le sous-commandant Marcos : Aqui estamos ! J-P Damaggio