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Vie de La Brochure
8 juin 2017

Pierre Dac vu par Wolinski en 1978

wolinski dac

Pour rester dans l'ambiance 1978 et PCF voici ce qu'écrivait Wolinski dans l'Humanité Dimanche du 2 janvier 1979. J-P Damaggio

 «Vers 1926, et non vers solitaire, j'embrassai non pas le culte du cultivateur occulte, mais la profession d'humoriste, qui devint définitivement la mienne.» Ainsi se présentait Pierre Dac. TF 1 lui consacre une émission, le mercredi 3 janvier à 22 h 10. Wolinski dit ce qu'il pense de Pierre Dac, l'humoriste, dont nous rappellons ici quelques « pensées » bien senties.

 C'était après la guerre. Nos cheveux d'adolescents étaient courts. Bien dégradés à la tondeuse autour des oreilles. Quand nous rencontrions un barbu, il y en avait toujours un d'entre nous qui se dévouait pour proférer d'une voix caverneuse le célèbre « Malheur aux barbus ! ». Il faut dire qu'à l'époque de l'émission de Pierre Dac « Malheur aux barbus ! », il y avait bien moins de barbus que de nos jours.

 Nous écoutions tous la radio. Nous n'avions pas beaucoup d'autres distractions. La télévision était encore de la science-fiction pour nous. Nos idoles n'avaient que des voix. Leurs visages nous étaient pratiquement inconnus, sauf pour ceux que l'on pouvait voir au cinéma. Je ne découvris les yeux en boule de loto et le crâne dégarni de Pierre Dac que bien des années plus tard.

 Les feuilletons de Pierre Dac et de Francis Blanche, car dans ma mémoire les deux sont inséparables, me plongeaient dans une sorte de jubilation complice. Ces gaillards ne semblaient respecter rien de ce que l'on m'obligeait à trouver respectable. Ils faisaient la grimace à tout le monde, en toute impunité. Je me rendais compte que leur humour n'avait rien à voir avec ce qui semblait drôle aux Français de l'époque. Les films de Fernandel, par exemple, ou l'esprit chansonnier.

 Cependant, je n'attachais pas une importance exagérée à ces quelques minutes de folie quotidienne, perdues dans la grisaille des chansons stupides et de la fantaisie des fantaisistes laborieux. C'est à présent que j'admire la performance accomplie par Pierre Dac et ses complices, car personne ne les a remplacés. Faire rire sans vulgarité, sans méchanceté, sans plagier qui que ce soit en attaquant tout mais en démolissant rien, c'est ce qu'il de plus difficile. Des gens de radio m'ont avoué il y a peu de temps qu'on n'a jamais pu faire mieux qu'eux dans le genre.

Lorsque j'entends parler l'humour de Pierre Dac, les mots qui reviennent le plus dans la bouche des commentateurs sont loufoquerie, non-sens, humour absurde, burlesque du langage, etc. Moi, je vois surtout de l’intelligence, de la rigueur, de l'honnêteté, de la lucidité et de la culture dans les textes qui restent de lui.

 Je n'ai pas connu son journal « L'Os à moelle », qu'il créa 1938 et saborda en 1940. J'étais trop jeune pour cela, mais je sais l'importance qu'il eut sur notre génération. « L'Os à moelle » fut la transition entre «L'Assiette au beurre» et «Charlie Hebdo». Dans le domaine de la création, on n'est pas forcément le père de quelqu'un, mais on n'est jamais le fils de personne.

 En 1966, au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, fut créée une pièce de Peter Weiss, intitulée «L'Instruction». Cette pièce avait été jouée simultanément dans quatorze théâtres d'Allemagne de l'Est et de l'Ouest. Il s'agissait d'un montage à partir des minutes du procès de Nuremberg, se rapportant au camp d'Auschwitz. L'acteur qui interprétait le rôle du juge avait les yeux en boule de loto et le crâne dégarni de Pierre Dac. C'était une idée géniale de lui confier ce rôle, qu'il tint de nombreux mois, car la pièce fut un succès.

Peu de gens connaissent le passé de résistant de Pierre Dac, ses activités à la B.B.C. en 1941, où il «mettait en boîte» les collaborateurs et les occupants. J'ai demandé à un ami qui jouait dans «L'Instruction» comment Pierre Dac se comportait dans la vie. « Oh, il déconnait tout le temps ! », m'a-t-il dit. Heureusement qu'il y a des Pierre Dac pour déconner tout le temps. Sans eux, notre monde serait bien triste. WOLINSKI

 

Pensées de Pierre Dac

A l'éternelle triple question toujours demeurée sans réponse : « Qui sommes-nous ? », « D'où venons-nous ? », « Où allons-nous ? », je réponds : « En ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi et j'y retourne. »

 Il vaut mieux prendre ses désirs pour des réalités que de prendre son slip pour une tasse à café.

 Celui qui dans la vie est parti de zéro pour n'arriver à rien dans l'existence n'a de merci à dire à personne.

 Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.

 Si la semaine de quarante heures était réduite de moitié, les fins de mois auraient lieu tous les quinze jours.

(Humanité Dimanche 2 janvier 1979)

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