La proportionnelle, ça me fatigue
En 1981 c’est une des promesses tenues par Mitterrand : proportionnelle aux Législatives et aux Régionales pour les élections de 1986. Il ne faisait que continuer Giscard qui avait accordé la proportionnelle pour les Européennes de 1979 sur listes nationales. Puis dès 1987 Chirac est revenu à l’ancien système pour les Législatives.
Depuis c’est le serpent de mer et le titre de Marianne me fatigue. Que les Législatives soient, en Juin, dans la foulée de la Présidentielle me paraît beaucoup plus grave que l’absence de proportionnelle !
Mais lisons Renaud Dély.
Il rappelle la démobilisation aux législatives : l’abstention a représenté 35,6% des inscrit sen 2002, 39,6% en 2007, 42,8% en 2012 et 51,29% en 2017. Quand on sait que cette abstention touche surtout les jeunes la tendance ne peut que nous inquiéter. Mais en quoi la proportionnelle peut-elle y mettre un terme ?
« Bien entendu, le mode de scrutin n’est qu’un outil. Le changer ne suffira pas à résoudre la crise civique dans laquelle s’enfonce la France. » D’accord, puis plus loin et brusquement : « L’instauration de la proportionnelle apparaît désormais comme une nécessité incontournable, un préalable inévitable pour soigner notre démocratie. » Un préalable inévitable ?
Or, toute l’argumentation est ridicule :
- Transposer les scores de la présidentielle aux législatives est ridicule car proportionnelle ou pas, aux législatives le camp Macron passerait tout aussi aisément de 23 à 28 %. Avec certes un nombre de députés moindre. Mais ce nombre serait suffisant pour régner.
- Dire qu’en 1986 la proportionnelle a été instaurée « par cynisme et pour limiter l’ampleur de la défaite du PS » est faux et prouve qu’il y aurait une bonne et une mauvaise proportionnelle.
- Donc une «dose de proportionnelle » mais quelle dose : 10% ou 25% des députés. La proportionnelle sur 50 députés ça serait minime.
Dire aux électeurs : votre vote ne donnera rien dans la circonscription, mais pèsera pour 10% des députés est en effet un énorme moyen de mobilisation !
Cette dose de proportionnelle avait été promise aux Verts en 1997 (elle avait conditionné leur entrée au gouvernement Jospin), promise aux Verts en 2012 mais sans aucun résultat. Par mauvaise volonté ? Parce que c’est un épiphénomène !
Je veux bien la dose de proportionnelle, c’est une rustine sur une chambre à air en perdition. Alors quoi ? En attendant d’obtenir la capacité politique de changer globalement la Constitution, je l’ai déjà écrit : mettre les Législatives en même temps que la présidentielle (et pas avant) me paraît plus profitable pour la démocratie que la dose de proportionnelle. A condition de mettre en place en même temps une mise à l’écart des lobbies.
Une nouvelle république avec le droit de vote obligatoire comme le demande Mélenchon ? C’est une des mesures de l’avenir en commun que je ne partage pas. Ce vote obligatoire existe dans divers pays sans jamais y avoir amélioré la démocratie. Je pense au Pérou par exemple. Le droit de s’abstenir et aussi important que le droit de voter. L’abstention est un thermomètre précieux et suivant la formule consacrée ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on va faire tomber la fièvre. J-P Damaggio
