Bayer face à Montalban : Le football
Pour ce dialogue imaginaire en date de l’an 2006, les deux hommes ont accepté de s’asseoir face à face autour d’une table nommée football. Ils sont presque de la même génération l’un étant né en 1927 et l’autre dix ans après en 1939.
—Venons-en au football qui te passionne tant, déclare Montalban.
—Plus qu'à toi ?
—Pour un Catalan le Barça c'est plus qu'une équipe de foot mais ici vous n'avez plus de nation locale à célébrer !
—Ici, c'est le foot en général qui est plus que le foot, c'est une religion !
Là Montalban approuva tout en affirmant :
—Une religion dont vous avez trouvé le dieu : Maradona..
—Une religion à laquelle s'adonnait même Le Che. Un jour j'ai eu le courage de demander à sa sœur qui il admirait.
—Et quelle équipe ?.
—La même que moi, Rosario central.
—Pourquoi une équipe qui porte un nom si catholique ?
Chacun des deux hommes conservaient un ton calme, une mine amusée et une distance calculée. Ils savaient parfaitement qu’ils bavardaient pour rien mais puisqu’il fallait une réponse…
—Tous les clubs ont une histoire sociale avec parfois à l'origine un groupe anarchiste ou une confrérie religieuse indiqua Bayer.
—Pourquoi êtes-vous si nombreux, vous les écrivains argentins à magnifier le foot quand partout la plupart des intellectuels lui crachent dessus ?
—Osvaldo Soriano vous répondrez mieux que moi. Ceci étant Borges haïssait le foot !
—Oui, j'en ai parlé avec lui. Disons que l'histoire tend à lui donner raison quand on constate les dérives économiques qui touchent ce sport.
—En effet, toutes les grandes équipes emploient des mercenaires et on n'a donc plus qu'un seul rapport avec le club de sa vie. Soit il gagne et il garde les aficionados, soit il perd et adieu le soutien populaire. Autrefois c'était entre le supporter et le club, à la vie à la mort. Donc il fallait être encore plus présent aux moments difficiles.
—Observation très juste. Je prendrai le temps d'aller à la rencontre de Soriano.
J-P Damaggio