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Vie de La Brochure
15 avril 2018

Le Pen en 68

Pendant des décennies j’ai accumulé des anecdotes sur 68 que j’ai rassemblées dans un roman : En 68, pour une soupe péruvienne, que je vais mettre prochainement sur ce blog. A le relire aujourd’hui je découvre celle-ci racontée par un des personnages. JPD

 « Je reviens à l’instant de l’école communale de la rue de Poissy où se tenait un meeting contradictoire du gaulliste de gauche René Capitant candidat aux législatives avec Jean Tibéri comme suppléant. Fallait-il être fou pour choisir le Cinquième Arrondissement ? A deux pas du Panthéon et dans une rue qui aboutit sur les quais de la Seine ! Les amis qui m’ont entraîné dans cette heureuse aventure étaient très bien informés : le rassemblement fut houleux à point, comme nous les aimons. Homme de gauche, je devrais m’orienter vers d’autres assemblées, mais averti de la présence, parmi les contradicteurs, d’un borgne à la mèche en bataille et au nom faussement alimentaire, Le Pen, je tenais à lui faire sa fête. Cet ancien député populiste, laboure dans les champs de la droite, aussi il préfère vociférer dans leurs réunions plutôt que dans celles de gauche, surtout si le candidat de droite se trouve en situation fragile, et celle de Capitant l’est extrêmement. Appuyé sur sa canne, Capitant entre au son de La Marseillaise pour lancer sa harangue et répondre aux trente adversaires annoncés dans ce groupe de 150 personnes. Je retiens qu’il reconnaît la légitimité de quelques guérillas ! Au moment du débat, Capitant, l’homme de la Participation, c’est-à-dire d’une conception permettant aux ouvriers de posséder des Actions (comme si en guise d’action leur travail ne suffisait pas !) voit s’approcher du micro, le fameux Le Pen qui accepta d’attendre son tour avant de gueuler sa haine intestinale. Aussitôt des clameurs embrasent la salle, aussi il prévient l’auditoire qu’«il va durer longtemps» car il a beaucoup à dire. A son auto-interrogation : «pourquoi n’a-t-on pas cassé tout de suite les groupes anarchistes ?» nous répliquons par : «O.A.S–O.A.S». Sur l’air des lampions, la salle entonne : «O.A.S. c’est trois cent morts !». Faute de pouvoir être entendu, ce sauvage d’extrême-droite quitte alors l’estrade. Notre victoire risque cependant d’être courte : vu sa détermination, craignons qu’il ne dure longtemps ! Je me souviendrai de ce nom faussement alimentaire et je me demande ce que deviendront les écoles, quand ne résonneront plus dans leurs murs les bruits de telles assemblées (on dit que cette tradition va se perdre).»

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