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Vie de La Brochure
25 avril 2018

Mon image symbolique du 68 théâtral

Paris Match 1968

Le Brésilien João Moreira Salles a été incité à reprendre le cinéma en découvrant un film amateur de sa mère tourné en 68 au cours d’un voyage en Chine puis en Tchécoslovaquie. En 2 h de temps il décide de croiser ce témoignage personnel avec des documents de la télévision française sur le Mai français et avec des reportages d’étudiants brésiliens. Le festival de cinéma latino de Toulouse qui a permis sa projection en France donne ainsi le synopsis :

«João Moreira Salles ne filme pas mais étudie, interroge, confronte les images de trois formes d'archives d'une même année, 1968, celles officielles de la télévision française sur mai 68, de deux étudiants en cinéma sur le Brésil, et celles personnelles tournées par sa mère en Chine et Tchécoslovaquie. Par le montage et les commentaires, il passe d'un pays à l'autre, de la sphère intime à la sphère télévisuelle, interroge ce "Présent Intense" vécu et ce "Présent intense" des images.»

 João Moreira Salles né en 1962 à Rio, est président de l'Instituto Moreira Salles, fondé par son père Walter Moreira Salles (1912-2001), banquier, politicien et philanthrope. Sa mère est Eliza Gonçalves, et ses frères aînés sont le réalisateur Walter Salles (auteur par exemple de Carnets de voyage sur le Che) et le président d'Itau Unibanco Pedro Moreira Salles. Son demi-frère aîné est l'éditeur Fernando Moreira Salles. En 2006 il a fondé la revue Piauí. Il a enseigné à l'université pontificale catholique de Rio de Janeiro et à l'université de Princeton. Il avait arrêté le cinéma au moment de la fondation de la revue.

 Par ce film j’ai découvert que je possédais sur le Paris Match du 15 juin 1968, une photo mise en scène, qui est l’exact opposé de la photo des deux Noirs affichant leur colère à Mexico. Je la donne en pièce jointe pour en conserver toute la qualité car elle est double page sur le journal.

Paris_Match_15_juin_1968

Je précise tout d’abord que l’expression « 68 théâtral » n’est pas une expression de mépris. Dans la photo des deux Noirs il y a une part de théâtre mais cette part de théâtre est incluse dans la révolte, dans 68, alors que parfois la part de théâtre est juste une forme de 68, celle qui prend en compte que le pouvoir de l’image est un pouvoir en soi.

Donc dans le premier cas celui des deux Noirs, la mise en scène est l’œuvre des photographiés, le photographe ne pouvant que constater, tandis que dans la photo ci-jointe la mise en scène est l’œuvre du photographe. En conséquence, dans le premier cas le photographié va payer cher son expression de colère (représailles diverses), tandis que dans le deuxième cas le photographié va être payé très cher pour avoir accepté de jouer le jeu. C'est ce que j'ai appris avec le film ! Le photographié a passer un marché avec Paris Match qui contre de l'argent a accepté d'être suivi par un photographe du journal, libre ensuite d'en faire bon usage.

Nous ne sommes plus à Mexico mais à Berlin, Porte de Brandebourg. Le photographié est seul sur l’immense photo (je ne comprends pas que le lieu soit si vide) et sa tête est encadré par l’arc central de la porte. Un cadrage génial. Il tient une valise à la main droite, le pied gauche un peu en avant montre qu’il marche. Il tient quelque chose à la main gauche mais ce n’est pas évident de comprendre, peut-être un papier. Et sur le coin droit ce commentaire génial :

« Et maintenant il part prêcher l’anarchie à travers l’Europe.

«L’Europe rouge commence à Paris» a dit Cohn-Bendit [vous aviez reconnu le personnage], l’enragé de Nanterre par qui tout a commencé. Au moment où les «étudiants» de la Sorbonne retournent aux violences de la rue, le gouvernement a décidé de dissoudre «le mouvement du 22 mars» que Daniel Cohn-Bendit avait créé à Paris. Pour Dany le Rouge, maintenant interdit de séjour en France, l’action révolutionnaire ignore les frontières. A Berlin, comme ici à la porte de Brandebourg, à Amsterdam, à Londres, il se fait à travers l’Europe le commis voyageur du drapeau noir. Les événements qui ont bouleversé la France ne sont pour lui qu’un prélude. Le nouveau prophète de l’anarchie voudrait que la tempête qui s’est levée à Paris ravage aussi l’Europe.»

 Je n’avais pas jusqu’à présent évoqué le natif de ma ville, Montauban, à savoir Cohn-Bendit. Je n’ai rien contre lui, j’ai même invité son frère à présenter à Montauban son autobiographie ! Que Paris Match et tous les médias en aient fait un héros, fait partie de la vie. Il suffit de le savoir. JPD

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