En 68 l’anticommunisme au sommet
Avant et après 68 l’anticommunisme était monnaie courante mais en 68, il va bénéficier de quelques nouveautés. Je ne sais s’il existe une étude de l’anticommunisme à travers les âges mais pour ma part je note trois étages à l’édifice, en 68 :
1) Premier étage : «la main ou l’or de Moscou». Encore en 1976 quand j’ai acheté un nouvelle voiture le curé de ma petite ville a fait circuler la rumeur, par ses ouailles, que le PCF ne l’avait offerte. Je l’ai su car une ouaille trop dévoué était allé raconter cette idiotie à un ami instituteur de passage dans l’école, M. Pellerin… qui était communiste. Que ne faisait-on pas avec l’or de Moscou qui, ceci étant, n’était pas qu’une invention ! Aragon en a su quelque chose.
2) Deuxième étage : la main manipulatrice. «Vous vous trompez quand vous luttez pour vos salaires, vous luttez en fait pour le bien du PCF !» Quand les militants étaient surtout dévoués aux intérêts des autres !
3) Troisième étage : la récupération du drapeau de la révolution par l’extrême-gauche ; celui qui va faire fureur en 68. L’extrême-gauche (je récuse le terme de gauchiste) sous ses formes diverses, aurait démontré que le PCF était contre toute révolution. Il aurait même été la cause de l’échec de la dite révolution.
Comme toute réalité, l’anticommunisme s’appuyait sur quelques faits qui servaient ensuite à cacher la forêt et le PCF n’a pas été avare pour alimenter le dit anticommunisme.
Mais en 68 l’audace de Waldeck Rochet a été de tirer rapidement les leçons des erreurs commises par son parti. Sur le principe bien connu, les chiens aboient et la caravane passe, il a su éviter une riposte par les mêmes méthodes que celles de l’anticommunisme (ce que Georges Marchais n’a pas su faire au sujet du «juif allemand»). Le grand rassemblement de Charléty a été le sommet de la lutte contre le PCF, mais, sous l’impulsion de Waldeck les dirigeants du PCF n’en ont pas déduit qu’il fallait se replier sur la forteresse assiégée. Au contraire, et la décision du 21 août 1968 quand le Bureau politique réprouve l’intervention à Prague, en est une preuve. Par la suite, le PCF pourra ainsi bénéficier d’une part de l’énergie des militants de 68 et le PCF, qu’on voulait moribond en 68, prouvera en 69 sa grande forme ! Mais Marchais va remplacer Rochet et on connait la suite...
Je vais évoquer le cas de La Dépêche du Midi, un journal qui a l’avantage de dire deux choses en une. Il informe et entre les lignes il donne la position politique des radicaux. Donc en 68 l’éditorialiste en Tarn et Garonne n’a jamais cessé de flatter l’extrême-gauche pour ainsi ridiculiser le discours dit «révolutionnaire» du PS et du PCF ! Ce faisant il reprenait une position répandue dans les médias. Louis Delmas répliqua fortement pour le PS, et comme nous étions à une époque où le pluralisme existait un peu, la réponse a été publiée comme ont été publiées les déclarations du PCF.
C’était toute la subtilité d’un anticommunisme original car La Dépêche admiratrice de l’extrême-gauche, il fallait le faire… JPD