En 78 Cohn-Bendit écrit à Georges Séguy
Oui, encore en 1978, Cohn-Bendit est interdit de séjourner en France et je ne sais si cet échange de lettres a joué un rôle pour en finir avec cette absurdité. JPD
Humanité du 12 avril 1978
Pas de discrimination pour Daniel Cohn-Bendit
Georges Séguy demande l'annulation de son interdiction d'entrer en France
Dans une lettre qu'il vient d'adresser au ministre de l'Intérieur, Georges Séguy demande l'annulation de l'interdiction d'entrer en France qui frappe Daniel Cohn-Bendit depuis mai 1968.
Aujourd'hui journaliste et libraire à Francfort, en République fédérale d'Allemagne, Daniel Cohn-Bendit, qui dirigea en 1968 le « Mouvement du 22 mars » un groupe gauchiste qui joua un certain rôle dans le mouvement étudiant de cette époque, avait écrit au secrétaire général de la CGT pour lui demander d'intervenir en sa faveur .
Nous publions ci-dessous les textes de ces deux lettres.
Georges Séguy écrit au ministre de l'Intérieur :
« Par lettre du 2 avril. M. Daniel Cohn-Bendit me demande d'intervenir pour que soit levée la mesure discriminatoire qui lui interdit l'entrée en France. Attachée à la liberté et au respect des droits de l'homme sous tous les régimes, la CGT s'élève contre toutes mesures contraires aux dispositions définies par l'acte final 'de la conférence d'Helsinki, notamment en ce qui concerne la libre circulation des personnes. Dans cet esprit, notre organisation syndicale a souvent eu à protester contre diverses mesures d'expulsion. Indépendamment de ce que nous pouvons penser des griefs ayant conduit à l'expulsion de M. Cohn-Bendit en 1968, nous considérons que l'annulation de cette mesure discriminatoire serait conforme aux traditions démocratiques et humanitaires de notre pays. »
Daniel Cohn-Bendit avait écrit à Georges Séguy :
« Monsieur le secrétaire général,
Vous êtes un des représentants des forces démocratiques en France, face à l'absurde de la situation qui m'est faite, je vous demande d'intervenir publiquement pour la levée de la mesure discriminatoire prise à mon encontre. Publiquement, parce que depuis dix ans toutes les démarches officielles entreprises par mes proches ainsi que les miennes propres n'ont pas empêché les différents ministres de l'Intérieur de s'abriter derrière le décret du 24 mai 1968. Ce n'est pas à vous qu'il faut dire que mai 68 n'était pas Cohn-Bendit, mais des millions de grévistes. Je tiens à vous rappeler que la mesure prise est uniquement fondée sur le fait que je suis un étranger et ne repose sur aucun délit justiciable pour un Français. Etranger, né à Montauban de parents déchus de la nationalité allemande pour antifascisme, j'aurais pu de plein droit être Français sur simple demande de mes parents comme l'est mon frère. En espérant vous remercier de vive voix le plus rapidement possible..»
