1967, Stellio et le Périgord
Quel prénom pour un natif de Paris en 1921 ! Une façon, pour les parents, d’afficher des origines italiennes ? Je parle de Stellio Lorenzi bien sûr. Et pourquoi le Périgord en 1967 ? Il était parti à la recherche de Jacquou Le Croquant dont la projection de son feuilleton, à la télévision, annonce bien l’année 1968.
Le réalisateur rebondissait ainsi après l’interdiction en 1966 de la série «L’histoire en direct» réalisée avec Alain Decaux et André Castelot, suite à la série sur les Cathares.
Eugène Le Roy ne pouvait pas imaginer qu’une émission télé fasse de son roman un succès populaire, un roman écrit sur la fin de sa vie en 1900 (il a 64 ans et meurt en 1907). Cet homme n’est devenu écrivain qu’à 50 ans et son premier roman Le Moulin du Frau va enchanter Frédéric Mistral.
Ah ! Si Stellio avait pu choisir N’a qu’un œil de Cladel ! Mais la notoriété du Qurcy n’a rien à voir avec celle du Périgord ! J-P Damaggio
P.S. Sous la photo de Stellio Lorenzi, une aquarelle qui représente Eugène Le Roy, de José Correa, issu du livre Sur les traces des illustres en Périgord
En souvenir de Stellio Lorenzi :
«L’Humanité, Vendredi, 28 Septembre, 1990
UNE VIE DE DROITURE
UNE cérémonie religieuse à la mémoire de Stellio Lorenzi aura lieu le mardi 2 octobre, au temple protestant du Vézinet (1 route du Grand pont, qui fait l'angle avec le boulevard des Etats-Unis). Depuis l'annonce de la disparition de notre camarade, les témoignages d'affliction ne cessent de nous parvenir. On en lira plusieurs dans la colonne ci-contre, mais il convient sans doute de réserver un sort particulier à la déclaration de Claude Pondemer, premier secrétaire de la fédération communiste des Yvelines, uni à Stellio par les liens d'une amitié fervente, qui a fait parvenir à Mme Lorenzi la lettre suivante:
«Madame,
«La disparition de Stellio me peine profondément. Nous nous connaissions depuis plus de vingt ans et je crois pouvoir dire que nous avions l'un pour l'autre une grande amitié. Des multiples conversations que j'ai eu avec lui, je retiens tout autant le rayonnement intellectuel et la rigueur de son engagement artistique que son profond attachement à son Parti.
«Créateur de très grand talent, d'une sensibilité et d'une érudition hors du commun, il était fier -et dois-je le dire, nous avec lui- que ses inoubliables réalisations télévisuelles soient parmi les plus appréciées et les plus aimées des gens.
«Passionné d'histoire, il savait mieux qu'aucun autre traduire la soif de justice, l'esprit de solidarité, les sentiments de révolte dont notre peuple est pétri, et qu'il ressentait lui-même intensément.
«Touché comme nous tous par les événements internationaux qui questionnaient son idéal communiste, il restait sincèrement et profondément attaché aux idées, qui très jeune avaient enflammé ses élans de générosité, ses impatiences de bonheur pour les hommes, pour tous les hommes.
«Stellio était honnête et droit. Ses colères étaient à la hauteur de l'attachement indéfectible à notre commun combat. Nous perdons un camarade de grande valeur. Je perds un ami exigeant, qui restera pour moi un exemple et dont je garderai un affectueux souvenir.
«Je vous présente, au nom de la fédération des Yvelines du Parti communiste français, et en mon nom personnel, à vous et à vos enfants, nos condoléances les plus attristées.»
Dans une autre famille d'esprit, l'écrivain André Castelot, qui oeuvra longtemps avec Alain Decaux au côté de Stellio pour la prestigieuse «Caméra explore le temps», révélait en substance, hier matin sur France-Inter, que les autorités de l'époque avaient proposé aux deux scénaristes d'accepter qu'on balance le communiste Lorenzi pour continuer. «Nous avons refusé. Il en était l'âme».
Quant au réalisateur Jean-Pierre Marchand, il nous a déclaré au téléphone: «J'ai rencontré Stellio lorsque j'étais assistant stagiaire et lui premier assistant au cinéma. Le bruit courait qu'il avait la télé au pied de son lit. Cela nous plongeait, jeunes assistants de cinéma, dans la plus profonde incrédulité! Il a joué un rôle essentiel à la télévision, imposé un style d'écriture inspiré de l'écriture cinématographique, aidé à la naissance de jeunes talents. C'était mon ami.
«Chacun connaissait son caractère qu'on jugeait parfois insupportable, qui révélait en fait toute sa force. J'ai cru pour la première fois à la télévision en allant le voir sur le tournage en direct de «Montserrat». C'était tout à fait extraordinaire, parce qu'il adaptait au direct des techniques que l'on croyait réservées au cinéma. Pour lui, c'était un véritable combat, auquel il a rallié des techniciens, des réalisateurs...»
Fernande Alphandéry, qui traita pendant de longues années de la télévision dans notre journal et qui assista aux balbutiements de ce «media» dans notre pays, a tenu à nous dire ceci: «Pour moi, qui le connaissais depuis plus de 35 ans, sa disparition évoque deux images: d'abord les réunions du jury du Prix de la Critique où, année après année, nous avions envie de décerner notre Prix à celui qui l'avait reçu le premier et pour qui, en fait, il avait été créé en 1955. Mais je pense aussi et surtout aux réunions de notre cellule de la télévision où il témoignait d'autant d'ardeur, de passion et de sérieux que sur les plateaux. Parfois le travail l'éloignait, mais dès que la situation l'exigeait, en 1958 par exemple, il revenait combattre en première ligne, galvanisant toutes les volontés.»
Par ailleurs, Henri Krasucki a envoyé un message à Mme Lorenzi. »

