Noël Arnaud et les situationnistes
Noël Arnaud n’est présent que deux fois dans le Bulletin central édité par les sections de l’Internationale situationniste : le n°2 en positif et le n°8 en négatif. Le plus souvent la vie de Noël Arnaud a été celle d’un dissident affiché, d'un adversaire des orthodoxies.
Voyons les faits :
Bulletin central édité par les sections de l’Internationale situationniste, Numéro 2
Décembre 1958 — Directeur : G.-E. Debord, 18 novembre 1958
« Suprême levée des défenseurs du surréalisme à Paris et révélation de leur valeur effective
LA QUESTION : « Le surréalisme est-il mort ou vivant ? » avait été choisie pour thème d’un débat du « Cercle ouvert », le18 novembre. La séance était placée sous la présidence de Noël Arnaud. Les situationnistes, invités à se faire représenter dans le débat, acceptèrent après avoir demandé, et obtenu, qu’un représentant de l’orthodoxie surréaliste soit officiellement invité à parler à cette tribune. Les surréalistes se gardèrent bien de prendre les risques d’une discussion publique, mais annoncèrent, parce qu’ils croyaient à tort que la chose était davantage à leur portée, qu’ils saboteraient la réunion.
Au soir du débat, Henri Lefebvre était malheureusement malade. Arnaud et Debord étaient présents. Mais les trois autres participants annoncés sur les affiches s’étaient dérobés en dernière heure pour ne pas affronter les épouvantables surréalistes (Amadou et Sternberg sous de pauvres prétextes, Tzara sans explication).
Dès les premiers mots de Noël Arnaud, plus de quinze surréalistes et supplétifs, timidement concentrés dans le fond de la salle, s’essayèrent dans le hurlement indigné, et furent ridicules. On découvrit alors que ces surréalistes de la Nouvelle Vague, brûlant d’entrer dans la carrière où leurs aînés n’étaient plus, avaient une grande inexpérience pratique du « scandale », leur secte n’ayant jamais été contrainte d’en venir à cette extrémité dans les dix années précédentes. Entraîneur de ces conscrits, le piteux Schuster, directeur de Médium, rédacteur en chef du Surréalisme même, co-directeur du 14-Juillet, qui avait cent fois montré jusqu’ici qu’il ne savait pas penser, qu’il ne savait pas écrire, qu’il ne savait pas parler, pour ce coup a fait la preuve qu’il ne savait pas crier. »
Dans le bulletin de janvier 1963 , parmi les dissidences situationnistes est évoquée la naissance de Situationist Times :
« En même temps paraissait en Hollande une petite revue nashiste toute vide, intitulée Situationist Times, qui a cette particularité d’être uniquement «situationniste» en ceci qu’elle est dirigée contre l’I.S., la foule de ses collaborateurs occasionnels n’ayant jamais été situationnistes et ne pensant même pas à s’en vanter ; à l’unique exception d’un des deux directeurs, qui a passé dix-huit mois dans l’I.S. et en parle d’abondance. L’autre directeur n’est rien de mieux que Noël Arnaud, ressorti de sa tombe stalino-pataphysique. Dans le reste de cette éclectique assemblée, sont mêlés un ex-lettriste et, à titre encore plus posthume, Boris Vian. »
Le terme de « revue nashiste » fait référence au dissident scandinave Nash.
L’expression pour Noël Arnaud n’est pas des plus sympathiques. Est-ce à dire qu’en tant que défenseur de la pataphysique Noël Arnaud est devenu un dissident ? Quant au terme de stalinien, il a du amuser Noël et ses amis.
La revue Situationist Times a été publiée en anglais à partir de 1962, par Jacqueline de Jong. Six numéros paraîtront entre 1962 et 1967, les deux premiers sont co-édités avec Noël Arnaud, les numéros 4 et 5 s’articulent autour d’une thématique. En fait Noël Arnaud est fortement lié à Asger Jorn qu’il admirera jusqu’à la fin de sa vie (voir La langue crue et la cuite publié en 1968). Jorn qui rejoindra la pataphysique quand il en fait la critique dans le n° 6 de l’Internationale situationniste.
Jacqueline de Jong est une plasticienne néerlandaise dont l’œuvre entière bénéficie en ce moment d’une exposition aux Abattoirs de Toulouse. J-P Damaggio