Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vie de La Brochure
27 décembre 2018

Ile Maurice : la surpopulation

Lehembre

Au cours de années 70-80 le thème de la surpopulation de l’île était très en vogue. La surprise vient du fait que la surpopulation était dénoncée par ceux qui en profitaient ! Dans son livre de 1984, sur l’île Maurice, Bernard Lehembre explique parfaitement bien le phénomène. Je retiens seulement un élément.

Les riches planteurs de canne à sucre, surtout Franco-mauriciens, bénéficiaient de la surpopulation. Ils pouvaient peser sur les salaires et ils la rendaient plus évidente puisqu’ils empêchaient le développement d’une agriculture adaptée aux besoins de la population, au nom de la monoculture du sucre. Mais alors pourquoi la dénoncer d’autant que la seule solution c’était l’émigration des Mauriciens vers l’Europe ou l’Australie et les départs concernaient surtout les ouvriers qualifiés qui ensuite manquaient dans les usines sucrières ?

A l’île Maurice, l’histoire est encore moins linéaire qu’ailleurs car c’est le lieu où s’affrontent les «mœurs» anglaises et les «mœurs» françaises. Pour maintenir leur pouvoir les autorités britanniques, dans les colonies et en métropole, ont développé et développent la lutte entre communautés. Action d’autant plus facile à l’île Maurice où les communautés sont nombreuses et puissantes et le refus du contrôle des naissances allait dans ce sens..

Inversement les autorités françaises ont prôné l’assimilation dans le cadre d’une unité nationale laïque visant à marginaliser les communautés au nom du bien commun.

L’histoire a voulu qu’à l’île Maurice les Franco-mauriciens appartiennent à une classe plutôt riche, les Noirs et les Hindous étant leurs serviteurs. Avec l’Indépendance, la loi du nombre a fait que les Hindous sont devenus politiquement la classe dominante et la dénonciation de la surpopulation, c’était surtout pour limiter le développement de telles communautés.

Les Franco-mauriciens ont donc fait passer les intérêts politiques avant les intérêts économiques car leurs intérêts économiques avaient une dimension politique certaine vu l'importance pour eux des exportations.

Or, à l’île Maurice comme ailleurs, quand les moyens économiques de la population augmentent, le taux de natalité baisse donc la surpopulation se ralentit et aujourd’hui le thème est nettement moins présent. J-P Damaggio

 

Le journal Le Monde a rendu compte du livre de Bernard Lehembre en août 1984 :

L'ILE MAURICE... Un point minuscule dans l'océan Indien, au large de Madagascar et non loin de la Réunion. C'est l'ancienne île de France de Paul et Virginie, cédée aux Anglais en 1814, indépendante depuis le 12 mars 1968, et membre du Commonwealth. Vogue aussitôt l'imagination vers une terre fertile où tout serait parfum, beauté, volupté, couchers de soleil flamboyants et cocotiers en technicolor, sur fond d'ambre et de corail.

Mais l'île Maurice ne se réduit pas à cette gravure exotique. L'océan sillonné jadis par les vaisseaux de la Compagnie des Indes, puis par les corsaires français, est redevenu le cœur du monde. Au sud du détroit d'Ormuz s'affrontent les intérêts stratégiques des grandes puissances, qui étouffent la plupart des aspirations des peuples de cette région. Les produits pétroliers se sont substitués aux épices sur les routes maritimes. Et l’Ile Maurice, jadis peuplée d'esclaves importés, puis de coolies indiens sous l'administration britannique, s'est muée malgré elle en terre d'émigration.

De cette île attachante, de sa population, de sa société pluriculturelle, nul ne pouvait mieux parler que Bernard Lehembre, chercheur en sciences sociales, journaliste à ses heures et surtout militant de la cause mauricienne en France. Dans un ouvrage d'une haute tenue et d'une très grande érudition, il s'est livré à un véritable travail d'historien, mais en professant que l'histoire de cette terre lointaine se confond avec celle de son peuplement.

L'auteur montre les mécanismes de l'exploitation colonialiste, le développement de la canne à sucre. Il évoque les heures chaudes de l'indépendance et les rapports, toujours ambigus, avec la France. Il consacre un long chapitre à la malaria, qui fut, rappelle-t-il, un élément très important de la domination blanche sur les camps des coolies indiens. L'éradication de la malaria — « décision politique qui bouleversa l'ordre colonial » — engendra les campagnes racistes de l'oligarchie des planteurs et aboutit au mythe de la surpopulation de l'île. Le rejet du programme de birth control envisagé depuis Londres n'avait-il pas pour cible principale la communauté indo-mauricienne, numériquement majoritaire ? Il visait, selon l'auteur, à enrayer le processus institutionnel de l'indépendance.

Les derniers chapitres abordent le « racket de l'émigration ». Si le pouvoir politique mauricien de ces dernières années s'est montré plus discret que naguère en la matière, conclut Bernard Lehembre, il lui faudra tout de même «beaucoup de courage et de probité pour ne pas succomber à la tentation de proposer encore l'émigration à ses ressortissants comme solution à la crise et aux difficultés du moment ». JEAN BENOIT.

Commentaires
Vie de La Brochure
Archives
Newsletter
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 1 091 264