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Vie de La Brochure
29 décembre 2018

Les gilets jaunes et Jacques Bidet

Jacques_Bidet_et_les_gilets_jaunes

 C’est par le blog de René Merle que j’apprends l’existence d’un article de Jacques Bidet sur la leçon des gilets jaunes aux gilets rouges. (je le donne en lien et en entier car souvent au bout d'un moment les liens ne fonctionnent plus.

 Je lis depuis longtemps Jacques Bidet et j’apprécie ses efforts de philosiphe marxiste mais son texte présente quelques limites. Avec René Merle je confirme les limites de cette proposition :

« L’idée est simple, et certains la mettent en avant depuis 2012. Ce que ne peuvent ni la forme «parti», ni la forme «mouvement», l’une menacée de sclérose bureaucratique, l’autre de dérive charismatique, seule le peut la forme «collectif». »

C’est bien avant 2012 que la proposition de collectif circule ici ou là et je l’ai toujours combattu ! Après la victoire au référendum de 2005, les collectifs mis en place ont été manipulés par les organisations politiques. Je les ai abandonnés dès septembre 2005 car il était entendu que la question de l’élection présidentielle de 2007 serait contournée alors que tout indiquait qu’elle ferait exploser les dits collectifs ! Et l’explosion fut telle avec un éparpillement sans nom (Besancenot, Buffet, Bové), qu’est né ensuite le Front de gauche pour éviter ce mal. Mais entre les collectifs de base et les combinaisons de sommet ce ne fut jamais clair.

Concrètement depuis huit ans nous nous opposons dans mon secteur, à un projet de LGV et il y a eu d’abord un collectif que j’ai tout fait pour le changer en association loi 1901. Car ce type d’association est ce qu’il y a de plus démocratique si on ne la transforme pas… en collectif.

La conclusion de Jacques Bidet démontre qu’il n’a pas suivi ou pas compris le phénomène gilets jaunes :

« Ce n’est qu’ainsi que pourra naître, aujourd’hui en France, une grande force politique populaire, diverse et cohérente. Et ce peuple d’ouvriers et d’employés, de chômeurs et d’indépendants, ce grand nombre dont les gilets jaunes sont l’image et le symbole, et qui s’est révélé si «politique», pourra peut-être y reconnaître les siens.»

Le combat des gilets jaunes est syndical et non politique ! Bien sûr tout combat syndical a une dimension politique et c’est vrai du combat des gilets jaunes mais il faut clairement comprendre que le politique (au sens de participation aux élections) c’est la course au pouvoir et il divise. Si le syndicalisme est devenu si malade c’est qu’on lui a inoculé le virus de la course aux élections professionnelles.

J’ai été membre du syndicat des instituteurs quand il regroupait toutes les tendances et il pouvait dicter sa loi. Appartenant à la tendance Unité et Action je pensais que la combat dirigé par la tendance Unité Indépendance et démocratie (UID) était trop mou mais la division qui va s’en suivre fera que la tendance Unité et Action, par l’intermédiaire du SNUipp et de la FSU deviendra majoritaire mais pas plus puissante pour autant ! Il me semble que la FSU pourrait faire ce constat. Or la division est née surtout du désir d’UID de pouvoir s’inscrire dans une confédération, le gouvernement ne discutant qu’avec les confédérations, d’où la naissance de l’UNSA.

 Plus que les partis politiques c’est aux syndicats à tirer des leçons des gilets jaunes. Mais en même temps il appartient aux gilets jaunes de tirer les leçons des combats syndicaux. Quand j’entends le gilet jaune politique Hayk Shahinyan dire que les gilets jaunes ont obtenus plus que les partis politiques depuis des annes, pour justifier son souhait de créer un parti politique, il se trompe.

 Si les gilets jaunes veulent durer sur le long terme, qu’ils laissent aux politiques leurs problèmes pour s’organiser en dehors d’eux. Après les présidentielles Mélenchon a pensé que sur la loi travail il était si fort qu’il pourrait déclencher un mouvement populaire et les dirigeants de la CGT ont crié au scandale car on marchait sur leur plate-bande. Devant l’échec de l’opération (pour les uns et les autres), quand est venue la lutte des cheminots, Mélenchon a décidé de se faire plus petit, et l’échec est resté général. Ne le nions pas, les manifestations contre la loi travail ont rassemblé plus de monde que les gilets jaunes mais, au nom de l’unité syndicale (unité des chefs), la base a dû se plier aux consignes nationales et a perdu toute créativité. L'échec de la lutte des cheminots devait sonner le glas de la lutte sociale ont expliqué les dits syndicats...

 Pour conclure un point sur la question classique, celle des médias. Les gilets jaunes ont eu plus de place dans les médias que les syndicats pour deux raisons : il y a eu une véritable explosion populaire… qu’il fallait manipuler en mettant en avant la violence des uns, et le désir de parti politique des autres. L’article de Jacques Bidet sur Libération ne pouvait échapper à ce cadre fixé par le journal. D’une part la photo d’illustration sur internet et celle de Barnaba tenant un porte-voix (le politique des gilets jaunes) et de l’autre le titre, qui est toujours le fait des titreurs du journal, fait référence à des gilets rouges qui n’existent pas dans l’article ! Le titre aurait pu être : la leçon des gilets jaunes à la gauche populaire. Au début du mouvement, pour le dénigrer, certains ont présenté un gilet vert avec dessus les «bonnes» revendications. Libération avec les gilets rouges joue le non sens. Et sur le point des revendications terminons pas le mot qui commence l’article de Jacques Bidet :

« La «gauche populaire», appelons ainsi celle qui s’est retrouvée sur le vote Mélenchon à la présidentielle de 2017, a vu les gilets jaunes reprendre une bonne part de ses revendications. Et pourtant elle n’en ressort pas revigorée.»

Erreur : le point de départ de la lutte a concerné l’automobiliste et si ensuite les revendications se sont élargies n’oublions pas la nature du point de départ. La gauche populaire et les syndicats s’adressent d’abord et avant tout aux salariés. Les gilets jaunes ne font pas de différence entre chômeurs et salariés, actifs et retraités, jeunes et vieux et la forte présence des femmes tient aussi au fait qu’elles ont peu de place dans les syndicats.

J’en conviens j’aurais dû braquer mes commentaires sur l’observation décisive et si juste de Jacques Bidet : Et pourtant elle n’en ressort pas revigorée.

J-P Damaggio

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