Indignés espagnols et gilets jaunes français
Je m’étonne qu’à ma connaissance aucune comparaison n’ait été fait entre les deux mouvements. Bien sûr les contextes sont différents déjà par le fait qu’en 2011 l’Espagne n’avait pas une extrême-droite pesant globalement 20% de l’électorat. Il existe cependant beaucoup de similitudes. Rappelons que le mouvement a donné lieu à une occupation des places (en guise de ronds-points) à partir d’un très vaste mouvement spontané né de facebook.
Les manifestations du 15 mai 2011 rassemblent des centaines de milliers de manifestants, dans une centaine de villes. Le 19 juin ce sont un million de personnes dans soixante villes (sur la photo).
Le mouvement a continué d’avoir son site internet actif jusqu’en 2016 avec un appel international à occuper les places le 15 mai 2016.
Les points communs : le côté global des participants (jeunes, vieux, chômeurs, travailleurs, retraités, hommes, femmes etc.) ; et les revendications : réformer le système économique et financier, lutter contre l'austérité, lutter contre la corruption, réformer les systèmes politiques, faire une révolution citoyenne, donner une place médiatique aux citoyens, exiger et créer de véritables démocraties. L’appui de facebook, twetter, et youtube a été à la base de l’organisation. C’est un appel lancé le 1er mai 2011 qui a mis le feu aux poudres. Le mouvement a eu des répercussions dans le monde entier et Nuit debout en France, qui viendra plus tard, s’est situé dans la foulée. La répercussion fut telle que le 3 août 2011, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad déclare que l'existence de mouvements tels que celui des « indignados », en Grèce, en Espagne et dans beaucoup de pays occidentaux et la répression que ces mouvements subissent, montre le manque de démocratie en Europe ! Comme aujourd’hui quand le président de l’Egypte explique que ce sont les frères musulmans qui sont à l’origine des Gilets jaunes !
Les points de différence : C’est une plateforme internet qui a pu coordonner l’action globale et locale. Mieux que facebook ? Oui car la coordination a pu se faire, par exemple par l’organisation de marches à travers le pays, par la confrontation entre ce qui se faisait à Madrid, Barcelone, Séville et ailleurs, une confrontation nécessaire dans un pays aux fortes autonomies régionales. En France, pays communal, chaque coin s’active sans se soucier du voisin ! Bien sûr à Montauban on réfléchit à ce qui se fait à Toulouse mais pas à Carmaux ou à Auch et presque pas à ce qui se passe à Valence d’Agen… La contestation de toute forme de violences a été plus ferme. Le mouvement était clairement de gauche contre la droite au pouvoir quand en France il mêle tous les courants. Enfin, en Espagne il est né au cœur de la crise économique financière qui est nettement moins à l’ordre du jour.
En France, Jean-Luc Mélenchon a encouragé le mouvement, et a déclaré que le Front de gauche était la solution que les Indignés recherchent, alors que ces derniers critiquaient justement les partis politiques et se prémunissaient contre la récupération.
Le mouvement des Indignés a finalement contribué à la réélection de la droite (le 20 novembre 2011 Rajoy obtient 44,6%) et suite à ce fait, une partie du mouvement est entré en politique pour préparer les européennes, avec Podemos, à partir de janvier 2014 quand les Indignés n’avaient plus d’existence réelle. Les dirigeants sont issus des médias mais de médias alternatifs qui, d’ailleurs, sont un peu à l’origine, pour les contrer, de chaînes en continu. Un autre parti avait tenté de naître auparavant le Parti du futur.
J-P Damaggio
