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Vie de La Brochure
16 janvier 2019

Les gilets jaunes et les pouvoirs

Quand j’étais jeune j’ai découvert un lieu commun : « Vous les militants du PCF vous êtes dévoués, généreux, efficaces mais vous avez des dirigeants nuls ». Puis, devenu syndicaliste, j’ai entendu le même propos. Petit à petit, le discours s’est généralisé : le peuple d’un côté doté de toutes les qualités, et de l’autre les élites porteuses de toutes les perversions. D’où cet autre lieu commun : le pouvoir pervertit !

Je n’ai jamais été convaincu par cette distribution des rôles : le pouvoir n’est pas une question de personnes même s’il faut des personnes pour l’exercer. En ce moment le PDG de Renault est en prison et pourtant l’entreprise fonctionne normalement donc on aurait la preuve que le PDG ne sert à rien.

Cette question comme toutes les autres peuvent se lire à la lumière de la mobilisation gilets jaunes quand on vérifie aisément que le mouvement ne veut pas de chefs et a pourtant des chefs auto-proclamés… par les pouvoirs institués.

D’où la notion d’auto-organisation qui bouscule les schémas en place surtout chez tous ceux qi se méfient du spontanéisme..

 Reprenons le point de départ. Le PCF a eu son heure de gloire maximale en 1945, influence gagnée dans la Résistance à un moment où la direction du PCF était totalement marginalisée et où la créativité populaire a pu s’épanouir.

En fait, il existe dans le peuple ceux qui veulent se soumettre aux pouvoirs en place, et ceux qui veulent les contester. L’auto-organisation des militants entre 1941 et 1944 a pu capter l’appui du courant contestataire. Comme aujourd’hui les gilets jaunes captent ce même courant, au désespoir des détenteurs des pouvoirs les plus divers.

 Mais qui dans le peuple veut se soumettre aux pouvoirs les plus divers ? La coalition de ceux qui en profitent, de ceux qui espèrent en profiter (ils contestent le calife pour lui prendre sa place), et de ceux qui valorisent l’obéissance.

 Pour reprendre le point de départ il y a toujours eue au sein du PCF comme ailleurs, ceux pour qui obéir au pouvoir est la base, et ceux qui, contestataires de la société devenaient contestataires de la société communiste. Tous très dévoués sans porter le même genre de dévouement.

 Les gilets jaunes les plus motivés sont souvent ceux qui ont voté Macron en pensant que comme il le disait, il allait faire la révolution. Ils révèlent que TOUS les votes peuvent porter une part de l’esprit contestataire de la société, comme une part de l’esprit de soumission ! Et c’est vrai dans le monde des abstentionnistes dont certains ne se déplacent pas pour refuser le système, quand d’autres le font car ils acceptent globalement le système !

 Sauf que jusqu’à présent, je survole seulement la question du pouvoir en le présentant sous un forme générale, ce qui est une abstraction ! Le pouvoir d’un dirigeant syndical et d’un dirigent patronal quand ils s’assoient autour de la table de négociation n’est pas socialement de même nature !

 De part leur révolte, les gilets jaunes sont hors du monde économique pour seulement dénoncer le monde politique, à un moment où les pouvoirs veut faire croire que le monde politique a très peu de pouvoir face au monde économique. D’où le mal à l’aise du monde syndical ! Sommes-nous revenus en 68 avec le célèbre slogan : TOUT est politique ?

 La démocratie, terme que je n’ai pas employé jusqu’à présent, or il existe une différence considérable entre pourvoir démocratique et pouvoir non démocratique, rend le pouvoir politique beaucoup plus fragile que le pouvoir économique, donc il se défausse souvent : par exemple, le chômage n’est pas de la responsabilité du politique même si le politique peut intervenir. Et puis il y a les marchés…

 Nous sommes face à une surprise : l’auto-organisation du peuple est inexistante généralement dans le monde politique vu l’encadrement par les partis, mais très fortement présente dans le monde économique ! Là, j’entends des hurlements puisque s’il y a bien un endroit sans démocratie c’est à l’entreprise.

Prenons le créateur de facebook devenu rapidement un des hommes les plus puissants du monde, il est au départ l’effet d’une auto-organisation ! Je veux dire qu’il est l’effet de la créativité populaire. Et chez les puissants d’aujourd’hui ils sont très nombreux dans ce cas, suivant la pratique du self made man typique des USA ! Bien sûr que l’esprit ingénieux qui invente le petit Apple contre le géant IBM va très vite avoir besoin du soutien du grand capital mais il n’est pas le fruit du grand capital ! On découvre alors que le monde de l’économie est beaucoup plus ouvert que le monde du politique corseté par les pouvoirs en place.

 Mais comment les manifestants peuvent-ils crier le pouvoir au peuple sans le relais syndical ? Par l’effet d’une surestimation du pouvoir politique ? Les luttes de 68 ont eu une part forte dans les entreprises mais a-t-on pour autant changé le pouvoir à l’entreprise ? Nettement moins que ne le fait le capitalisme en bousculant les hiérarchies établies ! Et cerise sur le gâteau, le pouvoir politique a même été, au bout, remis en selle !

Par leur combat en direction des politiques, les gilets jaunes ne laissent pas les pouvoirs économiques en paix. Bien au contraire puisqu’ils démontrent que le politique doit faire plus et mieux pour cadrer, surveiller, contrôler les pouvoirs économiques. Dans les pays scandinaves l’écart de salaire entre le moyen inférieur et le moyen supérieur est de 1 à 20 et de 1 à 70 en France par le seul effet qu’il suffit d’un clic pour savoir les salaires des grands dirigeants. Imaginez qu’un seul clic ait permis de savoir le salaire de Chantal Jouano… Avantage qui permet aussi d’éviter les trucages fiscaux. Bref, il suffit d’une loi sociale de plus… Le système économique n’en sera pas bouleversé mais à force d’être sous surveillance il devra évoluer. Nous sommes dans une société où les lois visent surtout à surveiller les chômeurs quand il faut inverser l’ordre des choses. On a même vu un dirigeant de la CGT quitter son poste après la dénonciation dans la presse de son train de vie bien trop luxueux. Certains en ont déduit qu’il a été sous le coup d’un traître dans sa maison qui a donné l’info au Canard, alors qu’il suffirait d’un peu de transparence. En russe ils disaient la glasnot. Mais bon… J-P Damaggio

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