Grand débat : Informer et critiquer
Il devient de plus en plus difficile de distinguer l’information, de l’opinion. Et la révolte des gilets jaunes en est une évidente confirmation. Non que les médias maltraitent l’information (c'est connu) mais parce que les gilets jaunes en font autant, sauf que l’impact est différent.
Du côté des médias les plateaux télé sont devenus les champions du bavardage où tout et son contraire font bon ménage car l’expression du contraire accrédite celle du tout !
Après dix ans de lutte concrète contre un projet de LGV je peux dire que nous sommes quelques-uns à être concrètement vaccinés. D’un côté les autorités ont des informations sérieuses, mais de l’autre elles diffusent des mensonges conformes à leurs désirs. Le drame provient du fait qu’avec une telle pratique, les opposants sont poussés à aller dans le sens contraire et à user parfois de l’insulte en matière d’arguments.
Le Grand débat obtenu par les gilets jaunes qui ne le demandaient pas (ils demandaient de grandes décisions) est le sommet jamais atteint à ce point, de la fumisterie générale. La crise de notre démocratie ne réside pas dans l’absence de débats mais dans des décisions (et des absences de décisions) sans liens avec la dite démocratie.
Les gilets jaunes ont demandé l’abandon de l’augmentation de la taxe sur les carburants. Dans un premier temps le pouvoir démontre que cet abandon est impossible vu que les taxes sont là pour le bien de tous. Dans un deuxième temps les taxes sont reportées six mois en arrière. Dans un troisième temps elles sont reportées d’un an. Le simple citoyen constate que seul le rapport des forces intervient : qui va peser le plus, les lobbies ou les citoyens.
Mais pour qu’il intervienne faut-il encore connaître les tenants et les aboutissants sinon nous sommes sous le coup d’effets d’annonce. Et là arrive la question des médias. Il arrive que quelques émissions, articles, reportages, creusent sérieusement les sujets mais c’est l’exception.
Je ne sais si les intervenants des plateaux télés sont rémunérés mais dans tous les cas, le coût de C dans l’air n’a rien à voir avec le coût d’une heure de reportage à Envoyé spécial.
Parce que les chaînes d’info en continue doivent faire des heures d’émission politique elles compensent la quantité par une absence de qualité, et ce phénomène n’a rien à voir avec un accident de parcours.
Côté gilets jaunes, ils peuvent organiser une réunion importante à Montech sans produire nulle part le moindre compte-rendu comme si l’information était limitée aux participants. Facebook permet soit de relayer des infos venues d’ailleurs, soit de commenter en deux lignes ces mêmes infos mais très rarement le média en question produit sa propre information.
La version gilets jaunes 2018 a été efficace, et l’est beaucoup moins en 2019. En 2018 les projecteurs ont été braqués sur l’augmentation des taxes sur les carburants et plusieurs journaux ont alors creusé la question d’où il est ressorti que c’était une fumisterie et les gilets jaunes ont gagné.
Ensuite nous avons eu droit à un catalogue de revendications et au RIC, d’un côté la dispersion, et d’autre le recentrage. Toute revendication est noyée dans la masse et le RIC devient drapeau (une seule solution le RIC affiche un rond-point) alors qu’il est limité dans ses effets surtout face à l’urgence sociale. Plutôt que d’allonger le catalogue, il faudrait retenir deux points majeurs, afin de faire de l’information à ce sujet et obtenir satisfaction.
Suis-je en train de faire de la critique ? C’est là que le bât blesse. Je prétends surtout informer et faiblement opiner.
Quand le Grand débat tue l’information puisqu’elle n’est pas en lien avec une décision, à l’opposé on n’avance que des opinions puisqu’il n’y aura pas de décision.
Le Grand débat renvoie au grand déballage issu des revendications des gilets jaunes et ce faisant il fausse toute quête d’information.
Prenons un exemple : le 80 km/h.
Le pouvoir invente que c’est le meilleur moyen pour éviter des accidents. C’est un des moyens certes mais pas le seul : l’alcool au volant n’est pas en France sanctionné comme dans d’autres pays. On braque le projecteur sur des données 2018 en comparant seulement avec 2017 et pas avec 2016. Le nombre de morts a baissé, vive le 80 km/h. Si le nombre de morts avait augmenté il y avait eu l’autre variante : la destruction des radars à fait augmenter la vitesse cause de l’augmentation des morts ! Le pouvoir travaille à des situations où il a toujours raison !
Et qui plus est, il se sert de cette revendication comme moyen de détourner l’attention d’autres plus cruciales comme l’augmentation du SMIC.
Le Grand débat aurait pu prendre ce thème du pouvoir d’achat en promettant à la fin de décider en fonction des résultats du débat. Avec quatre thèmes précis il y aurait eu recherche d’informations et une discussion argumentée. JPD