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Vie de La Brochure
11 avril 2019

Le vrai jazz selon Hugues Panassié

Dès ses premiers contacts avec le jazz à la fin des années 1920, Hugues Panassié devient un obsédé du vrai jazz contre le jazz frelaté. La question deviendra polémique en 1945 quand il s’instituera en adversaire du free jazz, mais le free jazz n’en est pas la cause.

Pour faire court il y a eu dès le départ le jazz commercial et le jazz authentique. Aux USA, le pays par excellence où l’argent est la mesure de tout, que le commerce soit partout n’a rien de surprenant (la salsa connaîtra le même problème). Donc Hugues Panassié se réfère au jazz authentique, celui d’artistes qui jouent d’abord pour jouer entre eux, et avec le public. En 1975 à la Nouvelle Orléans ce jazz là existait toujours dans le Preservation Hall. Une vieille salle, où on entrait pour un prix modique et où des musiciens jouaient sans s’arrêter, des heures et des heures, devant un public assis parterre. Parfois un pianiste prenait la place d’un pianiste et le saxo aussi se faisait remplacer mais sans rien arrêter d’une musique permanente et de musiciens insensibles aux applaudissements très rares, sauf après quelques solos car il était rare qu’un morceau ait une fin.

Et Hugues Panassié avait un problème cette fois avec la France où la musique classique avait relayé le folklore au rang de musique folklorique avec tout le mépris qui s’en suivait. Les USA n’ont jamais connu cette fracture, le mouvement de la musique populaire était la source de la musique classique. Sauf qu’en passant par la France, le jazz gagnant des galons de musique classique, il pouvait revenir aux USA auréolé de gloire.

Je le reconnais humblement, en 1975 aux USA, j’étais plus sensible au folklore de la musique cajun qu’à celle du Preservation hall. A cause de l’accordéon bien sûr. Depuis Richard Galliano a réconcilié l’accordéon et le jazz…

 

Ceci étant pourquoi dire le vrai jazz ? Comme d’autres parleraient du vrai fascisme ? Ou n’importe quel équivalent ! Jusqu’à cet oxymore la vérité vraie comme s’il pouvait y avoir une vérité fausse ! Pour le fascisme il faudrait l’enfermer dans l’expérience italienne, comme le jazz enfermé dans le sud des USA.

En fait cette découverte du vrai permettait à Hugues Panassié de s’accrocher à sa conception de l’histoire du genre « c’était mieux avant ». C’était si bien avant que l’avant mérite de continuer toujours. Non l’esclavage des noirs n’étaient pas mieux mais tout de même… Sauf que dans l’avant il y avait en effet du mieux mais dans l’après aussi. Le face à face n’est pas entre hier et aujourd’hui mais au sein même de toute l’histoire entre soumission et révolution. J-P Damaggio

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