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Vie de La Brochure
6 août 2019

Jean-Bernard se souvient de Cladel en 1927

Jean-Bernanrd Passeriau a été un fidèle de Cladel. Que faisait-il en Algérie à ce moment-là ? Je ne sais mais il ne pouvait rater l'inauguration du monument Cladel de son fils. J-P Damaggio

Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès 7 juin 1927

Au milieu du fracas des réceptions de l'aviateur américain Lindbergh, tout autre incident parisien est passé inaperçu et on a fait peu d’attention à l'inauguration, dans le jardin du Luxembourg, d'une belle statue du grand écrivain français Léon Cladel qui est mort, il y a trente sept ans déjà.

Ce monument qui est d'une belle tenue représente l'écrivain assis, caressant la tête d'un de ses chiens favoris ; il, est dû au ciseau de son fils Marius Cladel, dont le nom est déjà classé parmi les sculpteurs de talent et dont les œuvres au Salon ne sont jamais passées inaperçues.

La jeune génération ne connaît guère ce maître styliste, mais que connaît d'ailleurs la jeune génération ? Tous ceux qui ont suivi le mouvement littéraire de la troisième République ont lu et admiré l'œuvre de Léon Cladel qui présentait ce caractère particulier d'avoir des opinions républicaines très avancées et d’écrire pour une élite. Par son genre, il peut être comparé à Barbey d'Aurevilly qui ne craignait pas d'ailleurs de manifester son estime toute particulière, lui, royaliste et catholique pour ce rouge et ce libre penseur.

Apprécier l’œuvre considérable de ce romancier des ruraux est à peu près impossible dans de courtes notes de journal. Il faudrait un volume. Tout jeune, j'avais connu le robuste écrivain et quand il publia en librairie un de ses romans «Pierre Patient » il demanda au débutant que j'étais d'écrire la préface de cette œuvre étrange mettant en scène un ouvrier républicain se donnant la mission de châtier un tyran.

Longtemps et pour des raisons de principes, répugnant à s'embrigader, il avait refusé de faire partie de la « Société des Gens de Lettres ». Je parvins à le convaincre de l'utilité de ce groupement de solidarité et il me pria d'être son parrain, l'autre qu'il choisit fut son ami Alphonse Daudet. Une fois admis et avec quelle joie par les membres du Comité, Léon Cladel et moi fûmes les parrains de deux autres écrivains de marque quoique d'un talent bien différent : Benoit Malon le célèbre socialiste, et Hector France qui est lui aussi un peu oublié et dont les œuvres, d'une réelle puissance, méritent d’être relues et conservées.

Puisque j'égrène en, courant ces souvenirs personnels je ne peux oublier que lorsque me mariant, Bagnères-de-Luchon, un 4 Janvier, en plein hiver, Léon Cladel quoique de santé délicate, n’hésita pas à quitter sa jolie villa de Sèvres pour venir me servir de témoin. Ce sont des souvenirs dont je suis fier et, à distance, un peu ému. Tel il était, tel on le retrouve dans la belle statue qu'a sculptée son fils, un des bons élèves de Bourdelle, avec un talent bien personnel et une piété filiale. Léon Cladel est ressemblant au possible et suivant une expression populaire, on dirait qu'il va parler.

M. Herriot, au nom du gouvernement, a prononcé un beau discours.

Rarement, ce ministre de grand talent lorsqu'il laisse la politique de côté avait été mieux inspiré. Il a très bien résumé le caractère de ce styliste de marque sans oublier ses qualités de cœur car Léon Cladel était foncièrement bon. Jamais hommage ne fut mieux mérité.

Pour ceux qui voudraient choisir dans son œuvre touffue on doit signaler quatre de ses livres qui sont des chefs-d'œuvre, on peut l’affirmer sans crainte « Le Bouscassié» « l’homme de la Croix aux Bœufs » « La fête votive de Saint Bartholomé Porte Glaive » et « Les va-nu-pieds ».

Avec ces volumes dans un coin de la bibliothèque, on est sûr de posséder une réserve pour les jours où, fatigués des fadaises et des vulgarités contemporaines, on voudra se débarbouiller l'esprit et se retremper dans les œuvres de beauté.

Pour terminer sur la note anecdotique laissez-moi rappeler une vieille enquête que je menais dans l'ancien « Evénement » d'Edmond Magnier, la première du genre, soit dit en passant comme voulait bien le rappeler hier un confrère. C'était en 1890, cela ne me rajeunit pas, j'avais posé à un certain nombre célébrités une question peu gaie mais alors d'actualité.

On venait d'inaugurer le Columbarium du Père Lachaise : « Que préférez-vous disais-je ? Être enterré ou incinère ? »

Alphonse Daudet, Armand Sylvestre, Henri de Bornier, Auguste Vacquerie, Jules Claretie se prononçaient pour l'inhumation à l'ancienne manière.

Léon Cladel se montra partisan de l'incinération.

Voici sa réponse :

« Quelle question ? Eh bien tenez voici : « Brûlé mais à la condition que mes cendres aillent rejoindre celles de ma mère et des enfants que j’ai perdus dans la terre dans laquelle ils sont inhumés....» « Léon Cladel ».

Sa mère est enterrée au Père Lachaise et quand le grand écrivain mourut on ne l'incinéra pas et on l'enterra également au Père Lachaise à côté de sa mère où il repose toujours.

J.-B.

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