Andrée Viollis une écrivaine marquante dès 1900
Andrée Françoise Caroline Jacquet, dite Andrée Viollis, née le 9 décembre 1870 aux Mées, morte le 9 août 1950 à Paris, est une journaliste et écrivaine française. Figure marquante du journalisme d'information et du grand reportage, militante antifasciste et féministe, elle a été plusieurs fois primée et s’est vue attribuer la Légion d’honneur.
La Fronde 8 mars 1900
A la fin d’un compte-rendu d’une réunion de la ligue français pour le droit des femmes est évoquée la causerie d’Andrée Téry qui n'a pas encore 20 ans !
La parole est maintenant à la conférencière, Mme Andrée Téry, qui, après nous avoir tous intéressés dans la Fronde, nous charme dans cette causerie élégante et fine et pourtant simple, familière, qui gagne tous les esprits, et dont le sujet était : Celles qu’on n’épouse pas.
Mme Téry pose cette question :
Pourquoi les hommes du monde n'épousent-ils pas des femmes qui travaillent. Et des nombreuses réponses qui lui arrivent, elle tire cette conclusion, qui est la seule expression de la vérité ; c’est pour les hommes affaires de vanité ; ils ne veulent pas paraître avoir besoin du travail de leur femme, et c’est aussi comme le dit Mme Daniel Lesueur, «que dans notre pays démocratique le travail est méprisé ; le travail manuel est une tare pour l’homme, et le travail quel qu'il soit une tare pour la femme ».
Comme dans les cités antiques, nous avons encore l'homme libre et l’esclave, le travail servile et les professions libérales.
Nos gouvernants ne se sont-ils pas les artisans de ce mépris en interdisant aux officiers, aux hauts employés des administrations d'épouser des femmes sans dot, même si elles ont des appointements qui équivalent à la dot..
Quant aux institutrices, certaines savent comprendre la valeur morale du travailleur, mais elles n'osent pas toujours braver le préjugé, ou bien l'ouvrier n’osera pas songer à l’institutrice.
Et voilà pourquoi M. Colly, le sympathique conseiller municipal du XIIème arrondissement, propose cette originale solution, c'est que la jeune fille puisse montrer son sentiment, exprimer sa préférence, en un mot offrir sa main.
L'enquête reste d'ailleurs ouverte, et notre gracieuse conférencière, à qui la plume est aussi légère que la parole est charmeuse, nous promet une suite a cette étude si intéressante. En tout cas, c’est le sentiment unanime de l'assembles qu'a rendu la présidente en remerciant Mme Andrée Téry, à qui l'on sait gré d'avoir montré que le travail est sain, qu’il élève en intelligence et en moralité, et que le seul moyen de détruire les erreurs et les préjugés chez les jeunes gens et les jeunes filles, c'est de les habituer à travailler ensemble à devenir des hommes, et des femmes. Elle conclut en un mot à la co-éducation. MARIE BONNEVIAL.
