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Vie de La Brochure
23 novembre 2019

Maurice Lemoine et le Nicaragua

 

maurice Lemoine Rosndo Li

Il nous est arrivé d’inviter Maurice Lemoine à Montauban d’où le dessin de Rosendo Li. Il est un grand connaisseur des mouvements sociaux d’Amérique latine et particulièrement de l’Amérique centrale et du Venezuela.

Il était donc naturellement aux côtés des Sandinistes pour fêter le 40 ème anniversaire de leur victoire et il en ramène un long plaidoyer en faveur de Daniel Ortega.

Maurice Lemoine n’est pas un dogmatique, il sait voir quelques erreurs du système pour prouver sa largeur d’esprit mais au final il défend un système que je qualifie pour ma part de dictatorial.

Essayons de suivre sa démarche qui l’a conduit à travers le pays à la rencontre de jeunes sandinistes donnant leur version du soulèvement d’avril 2018.

Maurice Lemoine reconnaît qu’il s’est produit suite à une décision du gouvernement de baisser les retraites (sans dire que c’était pour appliquer une décision du FMI comme en Equateur). Oui, mais aussitôt après Ortega a retiré sa mesure sauf que les révoltés sont allés plus loin. Quand en Equateur Lenin Moreno provoque une révolte suite à une hausse du carburant, puis recule aussitôt après, la situation se calme aussitôt. Là on célèbre la victoire populaire. Mais pas au Nicaragua car les révoltés ont décidé de demander plus.

Pour résumer Lemoine, ces révoltés ont été manipulés par la droite ou par l’extrême-droite et s’ils se désignent auto-convoqués le mot est mis entre guillemets.

Quel est le cœur de la question ? Le bilan du régime :

«Depuis leur retour au pouvoir, et même s’ils n’ont pas fait de miracle (dépourvu de ressources stratégiques, le Nicaragua demeure un pays pauvre), les sandinistes n’ont pas à rougir du travail accompli. Sans entrer dans une analyse exhaustive, on mentionnera en vrac l’avancée spectaculaire dans les campagnes de l’eau et de l’électricité (une énergie renouvelable à 70 %) ; l’octroi de plus de 138 000 titres de propriété (dont 55 % à des femmes) ; la réduction de la mortalité infantile (de 90 à 50 pour 100 000) ; la construction de dix-huit nouveaux hôpitaux ; la gratuité de l’éducation et de la santé ; une administration plus efficace ; une nouvelle loi fiscale introduisant le concept de «progressivité» ; la construction ou l‘amélioration de 900 kilomètres de route (permettant, pour la première fois, la possibilité de rejoindre par la terre la région caraïbe) ; une batterie de programmes sociaux – «Tous avec toi», «Les rues pour le peuple», «Usure zéro» (prêt solidaire à des femmes pour la création de petites entreprises), l’alimentation pour les enfants des écoles, les «paquets scolaires» (cahiers, crayons, règles, etc.) la promotion et la défense de l’économie populaire avec, pour principal résultat, la souveraineté alimentaire du pays.»

 Si Maurice Lemoine était allé en URSS en 1970 il aurait ramené un bilan équivalent. Des titres de propriété donnés à qui ? Le régime est basé sur le clientélisme. La mortalité infantile ? Si on regarde les chiffres internationaux de 2010 à 2016 il est resté stable. Pas un mot sur le projet pharaonique de construction du canal qui a été le premier élément d’une révolte populaire dans le sud.

Maurice Lemoine ajoute : «Il ne s’agit pas d’une politique «révolutionnaire» au sens propre du mot. Comme il l’a fait avec l’Eglise, le pouvoir entretient des relations non conflictuelles avec le patronat. Sans toutefois cesser d’accompagner les revendications syndicales. On retrouve là le pragmatisme qui a toujours caractérisé la pratique d’Ortega et des siens.»

Faire plaisir aux patrons et aux syndicats, c’est du pragmatisme ? Un miracle vous voulez dire !

Mais puisqu’il est question de l’église observons que si en effet le Nicaragua est très catholique Ortega est passé d’une alliance avec le catholicisme de gauche a une alliance avec les autorités qui ont tout fait pour éliminer ce catholicisme de gauche, d’où des lois anti-avortement les plus dures du monde ! Il n’y a pas besoin d’être un pays avec des richesses stratégiques pour instaurer une telle loi ! Sauf qu’à présent l’église ayant soutenu en partie la révolte d’avril 2018 voilà qu’Ortega fait alliance avec les Evangélistes ! Et si demain il est renversé, on montrera du doigt les méchants évangélistes qui viennent de contribuer nous dit-on à la chute de Moralès en Bolivie !

 Sur la tribune de la Fête de la Révolution Ortega a fait venir les évangélistes :

«Enfin, l’invitation de Bolainez et surtout Drollinger relève d’une partie de billard à trois bandes : Ortega envoie un message aux évangélistes, dont l’essor affaiblit les prélats de l’Eglise catholique, et tente en même temps de tendre un pont vers Washington, qui a placé le Nicaragua, avec Cuba et le Venezuela, dans une aberrante « troïka de la tyrannie ». »

Je vous dit, un astucieux, ce Ortega prêt à tout pour garder le pouvoir pour lui et sa femme ! Et comment ne pas rendre hommage aux astucieux ?

 Ce que j’aurai voulu c’est qu’il nous dise les revenus des jeunes sandinistes qui dénoncent les révoltés d’avril 2018. Les dictatures aiment s’entourer d’une cour de jeunes à sa botte !

 Mis revenons au comptage des morts de la révolte qui sont donnés à la fin.

« Pourtant, mise en place par le gouvernement, la Commission de la vérité, de la justice et de la paix (CVJP) estime elle à 220 les personnes mortes dans le cadre du conflit, parmi lesquelles 31 «autoconvoqués»,22 policiers, 48 sandinistes (dont 11 victimes de torture et d’assassinat) ; 140 des victimes seraient mortes en lien avec les «tranques», 106 par armes à feu (dont 27 lors d’échanges de tirs). On n’est pas obligé de croire le pouvoir sur parole. On ne peut pas non plus écarter a priori ses estimations.»

 Avant d’en arriver à ce total du gouvernement, Lemoine cite l’ensemble des faux chiffres des opposants. Les études les plus sérieuses avancent 328 morts du côté des manifestants et 28 du côté de la police. Dans ce petit pays ! Même en descendant à 228 on est dans une situation dramatique !

 Combien de communistes ont quitté le PCF quand ils ont découvert que les dirigeants ce parti avait sciemment menti au sujet de l’URSS, de la RDA etc ? Souvent ils sont restés communistes mais sans carte, parce que leur profonde honnêteté n’acceptait pas le mensonge d’Etat ! Oui, le PCF a eu cet «inconvénient», il touchait une population honnête ! L’assassinat de Trotsky par Staline était peut-être indispensable mais alors il ne fallait pas mentir sur le sujet mais justifier publiquement ! Et si j’écris que Staline était un dictateur aussitôt je suis rangé parmi ceux qui mettent un signe égal entre Hitler et Staline !

La gauche française aime les révolutions latino-américaines qui lui permettent d’une part, de mieux condamner les USA, et d’autre part de vivre par procuration des révolutions qu’elle ne sait plus faire en France. Donc il y a un face à face éternel entre la CIA et les Barbus de Castro. Le schéma est aussi classique que celui sur la grandeur de l’URSS : quand les révolutions réussissent gloire aux révolutionnaires, et quand ils échouent honte à la CIA. L’assassinat d’Allende sera la justification définitive de ce schéma. Pourquoi la si puissante CIA n’a pas empêché l’élection de Chavez, Lula, Bachelet, Correa, Ortega etc. Parce que les peuples furent plus forts qu’elle ? Mais alors comment la CIA a pu prendre sa revanche ? Car le plus souvent les gauches du monde lui donnent le bâton pour se faire battre. Comme l’URSS l’a fait bien avant !

De cet article ne retenez que cette justification de la pauvreté du Nicaragua après des années de gestion sandiniste : pays dépourvu de ressources stratégiques. Et le Costa Rica voisin où tant de Nicos rêvent d’aller travailler ? Et l’île Maurice tout aussi petite que le Nicaragua ? Et tant d’autres pays à travers le monde ?

Pour rappel je donne un article en espagnol de La Jornada dont l’auteur ne peut pas être accusé de liens avec la CIA où il faisait le portait de la situation au tout début de la révolte d’avril 2018 : effarant ! Oui, Ortega est un astucieux puisqu’il est encore au pouvoir une astuce mise à son service et si peu au service de son pays. J-P Damaggio

article_2_mai_2018_Nicaragua

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