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Vie de La Brochure
28 novembre 2019

Miramont, Bourg de Visa, révolte de 1848

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En 1848 au début de la Quatrième République un nouvel impôt est décidé : les 45 centimes. Il va susciter un peu partout des révoltes populaires. Des défenseurs de la République diront qu’elles sont instrumentalisées par les royalistes. Je reprends ici le cas étudié dans mon livre Dictature à la française (accessible en cliquant sur le lien Tarn et Garonne) car j’avais oublié cet élément pourtant plein de sens. Par la présence des femmes dans la révolte, par la solidarité villageoise, pour le fait qu’une fois de plus les autorités ne vont pas chercher l’argent là où il faut. J-P Damaggio

 

« En Tarn-et-Garonne, parmi les procès sur la question des révoltes contre les 45 centimes, nous trouverons les accusés de deux petits villages de l'Ouest du département : Miramont et Bourg de Visa. Seuls les gendarmes eurent besoin d'intervenir [ailleurs ça sera l’armée]. Sur les lieux de la révolte, personne ne connaît les coupables qui installèrent une potence. Comme souvent, les maires sont complices. Pour le cas de Bourg de Visa, Jean Grasset, le menuisier, avouera qu'il a fourni le bois de la potence, prêté la scie et fait l'entaille dans l'arbre pour accrocher la potence. Jeanne Lagardelle, une boulangère de 29 ans, avouera aussi (tiens, une femme ?) avoir fourni le tablier noir qui servit de drapeau mais sans deviner l'usage prévu ! Mais, les gens sur la place, rassemblés pour dire leur refus de payer l'impôt, qui les a rassemblés ? Jean Lacoste le garde-champêtre reconnaîtra avoir battu le rappel mais sous la contrainte. Contrainte exercée par qui ? En remontant la filière des responsables, il semble que Bernard Garrigou (39 ans) et Raymond Ducasse (48 ans) soient les deux propriétaires à l'origine de la manifestation de colère. Les autorités en auront la confirmation en apprenant que Garrigou passa avec un plat à barbe de Lacoste pour faire la quête permettant de payer les menus frais de la journée : l'arbre pris de force chez Birou, les crochets de la potence que le forgeron Marchet dut fournir et l'écriteau qui avait été prévu mais pas affiché malgré ses qualités artistiques : « République française : Liberté — Egalité — Fraternité Nous nous opposons au payement des 45 centimes Jusqu'à ce que le gouvernement soit bien assis.» A Miramont, même scène, mais avec un écriteau farci de fautes d'orthographe et qui visait davantage le percepteur que l'on se proposait de pendre. Tous les accusés furent acquittés le 23 novembre 1848. Le motif d'inculpation avait été celui-ci : « provocation par la désobéissance aux lois par discours, attroupements et expositions d'instruments de supplice. » A Miramont, la « provocation avait eu lieu le jour de la foire et les deux propriétaires accusés étaient Jean Sardois et Anselme Gras avec aussi une boulangère et un cordonnier participant. Pour réagir, 260 militaires parcourent les cantons de Montaigu et Bourg de Visa. Plus tard, en avril 1849 le sous-préfet de Moissac aura besoin d'une compagnie armée pour faire respecter l'ordre dans son arrondissement. Il s'agissait cette fois d'une révolte à Roquecor où des paysans ne voulaient pas payer l'impôt mais le 18 avril il écrira au préfet : « Je ne prévois pas, Monsieur le Préfet, que la force publique puisse redevenir nécessaire dans cet arrondissement. La rentrée de l'impôt extraordinaire s'effectuera maintenant avec quelques retards peut-être, mais à coup sûr sans nouvelle résistance. »

Historiquement, cette région autour de Lauzerte fut le théâtre de révoltes paysannes pendant la révolution. Elles continuaient avec le refus de l'impôt en 1848 et 1849. Mais en 1851, la participation à l'insurrection fut très faible. Dans une lettre, au Courrier de Tarn-et-Garonne, un lecteur de Bourg de Visa indique dans le numéro du 6 décembre 1851: « J'ai à vous annoncer des nouvelles forts graves : la démocratie a fait une manifestation. Tout est ici en révolution. Les gendarmes se trouvent enfermés dans la maison commune sans pouvoir en sortir. On nous annonce un renfort qui doit arriver de Valence. Les esprits sont très agités. » Puis viendra très vite un démenti. Pour minimiser les événements ? Aucune arrestation ne se produira. Les événements de 1849 auront leur écho à la tribune de l'Assemblée législative par la bouche d'Hippolyte Detours, député : « Je déclare que j'ai fait au peuple de Tarn-et-Garonne la promesse que cet impôt de 45 centimes serait supprimé (violente interruption). Je l'ai fait avec le sentiment profond des intérêts et des devoirs de la République, avec la confiance que la République ne frapperait jamais le pauvre peuple et prendrait l'argent là où il est. » Il s'agit d'un simple écho à un débat qui devait agiter les démocrates car Ledru-Rollin avait signé le décret sur les 45 centimes. JPD

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