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Vie de La Brochure
30 novembre 2019

Gilbert Tartanac enfant de chœur

Tartanac

Gilbert Tartanac a écrit un livre magnifique : Le metayer de Tinturé, où il raconte sa vie. Je me méfie des auto-biographies où des personnes se mettent en scène mais avec Gérard, la scène c'est la société, la vie de tous et une sincérité sur toute la ligne. J'ai déjà souvent rendu hommage à ce cultivateur qui a donné un nom à ce que je savais : la cultivature. Au cours de ma nouvelle fréquentation du texte, je reprends ce passage. J-P Damaggio

 Gilbert Tartanac enfant de chœur

Vers l'âge de neuf ans, brillants-au catéchisme, Gaston et Jacques furent pris comme enfants de chœur par le vieux curé de Lavit qui venait dire la messe tous tes dimanches dans la vieille église d'Asques. Leur service dura jusqu'à quatorze ans ! C'était pécuniairement intéressant. Eux qui n'avaient pas encore vu dans leur poche le moindre sou !

Le dimanche, ils n'étaient pas payés. A peine s'ils dérobaient quelques pièces de cinq centimes, en faisant la quête. Avec des ruses de sioux. L'intéressant, c'était les services spéciaux. Lors d'un baptême, le parrain leur graissait ta patte. Pour un mariage, c'étaient Les parents des mariés qui les récompensaient. Le plus lucratif, c'étaient les enterrements. Pour un peu, nos apprentis jésuites auraient trouvé qu'il en manquait. Le vieux prêtre leurs partageait l'argent de l’offrande.

Cette coutume, qui existe encore dans quelques coins de nos campagnes, consistait, pour les personnes accompagnant le défunt, à venir faire le tour du cercueil placé au centre de la nef, et à baiser le crucifix présenté par le prêtre. Ils déposaient ensuite leur offrande dans le plateau tendu par Gaston ou Jacques. La douleur tend généreux. Il arrivait qu'une pièce de vingt sous sorte du porte-monnaie. Le vieux curé partageait ensuite ces quelques francs entre ses deux servants. Ils étaient fiers !

Dans l'année notre doyen, vu son âge, abandonna ses fonctions. Le nouveau, tout jeune, vint dire ta messe et eut en charge, entre autres, la commune d'Asques. Gaston, qui s'était renseigné auprès des collègues du chef-lieu de canton eut vent de changements inquiétants. L'argent de l'offrande n'était plus partagé. En revanche, le dimanche, chaque clerc recevait quelques centimes. Voilà qui ne faisait pas quine.

Sur ces entrefaites, l'agriculteur considéré comme le plus riche de la commune, décéda. Enfer et damnation. Comment faire ? Gaston et Jacques décidèrent de ne pas subir et pour cela prirent les devants. Pendant que le jeune doyen, de retour du cimetière, enleva ses habits sacerdotaux, ils se partagèrent l'argent de l'offrande !

Quelques instants plus tard, il fallut fournir des explications. Gaston lui poussant les côtes avec son coude pour lui donner du courage, Jacques s'expliqua bravement. Le curé agit avec intelligence. Non seulement il leur laissa l'argent de l'offrande, mais il institua les jours de mariage, une quête spéciale à l'intention des deux compères, qui s’en partageaient le produit.

Cela n'empêcha pas les deux crèmes de lui jouer quelques tours pendables. C'est un peu long pour être raconté. De la burette de vin qu'on levait lentement, à la burette d'eau qui remplit le calice, aux hosties consacrées ou pas, dont les stocks baissaient de façon anormale, nourrissant assez mal des ventres affamés. Et bien d'autres tours innocents.

Cela n'empêcha pas une pieuse retraite de trois jours avec la communion solennelle, qui fut célébrée avec éclat, dans la ferveur d'une foi profonde. Un embranchement se présentait pour la route du futur de Jacques. Monsieur le curé se proposait pour faire entrer à l'école séminaire à Montauban. Il en parla aux parents. Maman aurait bien voulu. Le pète était défavorable. Jacques consulté se rangea à t'avis de son pète. Il n’y eut pas de suite.

Beaucoup d'estime à défaut de respect resta pour celui devint le Chanoine Gaynes, archéologue de renom, qui repose depuis quelque temps au cimetière de Beaumont-de-Lomagne. Jacques vieilli, anonyme et discret, l'accompagna au cimetière, et ne manqua pas jusqu'à sa mort, chaque fois que les circonstances le conduisirent en ces lieux, de venir s'incliner sur sa tombe.

Les relations de Jacques avec l’église se raréfièrent en cette fin d'enfance. A l'époque, l'on communiait à jeun. Après s'être confessé et avoir fait pénitence. C'était un sacrifice. Les Pâques suivant la grande communion, sur le chemin de l'église, Jacques s’oublia et suça un gros bonbon avec les copains. Toute l'après-midi il trembla de l'énormité de la faute. Les foudres attendues ne vinrent pas. Pas un nuage à l'horizon. Jacques perdit la foi en l'église de Dieu, apostolique et romaine. Définitivement. Plus tard, devenu stalinien, il perdit la foi en Dieu le père. A ce moment-là, s’intéressant à tout, encouragé par un instituteur malin, il devint socialiste. Atavisme familial ? ou moment favorable ? C’était le temps du Front populaire.

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