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Vie de La Brochure
19 janvier 2020

Anomalies climatiques autour de Castelsarrasin

Les informations qui suivent donnent un aperçu d’anomalies climatiques anciennes. J-P Damaggio

  

La Feuille villageoise de Moissac Février 1947 Hélie Mothes

Jadis les périodes glaciales se complétèrent souvent par la famine et la peste dont le bas peuple médiéval paya le plus chèrement-la désastreuse trilogie. Dans un rapide résumé je vais essayer de faire une brève chronologie de quelques hivers excessifs survenus dans le bassin de la Garonne depuis une dizaine de siècles. Et je vais prendre de préférence, la documentation dans des écrits de chroniqueurs de notre région, qui semblent devoir être plus spécialement renseignés à cet effet.

De 821 à 829, les hivers furent très meurtriers. «Les Annales» de Lénet disent qu'il fit des froids « comme on n’en avait oncques vus ». Toulouse, Montauban, Moissac, Castelsarrasin, Agen perdirent le quart de leur population. La terre trop durcie pour faire les tombes on jetait les cadavres dans les fleuves quand de temps en temps, le courant se dégelait. Les loups, sur les bords, venaient pilier ces lugubres épaves.

Froids terribles de 1194, 1206, 1275 1316. Les blocs de glace, véritables banquises nordiques emportèrent au dégel Ia plupart des bacs et des ponts. Les loups dévalant des Pyrénées, entrèrent jusque dans les villages. La forêt de Montech en recéla des centaines ! Les battues restèrent inopérantes. Hivers de grandes misères en 1468 et 1523.

En 1659 1660 dit de Montenard, l'érudit chroniqueur médiéval des rives de la Garonne, on fut obligé pour manger le pain de le couper avec une hache ou la scie. Souffrain, Guinordie rapportent les mêmes faits. A Moissac sur le Tarn de même qu'à Castelsarrasin, les cavaliers et les chariots passaient sur la glace. A Toulouse, des muletiers venant de faire moudre du blé s'enfoncèrent sous la glace avec leurs animaux et leur chargement.

J. Langlois raconte qu'une drôle de peste, dite des « Ardents » sévit dans toute notre région du Sud Ouest. Elle poussait ceux qui en étaient atteints, pour éteindre le feu qui les dévorait, de se jeter dans l’eau. Beaucoup se noyèrent.

Armées terribles en 1708, 1709, 1739, 1740 mais principalement en 1709. On raconte qu'à Castelsarrasin on fit de grands feux sous la halle. Famine, peste, même résultat en 1787, 1814, 1822. Apparitions de nombreux loups et de sangliers. La Lomagne en fut, surtout infestée. Beaucoup d'animaux et même des enfants en devinrent les victimes.

On raconte, encore dans la région de Lavit-de-Lomagne, qu'un soir aux environs du bois de Hartech, qui était à cette époque-une immense forêt sombre, un loup vint ravir un petit enfant qui jouait sur la porte de sa demeure. Emporté par le fauve, les malheureux parents l'entendirent crier jusqu'au milieu du bois. Quelques mois après on ne retrouva du pauvre petit être que les ossements et sa chaussure.

Et la famine et la peste suivait toujours de très près les hivers glacials.

J. Langlois rapporte qu'au passage de «Très-Casses» avant d'arriver à Castelsarrasin, un jour de grande gelée, les piétons, pour ne pas payer le péage (qui n'était, pourtant, que d'un sou !) allaient passer au large sur la glace. On appela la gendarmerie sur les lieux, et il y eut bagarre. Au dire de J. Langlois, qui fit ces vers badins, un gendarme, dans le tumulte, tomba si malheureusement, qu'il se blessa sur la glace durcie.

Tout d'un cop, un gendarmo,

Paouré bougre toumbet,

Et sur la dixseptièmo,

Lettro dé l'alphabet !

 De la part du poète patois, L. Langlois, l'euphémisme de la 17ème lettre de l'alphabet ne manque pas d'esprit gascon...

* *

On peut dire que depuis un siècle bien qu'il y ait eu des hivers d'une température rude, elle n'est pas à comparer avec celle du moyen âge. Assez-rarement les cours d'eau se glacent entièrement pendant des mois entiers. Le temps est devenu plus clément. Les loups ont disparu et la famine et là peste aussi.

Plusieurs savants climatéristes voient dans ce changement le rapprochement du Gulf Stream, le fameux courant chaud, qui en allant du Mexique à la Norvège, s'est rapproché de la côte Européenne et principalement de la région de notre Sud-Ouest.

 

Notes de Mézamat de Lisle

1709. — La dite année le froid a été si terrible pendant dix-sept jours, qui ont commencé le jour des Rois, suivi d'une si grande quantité de neige et d'un vent septentrional, que les plus vieux ne se souviennent pas d'avoir ouy qu'il en ait été fait un pareil. Le vin s'est glacé dans les caves et l'on n'en pouvait tirer qu'au moyen du feu. A la campagne l'on entendait fendre les chênes dans les, bois. Lors du dégel on était inondé dans les maisons et les rues. Les récoltes ont péri dans plusieurs pays et il y a eu famine dans plusieurs endroits du royaume. Le roi a donné une déclaration de faire la visite des greniers dans toutes les villes, afin que l'un fournit à l'autre. Tous les noyers et châtaigners de ce pays, du Quercy et d'Auvergne, les oliviers du Pays-bas se sont trouvés morts. Pour plus grand malheur, toutes les souches de vigne ont été mortes sur terre. Il ne s'est recueilli une goutte de vin ni aucun fruit. La récolte a été fort médiocre. On a fait une grande quantité de légumes et de gros millets, appréhendant l'année prochaine, à cause que les greniers étaient dépourvus. C'est la suite d'une cruelle guerre qu'il y a en Flandre avec les Anglais et les Hollandais qui continue encore. Dieu veuille nous en délivrer. Ainsi soit-il.

1710. — Le 1er mai la gelée a emporté tout le vin qui paraissait aux vignes qui étaient dans les blés. Le tout étant aux rejetons qui venaient de dessous terre, le cep étant mort de la gelée de l'hiver dernier.

  

Témoignage de Gérard Tartanac : année autour de 1934

«Au déjeuner, dès midi, le ciel s'obscurcit très vite. Malgré la fenêtre ouverte, maman dut allumer la lampe à pétrole. L'orage se déchaîna pour de bon. Eclair et tonnerre mêlés. Les nuages crevèrent d'un coup. Pendant deux heures, les forces de la nature déchaînée poursuivirent leur sarabande infernale. Eau et grêlons mêlés frappaient le sol avec violence. Pépé et mémé étaient au lit. Alban avec les bêtes à l'étable. Faisant de temps en temps une visite au chai. Maman, priait avec ferveur. Au bout d'un temps qui me parut bien long, à regarder par la fenêtre ce spectacle ahurissant, je dus monter sur une chaise. L'eau envahissait la maison. A la fin de l'orage elle arrivait à fleur de chaise.

 D'un coup, la pluie cessa. Le soleil brilla. Je descendis de mon perchoir. On put sortir. De l'autre côté de la haie, à moins de cent mètres, les voisins se lamentaient. La grêle sur le sol formait un tapis blanc, d'épaisseur inégale. L'eau ruisselait et dévalait partout. Le petit ruisseau de Floris, s'était transformé en fleuve monumental. Charriant troncs d'arbres, rondins, et fourrage fauché de frais. C'était ahurissant, affreux, grandiose. L'arc-en-ciel était maintenant au fond du ciel, bien loin, vers Toulouse. Comme un aimant, il attirait encore mes regards fous.

 Dans les coins où le vent l'avait poussée, derrière la haie et contre le mur du nord, la hauteur de grêle était considérable. Jusqu'à deux mètres ! Toutes les récoltes étaient détruites. Plus d'herbe dans le pré, plus de blé, plus d'avoine, tout était déchiqueté, enterré. La vigne rendue à l'hiver, plus de feuilles aux arbres. La volaille décimée. La toiture à refaire. Miraculeusement les bestiaux n'avaient pas de mal, alors que les voisins, l'étable s'étant écroulée, perdirent plusieurs génisses. Dans le quartier, il n'y avait pas eu de grêle depuis longtemps. Personne n'était assuré !»

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