Emir Sader : Les Forums Davos et Porto Alegre
Le 27 janvier 2003 Davos ovationne Lula. Ce n’est pas moi qui le dit mais Libération. Et ce journal décrit le phénomène parce que c’est vrai. Lula le président qui peut, en même temps, être au cœur du gotha de la classe dominante et se montrer au Forum de Porto Alegre avec 100 000 altermondialistes. Comment est-ce possible ? Comment plus tard le même Lula a-t-il pu signer une tribune avec Nicolas Sarkozy[1] et garder l’image d’un homme de gauche ?
Dans un article de Rebelion, Emir Sader ose cette question : Pourquoi Davos a survécu à Porto Alegre ?
J’imagine que les lecteurs n’ont pas oublié le slogan du Forum de Porto Alegre : «Un autre monde est possible» auquel les Zapatistes répondirent par «D’autres mondes sont possibles».
Pour Emir Sader Porto Alegre (le FSM) est mort et pas Davos parce que :
«Pero la Carta aprobada por el FSM ya anunciaba sus limites, relacionados con la ausencia de partidos políticos. Era la influencia liberal, promovida por ONGs y por intelectuales del Norte del mundo, que terminaría condenando el futuro del FSM.”[2]
Il est donc reproché à Porto Alegre d’avoir privilégié les mouvements sociaux (la société civile) aux combats des Etats généralement minimisés. L’erreur stratégique serait venue d’intellectuels comme John Holloway et Toni Negri qui, en jouant la société civile contre les Etats, auraient rendu Porto Alegre impuissant au moment où Chavez, Lula, Morales, Correa et Tabaré Vazquez arrivaient au pouvoir.
A confronter cette opinion avec la réalité, elle n’en dit qu’une part.
Oui, la centralité de l’Etat a été négligée (et même contestée) au moment où le néolibéralisme faisait de la marginalisation de l’Etat sa pierre angulaire. Pour ma part j’ai toujours combattu les thèses de Toni Negri. J connais moins celles de John Holloway.
Sauf que les Etats ont été présents au FSM avec Lula qui a été à Porto Alegre en 2003, le même Forum ayant aussi applaudi un peu plus tard Chavez.
«Le président vénézuélien Hugo Chavez a reçu dimanche un accueil chaleureux au Forum social de Porto Alegre, affirmant mener le même combat que les 100.000 "altermondialistes" réunis dans la ville brésilienne. "Vous ici et nous au Venezuela essayons de faire advenir une alternative au néolibéralisme qui détruit le monde", a affirmé M. Chavez dans un discours fleuve de deux heures adressé à 2.000 personnes. Chavez a déclaré qu'il proposerait bientôt l'instauration d'une taxe sur les transactions financières au Venezuela, parlant d'une "sorte de taxe Tobin" »
Mais les Etats « de gauche » étaient bel et bien regardés comme un agent extérieur au mouvement social.
En fait, Porto Alegre a servi de refuge à beaucoup de militants de «gauche» déçus par les partis et qui avaient plaisir à se retrouver ensemble loin des étiquettes. Ce succès a été une des preuves de la crise du politique et particulièrement au Brésil où la victoire nationale de Lula a coïncidé avec la chute du pouvoir local du PT à Porto Alegre, ville où la tendance de gauche de ce parti, dominait !
Donc, j’en conviens avec Emir Sader, le FSM portait en lui-même ses limites qu’en France nous avons découvertes avec les limites d’ATTAC. Après avoir été un mouvement militant puissant, il s’est fracassé contre le mur inévitable du politique.
Dans un article de La Sociale en 2016 Du PT brésilien au PS français je notais à la fin que vu la politique social-démocrate, l’extrême-droite capterait mieux la colère sociale et telle fut la suite de l’histoire. Jusqu’à quand ? Jean-Paul Damaggio
P.S. : Sondages en Bolivie 18 février
Luis Arce, pour el Movimiento al Socialismo (MAS) 31,6%
Carlos Mesa de Comunidad Ciudadana (CC) 17,1%,
Jeanine Áñez alianza Juntos 16,5%,
Fernando Camacho, extrême-droite 9,6%
Les autres candidatures ont moins de 6%.
Frente Para la Victoria (FPV), Chi Hyun Chung 5,4%;
Feliciano Mamani de Pan-Bol, 1,6%,
Jorge Quiroga de Libre21 1,6%.
Rappel des règles : si un candidat fait plus de 40% avec 10% d’avance sur le suivant il est élu. Comme à l’élection précédente le MAS a tout à craindre du second tour.
Pourquoi la droite est divisée au premier tour ?
Parce que en même temps que la présidentielle il y a l’élection des députés et sénateurs et chaque tendance veut sa propre représentation.
[2] «Mais le programme approuvée par le FSM annonçait déjà ses limites liées à l'absence de partis politiques. C'est l'influence libérale, promue par les ONG et les intellectuels du Nord du monde, qui finirait par condamner l'avenir du FSM. »