Le film La Lettre à Franco
Le titre original est : Mientras dure la guerra. Réalisation : Alejandro Amenábar
Face 1 : Salamanque, été 1936. Lorsque éclate la guerre civile espagnole, le prestigieux écrivain, philosophe et recteur de l'Université Miguel de Unamuno s'exprime en faveur du coup d'État de Francisco Franco. Mais devant les dérives fascisantes des nationalistes, il questionne peu à peu sa position initiale.
Face 2 : Au départ Franco est qu’un des généraux du coup d’Etat et il est entendu qu’il est le chef «le temps que dure la guerre» mais il intrigue pour devenir le chef unique.
Le film a eu un grand succès en Espagne et a suscité (et suscite) de très nombreux débats. Le journal ABC a tenu à relever la dizaine «d’erreurs historiques» mais le film ne pas être un livre d’histoire ! Prenons un moment crucial du film, quand Franco décide de remplacer le drapeau républicain par le drapeau de la monarchie. L’événement s’est produit moins rapidement et de manière différente suivant les régions mais l’essentiel est là : rappeler qu’au départ la rébellion vise surtout à « nettoyer » la république et non à la remplacer car la remplacer ça signe soit mettre un roi, soit mettre un dictateur à la tête du pays. La majorité des militaires souhaite remettre le pouvoir aux civils.
De même cette question : jusqu’à quel point Unamuno a-t-il aidé les rebelles ? A un moment la veuve du maire de Salamanque vient lui reprocher de leur avoir versé 5000 pesetas. Unamuno ne répond pas. Les historiens se déchirent sur ce point : il n’a peut-être rien versé, il a peut-être versé jusqu’à 15000 pesetas. Le réalisateur laisse le doute.
Enfin moment crucial à la fin quand Unamuno fait un discours à la fin où il a cette parole le 12 octobre 1936 : "venceréis, pero no convenceréis" (vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas). Là aussi il n’existe rien d’officiel sauf qu’après cette cérémonie du Jour de la Race [J’ai eu droit à cette fête à Iquique en 2012] Unamuno a été destitué preuve qu’il a prononcé des paroles dures envers le régime.
En fait l’originalité du film qui a surpris même des Espagnols cultivés, c’est la forme unique d’aborder les premiers jours de la guerre d’Espagne à partir du cas de Salamanque. Et ce point dérange bien des idées instituées.
Côté français, le titre a changé et c’est regrettable car le réalisateur tenait à son titre ayant double sens : « Pour moi, cette phrase signifie deux choses: d'une part, elle fait partie d'un document signé par la partie nationaliste au début de la guerre et qui a été la clé de la prise de contrôle de Franco. Mais c'est avant tout une réflexion qui est rendue publique. C'est nous qui semblons continuer sans nous comprendre, à vivre en guerre constante.[1] »
En revenant sur les premiers jours, le coup d’Etat apparaît dans ses contradictions quand souvent les historiens retiennent surtout les contradictions dans le camp républicain. Alors qu’Unamuno est largement évoqué dans les écoles comme figure mythique, il n’est jamais fait référence aux contradictions propres à l’écrivain.
Et en France il est difficile de mesurer les liens avec l’actualité espagnole qui tournent autour de ce mot : España. Au nom du mot Espagne tant utilisé par les nationalistes, on combat aujourd’hui les indépendantistes catalans. Le film plaide pour une Espagne qui dialogue même en 1936 et donc encore plus aujourd’hui. Un film équivalent pourrait se réaliser au sujte d'Antonio Machado. J-P Damaggio
[1] Para mí esa frase significa dos cosas: por un lado, forma parte de un documento firmado por el bando nacional al comienzo de la guerra y que fue clave en la toma de poder de Franco. Pero sobre todo es una reflexión que se lanza al público. Somos nosotros los que parecemos seguir sin entendernos, en guerra constante.

